[Décryptage] Les conseillers agricoles sont-ils à la page ?

Lise Monteillet

[Décryptage] Les conseillers agricoles sont-ils à la page ?

Lors de son congrès à Orléans, le 8 février, l’AGPB a dévoilé les résultats d’un sondage* réalisé auprès d’agriculteurs céréaliers. Le syndicat a ensuite invité plusieurs représentants d’organisations agricoles à s’exprimer sur l'évolution du conseil agricole.

« Aujourd’hui, il faut amener 100 % des agriculteurs sur des chemins 100% différents », résume Catherine Deschamps, responsable agronomie et innovation chez Axéréal. Avec l’ouverture des marchés et l’émergence de nouvelles attentes sociétales, le secteur du conseil agricole est en mutation pour coller aux nouveaux besoins des agriculteurs. Selon un sondage dévoilé lors du congrès de l’AGPB, plus de la moitié des céréaliers préfèrent s’orienter vers des organismes spécialisés dans un domaine particulier pour obtenir des conseils agronomiques, réglementaires ou économiques.

Chez Cerfrance, « on spécialise un certain nombre de conseillers », explique Thierry Lemaitre, responsable en conseil agricole. Ce dernier rappelle néanmoins que la performance de l’exploitation passe aussi « par la cohérence du système ». En outre, s’il estime ne pas rencontrer de difficulté à recruter des conseillers spécialisés, les conseillers « généralistes » sont des perles rares à ses yeux. Ces derniers doivent être dotés d’une « capacité d’écoute », d’un « esprit de synthèse » et d’une « qualité relationnelle ».

Les agriculteurs à la base des innovations

Autre enseignement de ce sondage, pour 27 % des agriculteurs, l’innovation provient d’eux-mêmes, et non de la recherche publique, des chambres d’agriculture ou des instituts techniques. Guillaume Piva, responsable du département « agronomie et écologie » au sein du groupe Esa, croit lui aussi « à l’enseignement qui se base sur le terrain ». Ce qui nécessite de faire évoluer « l’accompagnement et la posture du conseiller agricole ».

« L’innovation n’est plus linéaire, elle est turbulente », tempère Jacques Mathieu, directeur d’Arvalis – Institut du végétal. « Du coup, la paternité d’une innovation est difficile à identifier », poursuit-il. Si les agriculteurs jouent un rôle central sur les innovations de savoir-faire, leur place est moins importante concernant les innovations « à fort contenu technologique », ajoute Jacques Mathieu.

Face à la déferlante d’innovations, les instituts techniques, n’auraient « plus le temps de bâtir des référentiels technico économiques », précise Jean Marc Bournigal, directeur général de l’Irstea. Par ailleurs, ce dernier observe « une forme de défiance » vis-à-vis de l’innovation. La société serait entrée, selon lui, « dans une logique de peur systématique face au progrès ». Son idée : concevoir de nouveaux outils comme les « laboratoires d’innovations territoriales » qui permettraient de tester « l’acceptabilité sociale » des innovations.