Débouchés des céréales : Le blé dur entaché par une mauvaise qualité

Gabriel Omnès

La qualité médiocre pour une grande part de la récolte 2008 de blé dur a limité l'export sur pays tiers, avec pour conséquence un alourdissement du stock de report.

La campagne de commercialisation du blé dur entame la dernière ligne droite dans la morosité, sans grand espoir de voir les prix se redresser, et avec en ligne de mire un stock de report important. La cause de cette fin de course laborieuse ? La mauvaise qualité de la récolte 2008. Avec près de 50 % de la collecte entachée par des taux de grains germés, mouchetés ou fusariés trop importants, la France s'est lancée dans la compétition mondiale avec un boulet aux pieds. Alimentation humaine oblige, la qualité est en effet le juge de paix à l'export, débouché qui absorbe 75 % des volumes de blé dur hexagonaux.
Le bilan prévisionnel publié en mars par l'OniGC fait office de feuille de score : seulement 425 000 tonnes expédiées sur pays tiers en 2008-2009. Un résultat proche de la campagne passée, déjà marquée par des problèmes de qualité, très loin des 880 000 tonnes enregistrées en 2004-2005. « Sur pays tiers, l'utilisation du blé dur sous forme de couscous impose des exigences très strictes », souligne Xavier Rousselin, à l'OniGC. Les cahiers des charges des acheteurs algériens se sont transformés en barrage infranchissable pour une grande partie de la collecte, lui fermant la porte du premier importateur mondial et débouché majoritaire de la France sur pays tiers.

Les surfaces de blé dur dans le sud de l'Europe sont en baisse mais la France a maintenu sa sole.  (C. Gloria)

Les surfaces de blé dur dans le sud de l'Europe sont en baisse mais la France a maintenu sa sole. (C. Gloria)

Rendez-vous manqué au pays des pâtes

Les ventes vers les États membres européens ont été plus florissantes grâce à un courant d'affaires conséquent vers l'Italie. Au pays des pâtes, les industriels savent en effet jongler avec les origines et les qualités. Les exportations sur l'UE devraient atteindre le très bon chiffre de 825 000 tonnes, mais cette excellente performance ne suffira pas à éviter un stock de report de plus de 300 000 tonnes. « C'est très lourd pour le bilan du blé dur, dont la collecte est de 2 millions de tonnes. On pourrait comparer cela à un stock de fin de campagne de 6 millions de tonnes pour le blé tendre », explique Jean-Philippe Everling, chez Granit négoce.

Selon ce spécialiste de l'exportation, la France a laissé passer une belle occasion de vider ses silos. « Les semouliers italiens avaient fait le pari que le marché s'effondrerait après Noël. Ils étaient donc très peu couverts au début de l'année 2009 et sont venus aux achats. Cela a fait monter les prix de 30 euros la tonne entre fin décembre et début février. » Le Canada, qui règne en maître sur le marché du blé dur avec ses 55 % de parts de marché mondial, ne pouvait pas livrer à temps en raison du gel des Grands lacs. Italiens et Allemands se sont alors tournés vers l'origine européenne. Mais dans l'attente de prix plus élevés, les producteurs n'ont libéré la marchandise qu'au compte-gouttes. « La rétention de la part des agriculteurs français était incompréhensible », juge Patrick Niederoest, de la société marseillaise de courtage Giral. Les industriels ont tout juste trouvé de quoi alimenter leurs usines jusqu'à l'arrivée des Australiens et des Canadiens. Puis, « en l'espace d'une dizaine de jours, à la mi-février, les transformateurs ont contractualisé 400 000 tonnes avec le Canada, et 150 000 tonnes avec l'Australie, pour des livraisons étalées entre fin mars et le début de la nouvelle campagne », raconte Jean-Philippe Everling. Aussitôt, les cours se repliaient à leur niveau de décembre, à 170 euros la tonne rendu Port la Nouvelle base juillet.

Recours moindre à l'importation

Les utilisateurs désormais couverts, les opérateurs se focalisent à présent sur la prochaine campagne. La baisse des surfaces dans le sud de l'Europe et les intentions de semis en recul au Canada peuvent laisser une marge de manoeuvre pour la France, qui a maintenu sa sole de blé dur. Mais les conditions climatiques plus clémentes et les encouragements à la production en Algérie et en Tunisie devraient conduire à des récoltes plus conséquentes, et donc à un recours moindre à l'importation. L'impact de la crise financière sur la consommation du blé dur sera aussi surveillé de près. Au Maroc, des signes de baisse de l'utilisation de cette céréale au profit de produits à base de farine de blé tendre a déjà été observé. La qualité restera décisive pour accéder au marché mondial.

Source Réussir Grandes Cultures Avril 2009

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