Grandes cultures : une année tristement historique

PARIS Le réseau CERFRANCE

Grandes cultures : une année tristement historique

L’année 2016 restera marquée comme une année historique d’un point de vue de l’agriculture française. Malheureusement, pas dans le sens espéré jusque fin avril. On connaissait 1956, 1976… 2016 est à rajouter dans cette liste des tristes années. Cette situation française n’influe que peu sur une production mondiale conséquente et donc pesante sur le marché. Dans ce contexte, seuls les oléoprotéagineux apportent un peu de perspective favorable.

Grandes cultures : une année tristement historique

Les principaux bassins de production fortement touchés

Si la production mondiale de blé est d’un niveau record (747 MT sources France Agrimer), la production française est, elle, anormalement faible avec une baisse de 31% (soit une production inférieure à 30mT). Cette forte baisse de production s’explique par des bassins de production fortement touchés par des événements climatiques. Que ce soit l’Île de France (-50%), le Centre Val de Loire, la Bourgogne, les Hauts de France et le Grand est (-42%), les rendements ont atteint des niveaux jamais connus depuis plusieurs décennies. Inévitablement, les situations économiques de ces régions sont donc très impactées et plusieurs années seront nécessaires pour ne plus en ressentir les effets. Cette disparité touche également la production de blé dur, avec des rendements corrects en Occitanie (1re région productrice) et un décrochement de 72% des rendements en région Centre (2e région productrice en surface). Sur le plan des orges, la baisse de production est plus mesurée (-22%) mais importante sur le marché.

En maïs, le constat n’est pas loin d’être similaire, avec une production mondiale annoncée comme record, mais un contexte français touché par la sécheresse estivale. L’estimation France Agrimer fait état d’une production à 12Mt, soit le plus faible niveau des 10 dernières années.

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Grandes cultures : une année tristement historique

Une qualité du blé en berne

La qualité des blés est un élément important pour nos exportations, c’est un critère pouvant être déterminant dans l’accès à certains marchés. Et là encore, difficile de trouver un axe de satisfaction. Seuls 20% ont une qualité aux normes, contre 45% en moyenne sur les 4 dernières années. Pour exemple, la moyenne des Poids spécifiques (PS) est exceptionnellement basse à 73 kg/hl, contre 78 en moyenne sur les 4 dernières années. Là encore, les régions ont été inéquitablement touchées. Cela amène des flux inédits entre régions. Les meuniers sont amenés à s’approvisionner dans des régions moins impactées en qualité. Les régions les plus touchées qualitativement, qui présentent un pourcentage de blé fourrager exceptionnellement élevé, doivent orienter ces blés vers les régions d’élevage. Ce mouvement se manifeste aussi au niveau des semences de céréales: les régions du Centre, du Nord et de l’Est doivent se réapprovisionner pour proposer des semences d’une qualité plus acceptable.

Pour les semences de ferme, les agriculteurs ont dû s’adapter et trier plus longuement et finement afin d’avoir une levée pour 2017 la moins impactée possible par la mauvaise qualité des graines. 

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Grandes cultures : une année tristement historique

Les exportations en souffrance

L’offre mondiale abondante sur les principales céréales entraîne donc une pression sur les prix. Les bonnes récoltes en zone « mer noire » placent ces pays comme acteurs majeurs sur les marchés. Leur présence sur la quasi-totalité des céréales en qualité et quantité relègue les pays de l’UE à un second plan (et surtout la France). Les cours ne connaissent donc que de faibles fluctuations, essentiellement au rythme des exportations et des achats des acteurs internationaux. Difficile de trouver une voie d’amélioration dans les mois à venir. Malgré tout, une fois que les stocks en mer noire auront diminué et que leur coût de logistique augmentera, la compétitivité européenne redeviendra plus favorable et permettra éventuellement de défendre les cours… mais rien d’exceptionnel à attendre vue l’ampleur des stocks mondiaux.

 

Pour satisfaire les marchés mondiaux, il faudra également faire face aux difficultés logistiques pour proposer un lot de qualité homogène. Les blés de qualité étant hors zone habituelle d’export, en plus faible quantité et plus éparpillés sur le territoire, la mission devient difficile. Il ne faut également pas oublier notre marché intérieur. Les meuniers, les fabricants d’aliment pour les animaux sont également demandeurs d’une qualité spécifique. Il n’est d’ailleurs par surprenant de constater un marché intérieur porteur comme le révèle le marché à terme CME (cf. encadré) plus de 10€/T en blé tendre au-dessus de celui d’Euronext. Cela permet d’apporter un petit soutien au marché, plutôt rare cette année. 

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Le Colza, espoir de la campagne?

Les oléagineux présentent une situation plus favorable. Si la production a également reculé (-12%), elle a été plus stable. Mais c’est surtout le contexte marché qui donne plus d’optimisme. Plusieurs éléments haussiers sont présents. La hausse du pétrole, la baisse de l’euro, la baisse des surfaces semées en France et en Argentine sur la prochaine récolte, permettent de donner du soutien au prix. Les stocks mondiaux 2016- 2017 sont annoncés en baisse de 1MT soit un élément de tension sur ce marché qui permet de maintenir les prix proches des 400€/T. 

Les oléagineux profitent également de la tension actuelle sur les huiles avec la baisse des stocks et de la production de l’huile de palme. La raison est la baisse de production des principaux pays exportateurs (Malaisie et Indonésie) couplée à une consommation mondiale dynamique notamment en Inde, premier importateur. Pour les tournesols, les prix se maintiennent, partagés entre une bonne récolte de la zone mer noire et une bonne compétitivité face à la forte demande en huile. Il faudra malgré tout surveiller la récolte américaine de soja confirmée comme record et qui pourrait peser sur les prix.

 

Grandes cultures : une année tristement historique

Quelle leçon tirer face à une année inédite?

L’année est donc très particulière et restera très impactante pour les trésoreries des exploitations, notamment pour les régions très touchées par les baisses de rendement. Les perspectives de marché ne laissent que peu d’espoir de compensation. Malgré tout, les oléoprotéagineux apportent une touche de réjouissance dans ce contexte morose. Le marché est à surveiller car il va falloir très vite se tourner vers 2017.

 La logistique des OS est un enjeu d’autant plus important cette année pour valoriser au mieux les particularités des blés. Entre gestion des qualités pour l’export, approvisionnement des meuniers et réalisation des plans de semences, toute la logistique a dû s’adapter pour y répondre au mieux. Pour les exploitations, l’enjeu de trésorerie est donc capital cette année. Si certaines exploitations fragiles auront du mal à passer une telle année, pour les autres, la réflexion sur la constitution de la marge de sécurité doit être travaillée.

 La gestion du risque est aussi un axe important. L’assurance récolte est un élément qui doit jouer un rôle pour ces années exceptionnelles. Cela n’est pas un complément de revenu, c’est un amortisseur de sécurité qui doit être à considérer dans la gestion de ces années de crise. Cette gestion du risque peut aussi passer par une plus grande diversité des productions afin de profiter de la compensation entre culture (exemple: colza plus porteur cette année). Les assurances « chiffres d’affaires » arrivent aussi dans les offres des Coopératives et des assureurs, il faudra donc surveiller et en étudier les intérêts en fonction des caractéristiques de chaque exploitation.

 La performance économique des exploitations reste toujours un axe de travail. Le partage d’expérience et de fonctionnement, l’échange sur les pratiques doivent permettre à chacun de gagner en compétitivité. Une telle campagne amènera inévitablement

Source : veille économique agricole – décembre 2016 - Fabien BALZEAU

Pour plus d’informations : dossier  Veille économique agricole – n° 46 déc. 2016

 

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