Les céréales : Quel assolement pour quelle stratégie

Fabien Balzeau - CERFRANCE

Les céréales : Quel assolement pour quelle stratégie

L’assolement et la rotation des cultures sont des points majeurs dans la gestion d’une exploitation. Ces indicateurs de la stratégie de l’exploitation répondent à des logiques techniques ou encore économiques. Ce sujet est de nouveau au centre des questions notamment en raison de la nouvelle PAC (verdissement/diversité des cultures).

Les céréales : Quel assolement pour quelle stratégie

Une simplification en marche depuis 40 ans

L’assolement est avant tout la répartition des cultures au sein d’un parcellaire : c’est un aspect spatial. Il est à différencier de la rotation, qui correspond à l’enchaînement pluriannuel sur la même parcelle. Ces 2 définitions, même si elles sont différentes, sont liées l’une à l’autre. Aujourd’hui 7 cultures représentent 90% de la surface française et, pour 85% des exploitations, moins de 4 cultures représentent plus de 80% de la surface. Nous avons donc connu une simplification des assolements. Ce constat est le même au niveau des rotations : la monoculture représente 6% de la sole française et les rotations à 2 cultures 15%. Avec cette simplification, certaines cultures disparaissent peu à peu du paysage français (baisse de 1/3 de la surface de protéagineux en 10 ans). Sous l’effet des  possibilités ouvertes par les produits phytosanitaires, de la progression des techniques et du développement des filières  spécialisation des régions…).

Les céréales : Quel assolement pour quelle stratégie

L’assolement : un ensemble complexe

Il faut rappeler que l’assolement est constitué par une multitude de critères. Le choix n’est pas simple à faire. Il dépend à la fois des moyens de l’entreprise, du chef d’entreprise et de son environnement (cf. graphique). Ces éléments subis ou choisis, orientent les choix dans la composition de l’assolement : 2 grandes stratégies se dégagent. Celle qui répond à un objectif principalement économique, et une autre à une logique orientée technique. Changer un assolement à court terme est donc complexe car il peut impacter des investissements, des changements de politiques commerciales, des compétences supplémentaires, l’organisation du travail… Chaque choix doit donc être pensé sur le moyen terme.

Un assolement technique

L’assolement peut avoir une orientation technique pour permettre de profiter de bénéfices agro-environnementaux. Il se caractérise alors par un plus grand nombre de cultures (entre 5 et 7). Ces systèmes ont presque systématiquement des cultures légumineuses qui permettent de fixer l’azote gazeux, l’apport d’engrais en est donc réduit. 

Cette plus grande variabilité des cultures évite aux flores de se spécialiser et en alternant les plantes hôtes permet une diminution de l’utilisation des phytos. La diversité permet également d’éviter une résistance aux phytos. Le salissement des sols est donc plus facile à maîtriser. L’avantage est également perceptible au niveau du tassement des sols. La diversité des cultures permet aux racines d’explorer différents horizons du sol et de favoriser son aération. Le gain se fait essentiellement sur les charges opérationnelles. Ce gain technique est plus lié à la rotation et la succession des cultures plutôt que le simple fait de l’assolement. Le gain économique sera donc à mesurer sur cette même échelle.

Un assolement économique

L’autre grande stratégie est l’assolement économique. Il a plus généralement un nombre de cultures réduit (parfois monoculture) et se recentre sur des productions à plus forte valeur ajoutée. Ces productions proviennent généralement d’une spécialisation locale ou de la présence d’une filière. Les OS (organisme stockeurs) disposent de débouchés locaux qui favorisent le développement de ces cultures. Cet assolement économique est également possible grâce à la plus grande visibilité sur les prix par le marché à terme. Il est aujourd’hui possible de vendre plus tôt et ainsi cibler des productions en fonction du cours du moment. Cette stratégie consiste à viser les productions les plus rentables du moment et de sécuriser un rendement. Ce choix peut être annuel et directement lié à l’assolement. La rotation est plus un choix subi que réellement entrant dans la stratégie. 

Cette stratégie présente un risque plus important car dépendant du cours pouvant être très volatile dans l’année. La capacité de l’entreprise doit permettre de supporter ce risque. 

Si la rotation et l’assolement sont fortement liés, l’un et l’autre répondent à 2 objectifs quelque peu différents. La rotation apportera une vision plus agronomique par son effet sur le sol et les adventices, tandis que la diversité de l’assolement permettra d’agir sur le risque et correspond à une vision plus économique. 

Une stratégie à définir

 Il n’y a pas à proprement parler de bonne ou de mauvaise stratégie. C’est avant tout celle qui correspond au mieux au chef d’entreprise. Cependant, le contexte change (nouvelle réglementation qui impose une diversité, cours qui évoluent…) cela doit amener à repenser régulièrement son système.

Faire évoluer son système amène à se confronter à des résistances. Ces résistances sont normales et compréhensibles. Lever ces reins doit être un préalable. Ce changement est également complexe par la multiplicité des acteurs impliqués (Amont / Aval) et des compétences à acquérir.
L’une et l’autre des stratégies évoquées ne sont pas incompatibles. Plusieurs points de convergence peuvent se dessiner. Le premier est sur l’aspect économique : en effet, les gains au niveau des charges opérationnelles sur la rotation, même s’ils ne sont pas  facilement mesurables, peuvent être un réel atout. La multiplicité des cultures est aussi un moyen de gérer le risque : la combinaison des cultures à forte valeur ajoutée (VA) et de cultures propices à l’amélioration agronomique dans la rotation peut être profitable. 

Peut-on se détacher du technique ou ignorer l’impact économique ? L’un et l’autre ne peuvent être dissociés. Une combinaison est indispensable dans le contexte actuel où les charges opérationnelles progressent et où certaines résistances aux produits chimiques apparaissent. 

Au travers de la contrainte réglementaire, il s’agit de trouver l’opportunité pour en tirer les bénéfices.

Source Lettre Veille Économique Agricole - Octobre 2014 - N°39

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