Jean Boiffin, président de l'association française d'agronomie, l'Afa : L'agronomie a besoin de se décloisonner »

Propos recueillis par Nicole Ouvrard

Face aux enjeux environnementaux, on dit qu'il faut revenir aux bases de l'agronomie. Mais cette dernière sera-t-elle à la hauteur ?

L'agronomie pourra-t-elle répondre aux enjeux du Grenelle de l'environnement ?

Oui, elle a déjà des éléments de réponse et en apportera d'autres si elle fait l'objet d'un investissement conséquent. On sent une mobilisation très forte des agronomes pour mettre au point des systèmes de culture innovants, répondant à la durabilité de l'agriculture. Mais elle ne peut pas répondre à elle toute seule car, pour construire une agriculture durable, il faut une cohérence entre politiques publiques, stratégies de filières, développement des territoires… et progrès techniques. On ne peut pas demander instantanément à l'agronomie d'apporter des réponses à des questions qu'on ne lui avait pas posées. J'observe une certaine incantation à l'agronomie : c'est sympathique, mais pernicieux si le soutien ne suit pas ! Il faudra du temps et des recrutements, notamment au sein des organismes de recherche-développement.

Et une volonté commune ?

Oui, c'est crucial. Les agronomes de terrain partagent souvent le même constat, même s'ils appartiennent à des organismes ayant des stratégies différentes. Mais il faut que ces organismes favorisent les synergies et ne cherchent pas avant tout à marquer leur terrain par rapport aux autres vis-à-vis des questions environnementales. Le chacun pour soit est une garantie d'échec.

Jean Boiffin, président de la toute jeune Association française d'agronomie. (DR)

Jean Boiffin, président de la toute jeune Association française d'agronomie. (DR)

 

Quelle est la signification exacte d'« agronomie » ?

Ce terme peut s'entendre de deux façons. La première englobe toutes les sciences en rapport avec l'agriculture. La seconde est plus restrictive : c'est l'étude des relations entre les plantes, le milieu et les techniques culturales. Cette double signification est source de confusion. À laquelle s'ajoute une certaine diversité de conceptions de l'agronomie accordant plus ou moins d'importance à l'empirisme ou au contraire aux bases scientifiques, à la plante ou au milieu, à la production ou à l'environnement. Mais l'enjeu de l'agriculture durable a changé les termes du débat. C'est un défi qui demande sans cesse plus d'interaction entre l'agronomie et les autres disciplines.

Comment donner une meilleure visibilité à l'agronomie ?

L'essentiel, c'est la vitalité du système de formation à l'agronomie, son attractivité pour les jeunes. Nous voulons que les agronomes aient davantage conscience du trésor que constituent leurs savoirs et savoir-faire. Nous voudrions encourager la rédaction de manuels ou supports de formation résultant d'une large coopération des enseignants et des chercheurs. Nous souhaitons aussi que l'agronomie soit mieux prise en compte dans l'élaboration des politiques publiques, notamment dans la future PAC.

Pourquoi avoir créé l'Association française d'agronomie ?

Parce qu'elle n'existait pas encore. C'est cela qui est surprenant. Toutes les disciplines scientifiques liées à l'agriculture ont leur structure associative, et il existe une European society for agronomy. Notre objectif est, non pas de créer une société savante, mais un carrefour d'échanges entre agronomes de différents métiers et d'organismes divers.

Agronomie et écologie s'étaient-elles ignorées jusqu'alors ?

En fait l'agronomie se rattache par définition à l'écologie, mais elle n'a pas encore assimilé certains acquis de l'écologie qui lui seraient très profitables, notamment pour mieux maîtriser les maladies, les ravageurs ou les adventices, et davantage prendre en compte la biologie du sol.
Nous avons aussi un gros travail à faire pour mieux articuler l'agronomie avec les sciences sociales, si nous voulons éviter que les futures réglementations soient anti-agronomiques. Et tout ce travail intellectuel doit aller de pair avec un renforcement des interactions entre agronomes et agriculteurs : c'est avant tout ce lien que garantit la vitalité de l'agronomie.

N. B. : Jean Boiffin est directeur de recherche à l'Inra. Il préside le comité stratégique du groupe d'intérêt scientifique sur les grandes cultures à hautes performances économique et environnementale, qui fédère vingt-cinq organismes de recherche et développement. Il est aussi président du comité d'experts d'Ecophyto 2018.

Source Réussir Grandes Cultures Juillet-Août 2010

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