Il manque du grain à moudre

Jean-Philippe Arnaud

Les différentes tables-rondes qui ont jalonné le Sommet du Végétal ont suscité des pistes de développement intéressantes. Mais pas de quoi améliorer vraiment le scepticisme ambiant.
Les différentes tables-rondes qui ont jalonné le Sommet du Végétal ont suscité des pistes de développement intéressantes. Mais pas de quoi améliorer vraiment le scepticisme ambiant.

Les producteurs de grandes cultures de toute la France se sont donnés rendez-vous les 19 et 20 février derniers, à la cité des congrès de Nantes.

Réunis sous la bannière d’Orama, qui regroupe l’AGPB (Association générale des producteurs de blé), l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs) et la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux), quelque 600 pro­ducteurs français de gran­des cultures viennent de passer deux jours à Nantes, les 19 et 20 février. Cet événement inédit dans le département illustre le nouveau statut de la Loire-Atlantique sur la scène nationale, qui a déjà eu la chance d’accueillir le congrès de la FNSEA en 2008 et celui de la Fédération nationale des producteurs de lait en 2013.

Assemblées générales

Après une première réunion de travail en amont du Sommet (voir page 3), les représentants délégués par la FNSEA 44 ont participé le 19 février aux assemblées générales des trois associations spécialisées et d’Orama. Dans un contexte tendu, la réforme de la PAC, l’empilement des contraintes environnementales ou encore la loi d’avenir n’étant pas dénués de responsabilités, les congressistes ont ainsi vécu un premier temps fort. Votes de diverses résolutions, élections des conseils d’administration ou encore questions-réponses ont ainsi animé cette première matinée. Pour les producteurs de maïs, la priorité concerne le verdissement de la PAC et notamment la bataille sur les surfaces d’intérêt écologique. Mais pour Christophe Terrain, président de l’AGPM, l’autre axe de travail est de « faire comprendre à la société que la production de maïs est utile et même indispensable ». Gérard Tubéry, président de la FOP, a quant à lui axé son propos sur la loi d’avenir « qui détruit le présent ». Sur un ton très pragmatique, il n’hésite pas à affirmer que « la première des simplifications est de ne pas en rajouter ». Enfin, l’assemblée générale de l’AGPB a mis en évidence l’action de l’association qui « a permis de ne pas aller au-delà des perspectives de baisse envisagées par le scénario Le Foll » pour la réforme de la PAC. Se voulant prospective, l’AGPB a élaboré un plan de compétitivité des céréales, qui se décline en plusieurs ambitions, comme par exemple produire plus, notamment en développant l’irrigation du maïs, produire mieux en qualité pour les marchés, en augmentant la teneur en protéines des blés ou encore produire mieux pour l’environnement, en utilisant moins d’intrants à la tonne de céréale.

Volonté d’être optimiste mais…

L’assemblée générale d’Orama, qui réunissait l’ensemble des délégués des trois associations, a été le second temps fort de cette première journée. Un ton corrosif et rageur a amplifié les messages passés pendant les prises de paroles de plusieurs délégués. La cible principale de leurs interventions est évidente : l’environnement et toutes ses mesures qui se cumulent, se superposent, voi­re parfois se contredisent. Un climat plus apaisé a entouré les tables-rondes qui ont suivi. De fait, les sujets étaient moins polémiques puisqu’il était question, entre autres, des principaux types de débouchés des grains. Mais là aussi, les con­gressistes n’ont pas manqué de souligner le décalage entre la volonté des collectivités et de l’État de soutenir des filières innovantes, telles que le pôle de compétitivité Industries et agro-ressources existant en Picardie, et les mesures coercitives auxquelles ils soumettent les agriculteurs. La première journée s’est clôturée par la projection d’un film présentant la production de grandes cultures et ses filières en Loire-Atlantique (à retrouver sur www.agri44.fr). Dans son discours introductif, Guy Papion, président de la section Grandes cultures de la FNSEA 44, a d’ailleurs insisté sur le fait que la Loire-Atlantique est désormais « un département à la recherche de qualité, de performance, de compétitivité et d’innovation ».

Un ministre attendu au tournant

Le lendemain, les congressistes n’avaient qu’une idée en tête : quelle attitude allait avoir le ministre de l’Agriculture en prenant la parole ? Philippe Pinta, président d’Orama, et Xavier Beulin, président de la FNSEA, précédant l’intervention de Stéphane Le Fol, ont évidemment remis en lumière le positionnement de leurs structures respectives. « Il faut faire une pause dans les contraintes environnementales, je vous garantis que nous n’en pouvons plus », a ainsi lancé Xavier Beulin au ministre. Sa proposition de « désarmer les contrôleurs de l’Onema car les agriculteurs ne peuvent plus supporter de voir débarquer des agents avec un colt à la ceinture » a fait l’objet d’applaudissements nourris de la part de l’assemblée. Applaudissements auxquels n’a pas eu droit le ministre, dont l’impopularité était aussi manifeste que ses difficultés à apporter des réponses satisfaisantes. Son discours, terminant par « je veux passer entre nous un contrat de confiance », a ainsi été froidement reçu. Même s’il a repris point par point chaque revendication d’Orama et de la FNSEA, les idées développées ont été souvent évasives. Clôturant le Sommet, Philippe Pinta en a profité pour avertir le ministre : « Comme vous allez avoir exactement les mêmes questions au congrès de la FNSEA dans un mois, apportez-nous des réponses ». Et il a terminé avec une phrase pleine de bon sens : « le moulin social ne peut avoir de grain à moudre que si les récoltes sont abondantes ». Le ministre a de quoi méditer.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier