Des solutions pour maîtriser son coût alimentaire

Guillaume de Werbier

Après une présentation en salle des stratégies à adopter en terme de nutrition pour leurs troupeaux, les éleveurs sont allés visiter l’élevage d’Isabelle et Mickaël Trichet à Ligné.
Après une présentation en salle des stratégies à adopter en terme de nutrition pour leurs troupeaux, les éleveurs sont allés visiter l’élevage d’Isabelle et Mickaël Trichet à Ligné.

Comment s’adapter à la hausse des prix des matières premières sur les exploitations ? Une question à côté de laquelle les Rendez-vous de l’élevage bovin, organisés par Elevage Conseil Loire Anjou, ne voulaient pas passer.

Depuis 2011, le prix des matières premières n’a cessé d’augmenter. « Une problématique qui va même jusqu’à s’interroger sur l’avenir de l’élevage », s’inquiète Jean-Luc Besson, conseiller à Élevage Conseil Loire Anjou sur le Maine-et-Loire.
Le phénomène s’est accéléré cette année, et les éleveurs en souffrent à travers leurs coûts de production (lire les causes de cette situation sur le marché des matières premières végétales dans LAA du 14 septembre, p. 9, et du 19 octobre, p.6). C’est le prix des aliments pour les animaux qui inquiète le plus. Le hic, c’est que la hausse des prix de ces matières premières n’a pas été accompagnée d’une augmentation du prix des produits sortant des exploitations.
Des leviers d’adaptation existent pour que les agriculteurs agissent sur leur prix de revient des différentes rations et donc sur la marge de leur atelier bovins viande. La chasse aux UGB improductives est au cœur de la problématique, estime Philippe Dimon, con­seiller viande bovine à la chambre d’agriculture de la Sarthe. « L’aliment qui coûte le moins cher, est celui qui n’est pas consommé. » Le conseiller encourage aussi, en matière de productivité numérique, de « viser le plus possible, avec 95 animaux sevrés pour 100 vê­lages ».
À regarder de près également, l’âge au premier vêlage des génisses. « Il a été démontré qu’il y avait un intérêt évident à faire vêler des génisses à 30 mois plutôt qu’à 36 mois pour limiter le nombre d’UGB improductifs sur l’exploitation. »
L’intervalle vêlage-vêlage est un autre indicateur à prendre en compte. « Dix jours gagnés, c’est l’équivalent d’une vache et demie de moins à nourrir. » Philippe Dimon explique en outre qu’en période de finition femelle et en engraissement mâle, il est nécessaire de raisonner les indices de consommation.
La bonne maîtrise de l’alimentation passe par une parfaite connaissance des besoins des animaux. « Pour une femelle avant vêlage, c’est en moyenne 7 UFL, 600 g de PDI. Après vêlage, on est à 9 UFL et 860 g de PDI, et en finition, 12 UFV et 90 g de PDI par UF. » Pour les taurillons en engraissement, inutile d’aller sur des rations trop riches en azote. « On doit être entre 95 et 105 PDI/UF en races allaitantes, et entre 85 et 95 PDI/UF en races laitières. »
Il faut aussi bien connaître les fourrages mis à la disposition des animaux. Faire des analyses du fourrage principal doit être intégré dans une logique d’un fonctionnement normal de troupeau allaitant pour être plus performant sur la complémentation. « Quand on est sur un maïs à forte valeur alimentaire, les besoins en terme de complémentation sont tout de suite revus à la baisse », constate Philippe Dimon.

Bonne gestion du pâturage

Le pâturage est une autre voie à emprunter pour limiter la consommation d’aliments. Une bonne gestion du pâturage se concrétise par un choix de prairies de qualité. « Il ne faut pas hésiter à les rénover, à aller voir du côté des associations de graminées-légumineuses, ou encore à privilégier des prairies à flore variée. » Proposer une offre d’herbe abondante au printemps est conseillé, ainsi que le pâturage tournant (cinq parcelles, avec une semaine de présence). « Il ne faut pas non plus hésiter à sortir les animaux le plus tôt possible, ni à mettre en place une bonne gestion du changement de cycle, avec 20 jours d’avance en termes de pâturage disponible. »
À travers le témoignage vidéo de Gérard Ménard, éleveur de vaches limousines au Loroux-Bottereau, les éleveurs ont vu que la luzerne a aussi toute sa place dans l’alimentation des bovins viande. Le producteur a introduit cette culture dans son système fourrager pour entre autres améliorer l’autonomie alimentaire de l’exploitation en limitant les achats extérieurs en protéines.
Petit bémol toutefois pour Philippe Dimon, la luzerne est à proscrire dans des sols humides. « La luzerne a besoin de sols sains et profonds. C’est une culture résistante à la sécheresse, et on peut l’utiliser dans des rations complémentation. On arrive sur un rapport PDI/UF de 140 g. Elle un bon pouvoir correcteur. Mais c’est un fourrage qui reste limité en matière énergétique. Se pose aussi la question du mode de récolte sous forme d’ensilage ou de foin. »

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