Commercialisation des céréales : Le bel avenir du prix d'acompte

Emmanuel Baratte

Sous le signe d'une flambée des prix inédite juste après la moisson et d'une volatilité inconnue jusqu'alors, la campagne qui s'achève aura-t-elle sonné le glas du prix moyen ?

Rien n'est moins sûr. « Cette campagne nous aura, à tous, appris la modestie. À nous
coopératives, car nous n'avions pas prévu une telle flambée. Comme à certains
producteurs qui ont cru pouvoir gagner à tous les coups en misant sur le prix ferme,
interpelle Robert Bilbot chez Dijon Céréales. Certains ont loupé la hausse parce qu'ils n'ont
pas su étaler leurs ventes, c'est-à-dire construire leur propre prix moyen. On observe des
écarts de prix de vente entre producteurs de 100 euros/tonne pour une même qualité. De
quoi réfléchir et ramener de la sagesse dans le marché », poursuit-il.

Construire son prix moyen

Au bout du compte en fin de campagne, « le total acompte plus compléments de prix sera
plus rémunérateur que la moyenne de nos différentes formules de prix fermes », constate
pour sa part, Patrice Salomé chez Cohésis. Un fait relaté par de nombreux organismes
stockeurs.
On a coutume d'entendre qu'un spéculateur sommeille chez tout agriculteur, qui se réveille
quand les cours s'envolent. De fait, la plupart des collecteurs ont enregistré une érosion
des volumes vendus au prix moyen qui se retrouve dans les données mensuelles de
l'OniGC. Souvent, la proportion deux tiers prix moyen, un tiers prix de marché s'est
inversée. Interrogés, les agriculteurs qui avaient l'habitude d'engager toute leur récolte au
prix d'acompte indiquent qu'ils ont recherché davantage de latitude face à la tournure
actuelle des marchés. « Je ne connais pas beaucoup de collègues qui sont resté à 100 %
au prix moyen », souligne l'un d'entre eux.




Les organismes stockeurs veulent disposer d'une visibilité minimale au travers d'engagements de volumes pour gérer dans de bonnes conditions l'approvisionnement de leurs marchés. (S. Leitenberger)

Les organismes stockeurs veulent disposer d'une visibilité minimale au travers d'engagements de volumes pour gérer dans de bonnes conditions l'approvisionnement de leurs marchés. (S. Leitenberger)

 

Coller au marché

À l'issue d'une campagne pleine d'enseignements, « la tendance n'est pas non plus d'aller
dans une seule voie », tempère un autre producteur. Il explique qu'il a opté pour un schéma
qui la résume à lui seul : « j'ai engagé un tiers avant récolte à un prix ferme convenu à
l'avance, un tiers à la moisson au prix d'acompte et je vais stocker le dernier tiers pour le
vendre au prix de marché en cours de campagne. »
Les producteurs ne vouent pas le prix d'acompte aux gémonies mais ils attendent
clairement « plus de transparence sur les compléments de prix en cours de campagne et
des mécanismes qui permettent de coller davantage au marché ». Une voie dans laquelle
certains organismes stockeurs se sont engagés il y a déjà plusieurs années : primes pour
inciter aux engagements de volumes avant et après récolte, accompagnement dans l'achat
d'options sur le marché à terme, engagement de volumes avec prix indexé sur une
échéance du marché à terme, prix moyen par période…



Visibilité sur la collecte

« Nous n'avons pas observé un retour massif au prix de marché pur et dur », tempère ainsi
Patrick Aps chez Cap Seine. Sans doute parce que depuis 2002, ce groupe coopératif
normand a redonné une certaine latitude à ses sociétaires. « Notre offre s'échelonne du
Cap Duo, comprenant 20 % d'engagement avant moisson à un prix garanti et 80 %
engagés au prix d'acompte avec compléments de prix, au prix ferme basique, en passant
par des formules indexées sur une échéance Matif (Cap Matif) et, dans chaque formule, la
possibilité de prendre des options à la vente sur le marché à terme. »
Cohésis, où fonctionne un schéma similaire, l'a ajusté pour inciter fortement l'engagement
des volumes avant récolte. Car, comme pour la plupart des collecteurs, sa préoccupation
principale est d'avoir une visibilité minimale sur sa collecte. « Nous en avons fait une priorité
cette année, souligne Patrick Salomé. Nous verserons une prime de 6 euros/tonne pour les
engagements antérieurs au 15 avril et de 4 euros/tonne pour ceux passés jusqu'au 15 mai.
»


Source Réussir Céréales Grandes Cultures Juillet-Août 2008

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