Faut-il s’attendre à des conséquences sur les semis de la fusariose des épis ?

Benoît MOUREAUX

Faut-il s’attendre à des conséquences sur les semis de la fusariose des épis ?

La présence de fusarioses sur les épis des céréales à paille soulève des questions sur la qualité des semences issues de la récolte 2016. Le risque de perte de peuplement au semis est-il élevé ? Nathalie Robin, Ingénieur chez ARVALIS-Institut du végétal, apporte des éléments de réponse.

Perspectives Agricoles : Quelle est la nuisibilité de la fusariose des épis ?

Nathalie Robin : La contamination des semences par Microdochium (M. nivale ou M. majus) ou par F. graminearum dégrade leur faculté germinative. Elle entraîne des manques à la levée mais aussi des fontes de semis. Elle peut fortement pénaliser le peuplement et, de ce fait, le rendement.
 La nuisibilité varie selon les espèces de champignon, leur fréquence et leur localisation, à la surface ou à l’intérieur des semences. Elle dépend aussi de la sensibilité de la culture. Les champignons du genre Microdochium, avec une contamination interne, sont généralement les plus préjudiciables, en particulier pour le blé dur. La nuisibilité est évaluée par les gains obtenus grâce à des traitements de semences fongicides efficaces. Toutes contaminations confondues, ces traitements ont apporté, dans une vingtaine d’essais récemment conduits par ARVALIS, un gain moyen de près de 50 plantes/ m² et des gains de rendement de +7 q/ ha en blé tendre et +9 q/ha en blé dur.

P. A. : Qu’en est-il pour les semences d’orge ?

N. R. : Les semences d’orge peuvent également subir ces contaminations, généralement avec des taux et une nuisibilité plus faibles que sur le blé. Cependant, dans les conditions particulières de cette année, une vigilance accrue est nécessaire avec, notamment, un contrôle de la faculté germinative. Les performances élevées des traitements de semences fongicides sur blé peuvent être attendues sur orge.

P. A. : Peut-on utiliser la récolte 2016 pour produire ses propres semences ?

N. R. : Une attention toute particulière est indispensable cette année lors des étapes sensibles, à commencer par l’élimination des lots fortement contaminés. Les lots retenus devront faire l’objet d’un tri sévère avant l’application, à la bonne dose, de traitements de semences efficaces contre les différents types de champignons. La faculté germinative des semences potentielles sera ensuite à contrôler. Dans le cas de semences certifiées, les équipements et les contrôles effectués limitent les risques liés à la contamination des semences par
 les fusarioses.

P. A. : D’autres facteurs sont-ils à considérer ?

N. R. : Au semis, il faut bien entendu privilégier de bonnes conditions de levée et augmenter, si besoin, la densité du semis pour assurer un peuplement satisfaisant. De manière générale, quand l’infection des semences augmente, le taux de levée diminue. Cependant, de mauvaises conditions de semis, comme une faible température du sol et une humidité du sol saturante, peuvent conduire à des pertes supérieures avec un lot de semences moyennement contaminé par rapport à un lot plus contaminé mais bénéficiant de bonnes conditions de levée. D’autre part, si la contamination des semences par les fusarioses est à prendre en compte, ce risque ne doit pas occulter la lutte contre d’autres maladies à fortes conséquences, comme la carie commune sur le blé ou le charbon nu
 sur l’orge (1).

(1) Les différents usages et l’efficacité des traitements de semences fongicides sont rappelés dans le dépliant ARVALIS « Protection des semences, lutte contre les ravageurs et la verse - 2016 » disponible sur www.editions-arvalis.fr

Pour vous abonner, rendez-vous sur www.perspectives-agricoles.com 

 

 

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier