La Suisse votera fin février l’initiative « pas de spéculation sur les denrées alimentaires »

Crédit Agricole, Pôle AgroAlimentaire

La Suisse votera fin février l’initiative « pas de spéculation sur les denrées alimentaires »

Selon ce texte, qui a recueilli 130 000 signatures permettant de passer en « votation », les acteurs financiers ayant leur siège ou une succursale en Suisse ne pourraient investir dans des instruments financiers se rapportant à des matières premières agricoles. Les contrats avec des producteurs et des commerçants qui portent sur la garantie de délais ou de prix seraient autorisés. Le texte est proposé par les Jeunes Socialistes, soutenu par des ONG ; il est récusé par le Conseil fédéral et les États de Suisse.

L’impact de la spéculation sur les prix agricoles et sur la sécurité alimentaire mondiale est un sujet de plus en plus sensible, en parallèle avec le rôle croissant qu’y jouent les acteurs financiers. Face à cette préoccupation, différents établissements financiers ont décidé mondialement de ne pas développer une telle activité. 

La spéculation n’est qu’un des facteurs pouvant intervenir dans la formation des prix agricoles, qui vient après les « fondamentaux » que sont la situation climatique et la demande pour l’alimentation ou pour d’autres usages comme les agrocarburants. La volatilité peut être tout aussi forte sur des produits comme le riz pour lesquels il n’y a pas de marché organisé substantiel. Et la spéculation n’empêche pas la chute des prix, comme on le voit depuis 2013. Ceci étant, les agents financiers tiennent maintenant une très grande place sur ces marchés.

Les positions des « spéculateurs » à court terme comme les « hedge funds » sont très corrélées à court terme avec les prix agricoles, accompagnant, amplifiant ou parfois révélant les tendances latentes. Les « investisseurs » à long terme (« fonds indiciels ») possèdent sur le marché de Chicago des positions longues considérables, renouvelées en permanence - ce sont même le plus souvent les seuls agents en position acheteuse nette sur ce marché, pour le blé, le maïs et le soja, ce qui montre un potentiel important de déstabilisation. Le sujet est particulièrement sensible en Suisse du fait de la concentration sur place des négociants internationaux en produits agricoles, et dont les milieux économiques craignent la délocalisation. Le texte proposé vise les acteurs financiers et non les négociants, et la spéculation et non la couverture. S’il était voté, ce qui n’est pas considéré comme le plus probable, sa mise en œuvre serait de toute façon très complexe et ses effets indécis : il est difficile de distinguer couverture et spéculation, et les banques comme les négociants peuvent participer aux deux. 

Les Suisses ne sont pas seuls à s’en préoccuper : l’Europe prépare une directive sur les instruments financiers (MiFID II) destinée elle aussi à limiter l’influence de la spéculation sur les marchés de matières premières, après les États Unis avec Dodd-Franck. Actuellement en discussion, avec une approche beaucoup plus élaborée, elle doit entrer en vigueur en principe début 2017. Là aussi l’esprit est d’exempter les opérations « commerciales », tout en limitant la taille des positions des acteurs « financiers ».

 Retrouver tout le dossier :  PRISME – L'analyse de la conjoncture agricole et agroalimentaire du Crédit Agricole

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Commentaires 2

beberino

la suisse petit pays independant
l europe peut prendre exemple dessus

CLOCHE215

bravo la Suisse et merci!! la Suisse ne se laisse pas sucer par les spéculateurs ....

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