Culture alternative : Le sorgho attend toujours son heure

Gabriel Omnès

Malgré un contexte agro-économique favorable et des atouts environnementaux certains, le sorgho ne parvient pas à massifier son marché.

Renouvellement variétal dynamique, nouvelles solutions de désherbage, contexte favorable aux cultures rustiques, incitations à diversifier les assolements… le temps est-il venu pour le sorgho français de sortir de sa niche ? « 70 000 hectares de sorgho en France, c'est possible », clamait Yvon Parayre, président de la commission sorgho de l'AGPB, lors d'une conférence de presse à la mi-février. Au printemps dernier, les surfaces françaises ont bondi à 58 000 hectares, effaçant les piteux 36 000 hectares de l'année précédente et établissant au passage le meilleur score depuis cinq ans. Reste à savoir si ce sursaut conjoncturel — les mauvaises conditions de semis à l'automne dans le Sud avaient laissé le champ libre aux cultures de printemps — se transformera en tendance haussière durable.

Débouché espagnol

Les débouchés ne manquent pas. Sur une collecte annuelle oscillant entre 150 000 et 210 000 tonnes, 100 000 tonnes sont exportées en Europe, Espagne en tête. « Avec le potentiel que représente le marché espagnol, on pourrait facilement écouler une production nationale de 200 000 à 300 000 tonnes », assure Jean-Luc Verdier, en charge du dossier chez Arvalis.
En France, la demande des fabricants d'aliment reste bien plus frileuse. « Le problème, c'est le manque de disponibilité, explique-t-on à la coopérative du Lauragais. Les transformateurs ont besoin d'être assurés de trouver un approvisionnement toute l'année, et il ne se fait pas assez de sorgho pour cela. »
Comme pour le pois, la rareté entraîne un désintérêt de la part des clients potentiels. Les importations massives en 2007-2008, lorsque la pénurie de céréales fourragères faisait flamber les prix, ont toutefois démontré que les Fab savaient utiliser le sorgho. Au cours de cette campagne, l'Union européenne a ainsi acheté plus de 5 millions de tonnes sur le marché mondial, dont 600 000 tonnes ont alimenté les usines françaises.
Le salut proviendrait donc d'une hausse des surfaces. Problème : bien que le sorgho soit largement substituable au maïs, il doit afficher un prix inférieur de 5 à 10 euros pour susciter l'intérêt. « Les utilisateurs restent prudents, analyse Olivier Lapierre, du Céréopa. C'est une matière première orpheline, qui impose de trouver de nouveaux fournisseurs, avec une offre mal structurée. Il faut un réel gain économique pour que les fabricants prennent ce risque. »

Offre mal structurée

Difficile alors de concilier l'intérêt des producteurs et celui des utilisateurs. Pour Olivier Jean, de la structure Sud Céréales, leader en semences en sorgho, l'avenir de la culture dépend de l'implication des organismes stockeurs. « Il existe une vraie demande de la part des agriculteurs, mais il faut désormais inciter les OS à mettre en place une vraie filière au sein d'un bassin de production, à isoler le sorgho dans un ou deux silos dédiés afin de le sécher correctement, de s'organiser pour permettre une récolte dans de bonnes conditions », explique-t-il. De son propre aveu « un travail de longue haleine ».

Bien qu'il soit largement substituable au maïs, le sorgho doit afficher une décote de 5 à 10 euros pour concurrencer la céréale dans les formules des fabricants d'aliments du bétail. (G. Omnès)

Bien qu'il soit largement substituable au maïs, le sorgho doit afficher une décote de 5 à 10 euros pour concurrencer la céréale dans les formules des fabricants d'aliments du bétail. (G. Omnès)

 

Une culture multicarte

Le marché de l'alimentation animale ne constitue pas le seul débouché pour le sorgho. La sélection génétique a permis de mettre au point des variétés adaptées à d'autres usages. La recherche porte notamment sur des variétés à la végétation exubérante, à des fins d'ensilage ou de biomasse. Certaines variétés atteignent ainsi quatre mètres de haut. Aux États-Unis, deuxième producteur mondial après le Nigeria avec environ 10 millions de tonnes, un tiers de la collecte finit déjà en biocarburant.

Source Réussir Grandes Cultures Avril 2010

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