La récolte des menues pailles : un levier complémentaire de gestion des adventices

Xavier Gautier

La récolte des menues pailles : un levier complémentaire de gestion des adventices

La récolte des menues pailles permet d’exporter une partie des graines d’adventices de la parcelle et de limiter ainsi leur réensemencement. Cette technique pourrait venir compléter les leviers de gestion des adventices habituellement utilisés. Résultats de deux campagnes d’essai sur une parcelle fortement infestée en ray-grass.

Les menues pailles sont rejetées par la grille supérieure de la moissonneuse-batteuse lors du nettoyage du grain. On y retrouve glume, glumelles, brisures de pailles, petits grains et graines d’adventices. Elles peuvent être valorisées pour le paillage, le fourrage, la combustion, la  méthanisation ou encore comme agro-matériaux. En plus de ces valorisations, la récupération des menues pailles présente un intérêt agronomique en limitant l’enrichissement du stock semencier en mauvaises herbes de la parcelle.

Des levées de ray-grass toujours importantes la première année

Un essai conduit par ARVALIS – Institut du végétal et la chambre interdépartementale d’agriculture d’Île-de-France depuis la moisson 2014 a permis de mesurer l’impact de la récolte des menues paille sur les infestations de  ray-grass.

Dans cet essai, la densité de ray-grass (résistants aux herbicides) lors de la récolte 2014 est assez élevée, de 28 ± 3 plantes/m² dans le blé. Cette année-là, la récupération des menues pailles a permis d’exporter plus de 70 % des semences de ray-grass qui n’étaient pas tombées au sol avant la moisson du blé (figure 1).

figure 1

Malgré ces taux d’exportation élevés, la densité d’adventices présente à l’interculture (mesurée un mois après un  déchaumage) puis dans l’orge d’hiver au printemps suivant (après deux désherbages d’automne) n’est pas significativement différente entre les modalités avec ou sans exportation des menues pailles (figure 2).

figure2

Ceci peut s’expliquer par deux raisons : 

 • Une partie des graines de ray-grass étaient déjà tombée au sol avant la moisson, qui a eu lieu mi-juillet. Ces graines n’ont pas été comptabilisées et ne sont donc pas prise en compte dans le calcul de la proportion de graines exportées. 

 • Les levées d’adventices observées ne sont pas seulement issues des graines de l’année mais aussi de celles déjà présentes dans le stock semencier. Par conséquent, l’exportation régulière des menues pailles pourrait avoir un effet plus prononcé à moyen terme. Les suivis 2015/2016 confirment cette hypothèse.

L’impact s’accentue en deuxième année

Juste avant la  récolte de l’orge en 2015, il y a 40 % de ray-grass en moins dans la modalité avec récolte des menues pailles par rapport à la modalité avec menue paille éparpillée. Lors de l’interculture 2015 puis en sortie d’hiver 2016 dans le blé suivant (figure 2), la densité de ray-grass est deux fois plus faible dans la modalité récoltée par rapport au témoin éparpillé.

 Cette pratique ralentit donc le développement des ray-grass, mais elle ne suffit pas à le stopper : entre la sortie d’hiver 2015 et la sortie d’hiver 2016, la densité de ray-grass a été multipliée par 2,5 dans la modalité récolté et par 4 dans la modalité éparpillée.

Une réduction plus marquée des repousses de blé

L’exportation des menues pailles permet aussi de réduire la quantité de repousses de blé à l’ interculture : celle-ci a été réduite de 40 % après la moisson 2014 (mesure effectuée un mois après le premier déchaumage).
 
 Les résultats 2015 sur orge sont moins marqués : aucune différence significative n’est observée (figure 3).

figure3

 L’essai se poursuit afin d’étudier l’effet de trois campagnes successives d’exportation des menues pailles.

Pascale METAIS (ARVALIS - Institut du végétal)

 

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