Dégâts climatiques : Nouvelle mue pour l'assurance récolte

Gabriel Omnès

Subventions modifiées, offres adaptées… les modalités de l'assurance récolte sont encore une fois réajustées pour la campagne qui débute.

Les années se suivent et ne se ressemblent pas pour l'assurance récolte, qui voit de nouveau les règles du jeu changer pour la campagne actuelle. La principale évolution réside dans la modification des modalités de subvention du montant de la cotisation, qui ne fait guère dans la simplification.
Sur le marché, les protagonistes, eux, ne changent pas. À ma gauche, le poids lourd Groupama, fort de ses 67 000 contrats, dont 55 000 en grandes cultures. À ma droite, le challenger Pacifica, de l'écurie Crédit agricole, qui affiche « entre 5000 et 5500 » contrats, mais vise 30 % des parts de marché en 2012.

Du côté des offres, Groupama joue la carte de la continuité. En 2008, l'assureur avait offert une remise commerciale complétant l'aide publique (alors de 25 %) afin que l'assurance récolte n'engendre aucun coût supplémentaire pour l'agriculteur par rapport à une simple assurance grêle. Avec une subvention hissée à 65 % en 2009, Groupama met fin à cette remise, tout en promettant que « à contrat identique, le coût net pour l'agriculteur sera dans les mêmes eaux, voire plus bas que l'an passé ».
Pacifica a quant à lui ajouté une corde à son arc. « Nous avons anticipé la sortie des grandes cultures du fonds national de garantie des calamités agricoles, officialisée en avril, en proposant dès janvier l'offre ‘Essentielle', qui couvre uniquement la perte de rendement », explique Bruno Lepoivre, adjoint du directeur du marché des professionnels chez Pacifica. Plus légère que l'offre complète intégrant pertes de rendement et de qualité, frais de resemis et coûts supplémentaires de récolte, elle permet elle aussi d'accéder au dispositif fiscal Dotations pour aléas (DPA). Avec cette offre, Pacifica espère séduire les producteurs désirant conserver un filet de sécurité contre les gros coups durs. La disparition du fonds de calamités agricoles pourrait d'ailleurs conduire à une augmentation du nombre de contrats avec des franchises supérieures à 10 et 15 %, actuellement majoritaires dans le portefeuille actuel de Pacifica.

Dégâts de grêle sur épis de maïs. Le choix de la franchise de l'assurance récolte dépend notamment de la vulnérabilité de l'exploitation aux coups durs climatiques. (G. Omnès)

Dégâts de grêle sur épis de maïs. Le choix de la franchise de l'assurance récolte dépend notamment de la vulnérabilité de l'exploitation aux coups durs climatiques. (G. Omnès)

 

Tarifs très variables

Se faire une idée précise précise des tarifs pratiqués par les deux groupes relève du casse-tête, tant il n'y a pas une, mais des assurances récoltes. Le taux appliqué varie fortement selon la culture, le secteur géographique, la franchise et le capital assuré, ce dernier résultant du croisement entre le prix et le rendement de référence. La complexité des combinaisons place en position de force des vendeurs qui ne se privent pas d'insister sur la nécessaire « individualisation » des contrats.
Quelques règles de base peuvent toutefois guider les choix. « La situation sera différente entre une exploitation en rythme de croisière, disposant d'un petit matelas financier, et un jeune agriculteur qui vient de s'installer et dont le système est très fragile, rappelle un spécialiste du dossier. Dans la première éventualité, on cherchera un filet de sécurité pour ne pas boire le bouillon en cas de gros souci, et on optera donc pour une franchise plus élevée. Dans le deuxième cas, on pourra préférer investir un montant plus important, mais connu, entraînant un déclenchement plus systématique de l'indemnisation, sachant que celui-ci est rare en grandes cultures pour des franchises égales ou supérieures à 20 %. Tout dépendra aussi des autres moyens mis en oeuvre pour sécuriser l'exploitation, de la trésorerie… »

Exploitations sauvées

Groupama et Pacifica affirment de concert que « l'assurance récolte a déjà sauvé de nombreuses exploitations ». Et de souligner les avantages de cet outil face à un dispositif de calamité qui n'était que rarement activé pour les grandes cultures. Les assureurs veulent désormais renforcer leurs efforts de communication pour mieux le faire savoir. Mais paradoxalement, dans le contexte actuel, un trop grand succès menacerait la pérennité de l'assurance récolte. « La taille du portefeuille pourrait poser un problème de montant potentiel de sinistres cumulés, explique Stéphane Gin, en charge du dossier pour Groupama. Il faudrait alors construire une solution technique permettant que les pouvoirs publics proposent des solutions de réassurance en plus des réassureurs privés. »

Source Réussir Grandes Cultures Novembre 2009

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