Derrière l’action, le désespoir

Catherine Perrot

Aux côtés de la FNSEA 44 et des JA 44, plusieurs filières, maraîchage, horticulture, paysagistes, marchands de bestiaux – se sont montrées solidaires des revendications.
Aux côtés de la FNSEA 44 et des JA 44, plusieurs filières, maraîchage, horticulture, paysagistes, marchands de bestiaux – se sont montrées solidaires des revendications.

Les agriculteurs ont répondu à l’appel national lancé par la FNSEA et JA, et se sont réunis à la Préfecture, à Nantes, ce mercredi 5 novembre.

En ce mercredi 5 no­vembre, jour d’action nationale des agriculteurs de la FNSEA et des JA, les militants de Loire-Atlantique étaient bien au rendez-vous qui leur avait été fixé, à 11 heures, devant la Préfecture, à Nantes.
Venus en plusieurs convois, avec en tout une centaine de tracteurs et quelques dizaines de remorques aux contenus variés, ils étaient environ 400 à venir exprimer leur énorme « ras-le-bol » devant le bâtiment représentant l’État. Pour l’occasion, celui-ci s’était abrité derrière des grillages mobiles et des cordons de CRS, et était même surveillé de haut par un hélicoptère.
Les fonctionnaires n’avaient pourtant pas grand-chose à craindre de la part des agriculteurs : la manifestation s’est déroulée sans heurts ni dégradations, aux lieux et places prévues, dans une ambiance plutôt bon enfant, marquée par la solidarité et la volonté de rassemblement.
Solidarité entre les générations, puisque bon nombre de retraités agricoles étaient présents, non seulement pour donner un coup de main logistique, mais aussi pour exprimer leur soutien aux générations qui les suivent, pour lesquels ils nourrissent de vives inquiétudes.
Solidarité entre les productions aussi, puisque le « plateau » réunissant les représentants syndicaux avait rarement été aussi fourni : aux côtés des lanceurs d’appel, la FNSEA et les JA, représentés par leurs présidents départementaux, Alain Bernier et Charles Guerlais, on trouvait le président des Maraîchers nantais, Philippe Retière, le président d’Elvea 44, représentant les éleveurs et les acheteurs d’animaux, Michel Aupiais, le président des horticulteurs du département, Didier Delhommeau, celui des paysagistes, Dominique Pain, ainsi que les représentants des marchands de bestiaux et transporteurs d’animaux vivants.

Besoin de courage et de cohérence

Tous d’accord pour dire leur « ras-le-bol » des prix bas, des contraintes réglementaires, des contrôles « armés comme si on avait tué quelqu’un », de l’absence de solidarité de certaines filières « qui importent des animaux pour faire tourner leurs outils », ou encore du « manque de courage » des élus, qui demandent toujours « plus de qualité » à leurs agriculteurs, mais qui nourrissent leurs administrés dans leurs cantines avec des produits importés.
Pour exprimer leur colère, les agriculteurs avaient certes sorti les moyens classiques : prises de paroles, slogans sur les tracteurs, rencontre officielle d’une délégation avec le préfet, mais aussi des moyens plus expressifs, comme l’épandage de divers produits, représentant leur travail et les contraintes qui y sont attachées : déchets de poireaux, fumiers, boues extraites du curage des fossés, jussie, papiers divers, et même des plumes de poulets… Certains agriculteurs avaient également pris l’initiative de lâcher des ragondins, animaux classés nuisibles et particulièrement détestés de la Profession.
Mais derrière ces démonstrations hautes en couleur, c’est surtout le noir qui dominait : celui des tee-shirts, portés massivement par les manifestants avec les slogans « laissez-nous produire » ou encore « fiers de vous nourrir », mais aussi celui du moral général : la crise est profonde, elle n’est pas qu’économique, elle est aussi morale. Les agriculteurs « veulent travailler, veulent participer au redressement de la France », et ont le sentiment de ne recevoir en retour que répression et mépris. Les représentants syndicaux l’ont dit : « le feu couve dans les campagnes, nous passons notre temps à éteindre des incendies ! »

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