Communication : Comment l'agriculture anglaise a su redorer son image

Christophe Dequidt

Au plus bas dans les sondages dans les années 90, les agriculteurs britanniques ont repris leur destin en main. Leurs actions portent leurs fruits, malgré les tabloïds anglais qui les épinglent régulièrement.

Nous nous sommes demandés, un moment donné, si nos gouvernants ne voulaient pas externaliser complètement la production agricole », en sourit aujourd'hui Ian Pigott, agriculteur membre de LEAF (voir encadré). Forts de ce constat, les agriculteurs britanniques ont entrepris une oeuvre de communication tous azimuts pour redorer leur image, à la fois sur la qualité de leurs productions et sur leurs efforts pour préserver l'environnement. Devenus largement minoritaires — 0,6 % de la population active et seulement 233 000 exploitations — ils ont bien compris que leur survie passait par là. Cette amélioration de l'image de l'agriculture est aussi due à l'attitude des industries agroalimentaires et de la grande distribution. Les enseignes comme Tesco ou Sainbury ont recruté des agronomes qui contrôlent dans les exploitations ou chez les organismes stockeurs les matières premières agricoles, et ils le font savoir dans les rayons des supermarchés.

L'exemple de Camgrain est significatif. Cette coopérative de stockage traite chaque année 2,8 millions de tonnes de céréales. Ses principaux clients sont Kellog's et Sainsbury. Lorsque Camgrain inaugure une nouvelle unité de stockage, ultramoderne, à Wilbraham, l'homme qui coupe le ruban n'est autre que Justin King, le directeur général de Sainsbury. Derrière lui, flotte une banderole « Proud to supply Sainsbury » (Fier de soutenir Sainsbury) qui fait les titres de la presse locale et nationale. Une chose totalement inconcevable en France !
Les mouvements écologistes existent depuis très longtemps au Royaume-Uni. Depuis les conflits des années 80, les rapports politiques ont changé et le mouvement a gagné en maturité.

Ian Pigott est installé sur 900 hectares en techniques culturales simplifiées. Il est membre de LEAF (Linking environment and farming). (C. Dequidt)

Ian Pigott est installé sur 900 hectares en techniques culturales simplifiées. Il est membre de LEAF (Linking environment and farming). (C. Dequidt)

 

Une écologie puissante mais modérée

Les agriculteurs jugent le mouvement écologiste plus puissant mais plus modéré qu'il y a vingt ans. De nombreuses organisations gouvernementales autonomes se sont créées : Environment Agency, Food Standards Agency, Countryside Agency. Toutes ont pour objectif de promouvoir une agriculture responsable. À cela s'ajoute la puissante Royal Society for the protection of birds, association de protection des oiseaux, ou encore les associations liées au bien-être animal, dont les agriculteurs britanniques sont obligés de tenir compte.
Ces derniers ne sont pas en reste. Les organisations de défense de leurs intérêts, tel que Farming and wildlife advisory group (FWAG), Linking environment agriculture and farming (LEAF) ou encore Wildlife Trusts sont aujourd'hui des organisations influentes et reconnues par les écologistes et les politiques.

Les champions des subventions du second pilier

« Nous avons bien compris tout l'intérêt des subventions européennes du second pilier. Alors nous multiplions les actions dans ce sens », explique Allen Ruff, agriculteur dans le Sussex qui dit « adorer les agriculteurs français car ils sont toujours en première ligne pour manifester et prendre des coups pour nous ». Ainsi les haies, les bandes enherbées, les mesures en faveur de la faune et la flore, les footpaths sont-il monnaie courante. Même si les agriculteurs du Royaume-Uni ne veulent pas apparaître comme des jardiniers paysagistes, par pragmatisme ou par conviction, ils ne veulent surtout plus être considérés comme de simples producteurs. Ils se revendiquent des acteurs responsables de la protection de la nature. Ils multiplient les contrats agro-environnementaux, avec des financements à la clé.
L'enjeu est de taille car les aides directes sont largement décriées dans ce pays. La population britannique estime anormal que les agriculteurs soient subventionnés. Pour bien des responsables, y compris agricoles, les aides ne sont pas indispensables. Elles servent plutôt à faire des fermiers assistés et à maintenir le prix des terres agricoles à un niveau convenable. Les subventions versées suite aux différentes épizooties ont été très mal comprises. Elles ont été perçues comme une faveur spéciale dont l'industrie minière ou l'automobile ne bénéficie pas.

Jean-François Proust, chargé de mission à Coop de France Ouest, animateur de Forum Phyto et membre du CPWG (Crop protection working group). (DR)

Jean-François Proust, chargé de mission à Coop de France Ouest, animateur de Forum Phyto et membre du CPWG (Crop protection working group). (DR)

 

Les fondations philanthropiques

Outre les subventions européennes, il existe au Royaume-Uni de nombreuses fondations qui ont vu le jour pour aider les agriculteurs. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la donation, surtout lors d'héritages, à telle ou telle organisation développant une politique environnementale ou de bien-être animal est courante. Cette philanthropie profite aussi à l'agriculture. « 8 % de notre budget annuel, soit plus de 400 000 £, provient de donateurs privés, reconnaît Ron Stobart, responsable du programme de recherche de The Arable Group, l'un des derniers bastions de la recherche agronomique au Royaume-Uni. En contrepartie, nous mettons les résultats de nos recherches à la disposition des consultants agronomiques des exploitations. »

Source Réussir Grandes Cultures Janvier 2010

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