L'UE se prépare à la fin des quotas de sucre en 2017

L'UE se prépare à la fin des quotas de sucre en 2017

C'est le dernier quota existant au sein de la Politique agricole commune (PAC): la production contingentée de sucre. L'UE se prépare à y mettre fin dans un an, en espérant limiter les risques pour un secteur déjà largement restructuré.

Annoncée depuis des années, l'abolition des quotas le 1er octobre 2017 a eu le temps d'être "soigneusement préparée", selon le commissaire européen à l'Agriculture Phil Hogan. Le bien-fondé d'une telle préparation est d'autant plus justifié dans le contexte actuel des multiples crises agricoles, en particulier celle du lait dans un marché mondial en surproduction, 18 mois après l'abolition des quotas dans l'UE.

Un groupe d'experts nationaux sur le sucre a rencontré mi-octobre le "groupe de dialogue civil" qui réunit les parties prenantes du secteur sucrier. Les marchés font l'objet d'un "suivi accru". Un tableau de bord est publié depuis le début de l'année. "Nous avons mis à profit la période précédant la fin des quotas pour nous préparer sur le plan agricole, industriel et commercial", explique à l'AFP Gérard Benedetti, directeur de communication de Tereos, première entreprise française d'un secteur qui a anticipé cette petite révolution depuis plusieurs années.

Survivre avec des prix moins élevés

Les producteurs devaient, en fin de compte, "être capables de survivre dans un environnement de prix moins élevés", explique de son côté une source de la Commission européenne. Les quotas de production s'élèvent actuellement à 13,5 millions de tonnes. Disparaîtra également le concept de production "hors quota", destinée notamment à la fabrication de biocarburants ou autres produits industriels non-alimentaires, et à l'exportation jusqu'à un plafond de 1,374 million de tonnes fixé par l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

En 2006, une grande réforme a transformé le secteur, censée améliorer la compétitivité des acteurs. En deux ans, 83 usines ont fermé, selon le Comité européen des fabricants de sucre (CEFS), soit 40% des sucreries européennes. Une poignée de producteurs subsistent en Europe. La France et l'Allemagne assurent près de la moitié de la production de sucre de l'UE (24% chacune), suivie de la Pologne (11%) et du Royaume-Uni (8%). L'UE est le plus gros producteur mondial de sucre de betterave et le principal importateur de sucre de canne brut destiné au raffinage, qui se fait au Royaume-Uni, au Portugal ou en Roumanie.

Selon des sources concordantes, alors que plusieurs sucreries européennes ne fonctionnent pour l'instant pas à plein régime, les fabricants de l'UE seront capables dès l'expiration des quotas d'augmenter leur production de 20%. "L'Europe, qui est aujourd'hui un importateur net, va devenir un exportateur net", prédit Gérard Benedetti, qui table sur une production européenne de 18 ou 19 millions de tonnes.  

Liberté d'exporter

Mais pour l'analyste Claudiu Covrig, de Kingsman-Platts S&P Global, qui table sur une augmentation de 2,5 millions de tonnes de la production de l'UE, la conquête de nouveaux marchés pour l'UE s'avérera "difficile". "Ce sera très dur pour eux d'être compétitifs", observe-t-il au vu de l'évolution des marchés visés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord depuis dix ans, puisque des pays comme l'Irak ou l'Algérie se dotent de leurs propres raffineries.

Qui saura profiter de la fin des quotas ? Les producteurs d'isoglucose (un sirop de glucose riche en fructose) verront également disparaître le plafond imposé de 700.000 tonnes, réveillant des appétits par exemple en Hongrie, relève la source à la Commission, qui prévoit un triplement de la production. En Irlande, au Portugal ou en Slovénie, des pays qui avaient abandonné la production de la betterave sucrière, des projets de reprise émergent, sur des projections de prix qui paraissent toutefois "trop élevées", estime cette même source. A l'inverse, en Italie, certains producteurs ont fait part de leurs craintes de ne pas survivre au passage au marché libre.

"On va retrouver notre liberté d'exporter, mais il faut que l'UE défende les intérêts du secteur du sucre", prévient Marie-Christine Ribera, directrice générale du CEFS, alors que le sucre reste considéré comme un produit sensible dans les négociations de traités de libre-échange. Le sucre sera le dernier quota européen à disparaître, "une page qui se tourne" pour Mme Ribera, et le symbole d'une nouvelle PAC tournée vers les marchés.

Source AFP

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