Grains : une baisse des prix mondiaux, comme en 2009 ?

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Grains : une baisse des prix mondiaux, comme en 2009 ?

Au sommet ces dernières années, les prix agricoles sont maintenant en baisse. Cela fait suite à deux très bonnes récoltes, largement réparties sur tous les continents, grandes céréales (blé et maïs) et oléagineux. Un tel enchaînement s’est déjà produit en 2009, dans un contexte de crise économique qui paraissait alors plus inquiétant. Mais les perspectives de demande étaient alors un peu plus fortes qu’aujourd’hui : la Chine ralentit, les agrocarburants ne font plus recette, les acteurs financiers se contentent de positions opportunistes. Une éventuelle poursuite de la baisse de prix semble devoir être freinée par divers éléments. D’abord, le gonflement des coûts de production. Ensuite, la crainte légitime du retour des années difficiles : les chocs météo de 2010 et 2012 peuvent parfaitement se répéter et la pléthore actuelle illustre la volatilité des conditions de culture.

A l’époque, les marchés connaissaient leur première grosse chute après la flambée de 2006/2007

Une sucession de récoltes record

Pour la deuxième année de suite, les récoltes s’avèrent excellentes sur l’ensemble du globe et des grands produits. Les dernières estimations font état d’une production record en 2014/15 ou sinon juste derrière celle de 2013/14, déjà remarquable. C’est le cas en blé, maïs, oléagineux pour la partie engrangée dans l’hémisphère nord, l’hémisphère sud n’inspirant pour l’instant pas d’inquiétude majeure.
Une situation comparable à 2009/10, qui réunissait la majorité de ces éléments. La campagne précédente avait, là aussi, été bonne. Et rebelote, les prix flanchent. Baisse qui s’est amorcée en 2012, pour reprendre en 2014. Elle n’est pas forcément terminée, malgré de légers rebonds dernièrement. Son allure est plus progressive, mais les cours se rapprochent de leur faible niveau de 2009.

A l’époque, les marchés connaissaient leur première grosse chute après la flambée de 2006/2007. Cette dernière avait fait basculer les produits agricoles dans une nouvelle ère : l’abondance semblait révolue, les prix avaient franchi un cap apparemment irréversible.

Comment se compare la situation d’aujourd’hui avec celle de 2009 ? Que laisse augurer ce nouvel épisode de baisse ?

Une lourdeur de bilan matière comparable à 2009

Pour le blé, la situation paraît un peu moins détendue qu’en 2009. Cela vient d’un excédent

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restreint comparé à celui de l’époque. Le stock est à peu près de même niveau, mais légèrement plus faible au regard de la consommation (28 % contre 31 %). Il est aussi moins fourni chez les pays exportateurs (41 % des échanges mondiaux contre 61 %). De plus, les problèmes de qualité, rencontrés un peu partout, compliquent la situation (lire l’article suivant sur le blé).

Le maïs connaît une situation plus baissière qu’en 2009. Son bilan semble très confortable. Après le creux de 2012 aux États-Unis, la production marque un très fort rebond, grâce aux surfaces qui globalement explosent et à un rendement record. La consommation, prévue en hausse, ne suit pas. Résultat, le stock devrait être particulièrement élevé, avec des disponibilités chez les pays exportateurs. Le contraste est saisissant par rapport à 2009, quand un léger déficit et une baisse du stock étaient d’actualité.

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Concernant les oléagineux, le tableau est très peu porteur en prix, qui ont chuté brutalement. Les disponibilités s’annoncent pléthoriques, entre une récolte de soja plus grosse d’année en année, des stocks au sommet, le colza dont la situation se maintient après l’excellente année 2013, l’essor de la production d’huile de palme, essentiellement en Indonésie.

Comment se comportent les pays producteurs

C’est la Mer Noire qui, en blé, donne le la. Avec une récolte record en 2014, supérieure au précédent de 2008/09 (96 Mt contre 88 Mt pour la Russie, l’Ukraine, le Kazakhstan, d’après l’USDA) et pesant lourd dans l’équilibre mondial. Le conflit politique et militaire entre Moscou et Kiev n’empêche pas la zone de jouer un rôle majeur dans la production et les échanges. Côté Ukraine, les ventes de blé démarrent très fort, soutenues par la recherche de liquidités. Idem en Russie, mais un coup de frein est enregistré en septembre, avec des rumeurs d’embargo. Il semblerait, en fait, que la demande intérieure fasse monter les prix. L’embargo décidé par Moscou sur les importations en provenance d’Europe profite visiblement à l’élevage russe, et dope la demande de céréales. Conséquence, l’origine nationale se retrouve, une fois n’est pas coutume, plus chère que les autres sur le marché mondial. Les États-Unis opèrent un come-back en maïs, alors qu’ils n’avaient plus vécu une production en hausse depuis 2009/10. Le Brésil et l’Ukraine, qui faisaient figure de relais, voient leur rôle amoindri, l’Oncle Sam assurant toujours près de 40 % des exportations mondiales. En soja aussi, l’Amérique du Nord revient (avec le Canada et son colza), face au développement du Brésil. L’UE bat également des records de production, en maïs (surtout en France et Italie), en colza. Pour le blé, la référence reste 2013.

Les grands pôles de consommation moins puissants aujourd'hui

L’abondance des récoltes va de pair avec une consommation accrue en perspective, surtout pour le maïs et les oléagineux. Pourtant, la tendance n’est pas tout à fait la même qu’en 2009.

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Aujourd’hui, la consommation de céréales et d’huiles pour le carburant n’est plus en augmentation rapide. Difficile d’imaginer une reprise de cet essor, déterminé par des choix politiques qui rendaient la production imperméable aux tensions pouvant exister sur la ressource. La baisse des prix agricoles devrait offrir une marge améliorée aux usines. Mais le pétrole de moins en moins cher pèse sur les cours de l’éthanol et de l’agrogazole. Ce dernier présente toujours une marge négative en Allemagne. Les limites, à la fois économiques et environnementales, de tels carburants ont conduit à une remise en cause des objectifs de production, actuellement discutés dans les principaux pays, États-Unis et Europe.

L’alimentation animale tend, en Occident, à utiliser de moins en moins de céréales. Exemple aux États-Unis, où la consommation de maïs dans les élevages marque une baisse de 18 % entre 2009 et 2012/13, contredisant la remontée prévue chaque année. Ce recul est loin d’être compensé par l’utilisation de drêches de maïs.

En France, la consommation de blé fourrager affiche une baisse de 15 % sur la même période.

Un pôle de croissance focalise l’attention. La Chine a vécu une forte poussée de la consommation de maïs et de soja dans les élevages en 2009-10 : elle est passée de + 5 % à une fourchette entre + 10 et + 15 % par an. Mais une décélération est intervenue ensuite pour atteindre environ + 5 % cette année.

En réponse à l’évolution de la demande intérieure, l’Empire du Milieu accroît sa production céréalière. Ses importations, en hausse à partir de 2010, ont maintenant l’air de fléchir. Reste néanmoins des achats massifs de soja.

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Un parallèle existe entre la consommation céréalière en Chine et l’évolution macroéconomique du pays depuis 2009 : dans les deux cas, la forte reprise s’érode peu à peu.

Au final, la vision macroéconomique qui prévalait fin 2009 pour la demande était un peu plus soutenue que celle d’aujourd’hui : croissance mondiale allant vers 4 % (9 % en Chine), contre 3,4 % pour 2015 (7 % en Chine). Avec des incertitudes fortes dans les deux cas

Grains : une baisse des prix mondiaux, comme en 2009 ?

Les marchés financiers sceptiques

Très peu optimistes début 2009, les opérateurs financiers sur le marché des grains à Chicago sont revenus progressivement à l’achat en cours d’année. En 2014, après une brève poussée d’achats au printemps, ils ont maintenant une vision assez neutre pour le maïs, mais pessimiste pour le blé et encore plus pour le soja.

Les marchés à terme sont pourtant en net report, avec un blé (à Paris le 21 octobre) à 159 €/t sur novembre 2014, 176 sur septembre 2015 et 183 sur la même échéance en 2016. C’était aussi le cas en 2009.

Le jeu des devises intervient bien sûr : les chutes du réal au Brésil et du peso en Argentine avantagent ces deux origines en termes de prix sur le marché international

Le revenu des producteurs en berne

Les coûts de production grimpent, comme le montrent les chiffres entre 2009 et 2013. Un phénomène particulièrement visible pour les céréales françaises, blé et maïs.

Cela empêche le retour durable aux prix d’avant 2007 mais aussi rend difficilement supportables les baisses actuelles.

Le maïs français cumule une très grosse récolte et des utilisations intérieures dont les perspectives sont limitées par le déferlement des blés de faible qualité. Il aurait besoin de débouchés à l’exportation, qui seront difficiles à trouver dans le contexte européen et mondial. D’où une augmentation prévisible du stock final, chiffré à 60 % au-dessus de la moyenne.

2013 avait été très mauvaise pour les producteurs, avec une marge nette négative hors aides à l’hectare (ou même en les incluant, dans certains cas). Cette année, le rendement est bien meilleur (+ 12 %), mais les prix affichent une baisse de l’ordre de 20 %. Malgré des engrais moins onéreux, la marge devrait à nouveau se dégrader, compte tenu aussi de la réduction des aides Pac en grandes cultures.

Vers une instabilité croissante

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La leçon pour l’avenir est de se tenir prêt à tout, après deux années fastes et révélatrices de l’instabilité des conditions de culture.

La récolte abondante en 2014, comme celle de 2009, doit beaucoup aux conditions climatiques très favorables dans les grands bassins de production.

L’extension des surfaces est aussi en cause, avec en dix ans + 22 % pour le maïs, + 27 % en soja (dont le prix a amplifié le phénomène en 2014). Même en tenant compte des doubles récoltes au Brésil, devenues très courantes, cela montre les limites de la hausse de rendement. Une baisse des efforts de production est à prévoir l’an prochain, vu les niveaux de prix.

Le marché a certes légèrement rebondi en octobre, suite à des difficultés de récolte du maïs aux États-Unis, du soja au Brésil. Des craintes sur le blé russe, liées au gel, ont aussi joué. Autre facteur de tension, le pétrole, dont la baisse du prix pourrait encourager la production d’éthanol de maïs aux États-Unis. Mais rien qui laisse prévoir une vraie reprise des cours d’ici à quelques mois.

Le scénario peut néanmoins totalement basculer comme après 2009, où sont intervenues coup sur coup deux années très difficiles. 2010 et 2012 ont vu des sécheresses  historiques et aggravées, dans le premier cas, par l’embargo frappant l’export russe. Des spécialistes estiment que l’instabilité climatique ira crescendo, avec davantage d’humidité, d’accidents aigus du type El Niño (redouté cette année mais finalement absent). La fin des montagnes russes n’est pas pour demain.

Source : note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire - PRISME - n°6 - Décembre 2014

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