En Australie, la production de blé au sommet mais les céréaliers ne sont pas à la fête

En Australie, la production de blé au sommet mais les céréaliers ne sont pas à la fête

La météo a été bonne et la production de blé devrait être l'une des meilleures de ces dernières années en Australie, mais de nombreux céréaliers savent que leur profit sera très faible pour cause de récolte record dans le monde et de cours au plus bas.

Les moissons approchent en Australie, quatrième exportateur mondial de blé : celles-ci s'étaleront d'octobre à décembre, selon les régions.   Dès le mois d'août, au coeur de l'hiver austral, les prévisions étaient optimistes. Et mi-septembre, le ministère de l'Agriculture a confirmé cette tendance, en annonçant des prévisions de production "très positives"."Les conditions météorologiques ont été très favorables pendant l'hiver", a expliqué le ministère dans un communiqué. La récolte de blé devrait enregistrer une hausse de 16% à 28,1 millions de tonnes, pour devenir la deuxième plus haute jamais enregistrée. La production d'orge doit grimper de 11% à 9,5 millions de tonnes, selon ces prévisions. Idem pour le canola (colza OGM), en hausse de 23%. La production vient principalement d'Australie occidentale et, à plusieurs milliers de kilomètres à l'est, de la Nouvelle-Galles du Sud et au sud, du Victoria.

Le blé est, après la viande, le deuxième export agricole australien. Depuis le rapport, des pluies abondantes ont terni les prévisions dans certaines régions. Et le phénomène météorologique de la Nina, qui apporte des pluies supérieures à la moyenne au printemps dans l'Est de l'Australie, continue de menacer. "La production n'atteindra pas un niveau record, mais c'est l'une des meilleures années", a expliqué à l'AFP Malcolm Bartholomaeus, du cabinet AvantAgri, qui vend des grains aux céréaliers et leur fournit des analyses de marché. Mais l'Australie est loin d'être isolée : il y a une surproduction mondiale.

A part en France, les producteurs de l'hémisphère nord ont eu d'excellentes récoltes. La Russie, en particulier, a enregistré une production record. Cette abondance de l'offre pèse lourdement sur les prix à l'international, au plus bas depuis dix ans.Or l'Australie, qui exporte environ 70% de son blé, est très sensible à ces cours mondiaux. Ses principaux clients se trouvent en Asie (principalement en Indonésie, en Chine, au Japon, en Corée du Sud) et au Moyen-Orient. 

- Coûts de production -

"Environ 60% des céréaliers travailleront à perte cette année à cause des prix bas", estime Malcolm Bartholomaeus. "Certains gagneront de l'argent car le surplus de production compensera ces prix, mais pour beaucoup, cela ne suffira pas", prédit l'expert. "Les agriculteurs australiens ont besoin de meilleurs prix pour couvrir les coûts de production et le coût de la vie, qui est très élevé dans ce pays", poursuit-il. M. Bartholomaeus met en avant les salaires élevés et la cherté des transports de la ferme au port d'exportation. Ces coûts rendent les produits australiens moins compétitifs que ceux des concurrents.

Pour Richard Clarke, un céréalier de la Nouvelle-Galles du Sud, les prix bas représentent bien le "principal défi". "Le blé devient moins intéressant que des cultures alternatives", explique-t-il. Cet agriculteur, dont les terres s'étendent sur 1.350 hectares, évoque la possibilité de cultiver "moins de blé jusqu'à ce que les prix remontent". Ce sont actuellement les pois chiche, qu'il vend en Inde, et le canola (une variété de colza) qui lui rapportent le plus. Les producteurs vont chercher à stocker les grains en attendant une remontée des prix, prévoit Malcolm Bartholomaeus. "Je m'attends à ce que des céréales soient stockées dans des systèmes de manutention en vrac ou dans des silos dans les fermes". Des médias australiens évoquent déjà une liste d'attente chez certains vendeurs de silo, débordés par les commandes.

Source AFP

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