Faut-il s’inquiéter de l’impact de la douceur hivernale sur les maladies ?

Benoît MOUREAUX

Faut-il s’inquiéter de l’impact de la douceur hivernale sur les maladies ?

Le développement des maladies étant très climato-dépendant, des épisodes climatiques inhabituels interrogent sur l’adaptation des moyens de lutte. Jean-Yves Maufras, spécialiste fongicides chez ARVALIS-Institut du végétal, évoque la conduite à tenir.

Perspectives Agricoles : Quel est l’état de la situation actuelle ?

Jean-Yves Maufras : La période hivernale 2015-2016 et l’automne qui l’a précédée apparaissent exceptionnels du point de vue de la douceur des températures. Les constats visuels font état d’une présence déjà marquée de piétin échaudage sur blé, orge et triticale. De même, l’oïdium sur blé et triticale atteint des niveaux rarement constatés à cette période. En Normandie, dans le Nord, dans le Centre et en Champagne, les premiers foyers de rouille jaune sont apparus sur les variétés sensibles. La rouille brune se manifeste également dans le Sud-Ouest sur les variétés sensibles avec des symptômes sur les dernières feuilles. Le niveau d’inoculum apparait très élevé pour ces pathogènes biotrophes, s’installant sur des végétaux vivants. Leur présence est aussi plus marquée en cas de semis précoce : la biomasse importante contribue au développement des maladies qui se propagent par contact et du fait d’une plus grande humidité relative.

P. A. : Quelle stratégie faut-il adopter dans ce type de situation ?

J-Y. M. : Une forte quantité d’inoculum au cours de l’hiver ne veut cependant pas dire que les maladies seront forcément plus développées en juin. Un gel soutenu par exemple pourrait retarder leur progression avec la destruction des feuilles porteuses des symptômes, les plus anciennes notamment. Cela repoussera les éventuels traitements précoces. De même pour la septoriose, un temps sec lors de la montaison ralentirait son développement, donnant la possibilité de positionner des traitements préventifs, donc plus efficaces. Le programme de base de lutte contre la septoriose, qui reste la maladie la plus importante et la plus difficile à contrôler, ne change donc pas mais des traitements supplémentaires précoces pourraient être nécessaires contre les rouilles et l’oïdium, avec des interventions possibles dès la deuxième quinzaine de février. La surveillance des parcelles reste donc de mise pour déclencher un premier traitement en cas de besoin et uniquement sur les parcelles touchées.

P. A. : Quels sont les principaux enseignements à retenir ?

J-Y. M. : Intervenir pour endiguer une présence précoce de maladie n’a pas de sens sur une plante qui n’est pas assez développée. Même si une efficacité était observée, cela ne ferait pas baisser la quantité d’inoculum omniprésent dans l’environnement. De plus, les feuilles définitives utiles au remplissage des grains n’apparaitront qu’après le stade épi 1 cm. De ce fait, il n’est habituellement pas nécessaire d’intervenir avant ce stade (sauf cas très exceptionnel comme en 2014 contre la rouille jaune). Par ailleurs, la multiplication des traitements exerce une pression de sélection plus importante, en particulier sur la septoriose, puisque les produits efficaces contre ces maladies font partie de la même famille chimique, les triazoles.

Ainsi, il n’est pas nécessaire de changer la surveillance habituelle ni le programme de traitement classique. Il faudra cependant prévoir d’adapter les doses en ne les réduisant pas trop si le niveau de risque des maladies reste élevé. Il s’agit, en tout état de cause, de ne pas traiter trop tôt pour essayer de lutter simultanément contre le complexe parasitaire septoriose/rouilles. Rappelons aussi que la lutte contre les maladies passe en premier lieu par le choix d’une variété adaptée et d’une date de semis adéquate afin de limiter les risques parasitaires.

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