Les filières iAA De L’Italie : Le salut par L’export

Les filières iAA De L’Italie : Le salut par L’export

Deuxième économie industrielle de la zone euro, l’Italie a su construire une image de son agriculture bien au-delà de sa production agricole réelle. Avec 2 % de la valeur ajoutée totale, l’agriculture italienne occupe une place équivalente à celle de l’agriculture française dans l’économie nationale et à peine plus que la moyenne européenne (1,8 %). Cepen- dant, élément central d’un Made in Italy, protégé par une certification officielle et devenu le véritable marqueur de l’origine des produits qui ont su conquérir les marchés mondiaux, l’agriculture et les industries alimentaires contribuent à générer indirectement par leurs activités en amont et en aval, 17 % de la production nationale totale (soit 517 mds €).

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La crise financière, et à sa suite, la crise de la dette souve- raine et du secteur bancaire, ont infligé d’énormes pertes à l’économie italienne (8 % du produit national et 7 % de destructions d’emplois entre 2008 et 2013). Dans le même temps, l’agriculture aussi a souffert, avec une perte de valeur ajoutée comparable et une destruction des emplois (-9,6 %, soit 128 000 personnes) d’autant plus importante qu’elle s’ajoute à la réduction naturelle du nombre des exploita- tions. Le secteur agroalimentaire a en revanche limité ses pertes (-3 % de valeur ajoutée et -6,7 % d’emploi), notam- ment par rapport à l’ensemble du secteur manufacturier, ce qui lui a permis d’afficher fin 2012 une augmentation de la part qu’elle représente, à la fois dans la valeur ajoutée totale (+0,1 %), mais surtout dans l’industrie manufacturière (+1,3 %) par rapport à l’année 2007.

Dans un contexte de net recul des revenus et de la consomma- tion des ménages, la consommation des produits alimentaires s’est repliée davantage que la consommation totale (-11 % contre -8 % en volume) depuis le début de la crise en 2008. Faible rythme de la reprise, taux de chômage élevé, modeste progression des salaires et nécessaire ajustement structurel des finances publiques, tout cela implique des perspectives d’évolution des dépenses des ménages médiocres au cours des prochaines années. L’italie parie donc sur la progression de la demande étrangère (économies émergentes, etats-unis, Japon) pour sortir de la crise. La contribution de l’agri/agro au commerce extérieur a été la seule positive depuis deux ans et les exportations resteront en 2014 le principal moteur de

croissance. La balance commerciale a pu redevenir positive en 2013 grâce à des efforts de compétitivité et de montée en gamme des produits italiens qui ont permis de maintenir l’évolution de ses parts de marché en ligne avec celle de la moyenne de la zone euro depuis la crise.

❙ Les IAA italiennes :
un maximum de valeur ajoutée sur les produits à forte identité

La sortie de crise par la création de valeur : voici la réponse italienne. La filière agroalimentaire n’a pas échappé à cette logique. A l’inverse de l’agriculture qui poursuivait sa baisse structurelle, l’agroalimentaire a su inverser cette tendance au cours des dernières années. En effet, dans l’agriculture, la productivité très faible et le rythme de croissance des salaires plus soutenu que chez les principaux partenaires européens, expliquent la faible rentabilité, avec un taux de marge qui a su néanmoins retrouver, fin 2013 son niveau pré-crise. Le secteur agroalimentaire présente en revanche un taux de marge élevé, nettement supérieur à la moyenne des activités manufacturières.

Le déficit de la balance commerciale agri-agro est structurel, mais on constate qu’il diminue grâce à une progression régulière des exportations des industries agroalimentaires et particulièrement du vin (Excédent commercial de 4,5 Mds € qui représente 95 % de l’excédent commercial généré par l’ensemble des boissons). 

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De 2006 à 2012, trois catégories de produits illustrent cette capacité de l’industrie alimentaire italienne à compenser et même au-delà, le déficit commercial des seuls produits de l’agriculture :

  • Il y a eu un important mouvement de hausse des prix unitaires des matières premières céréalières, qui a fortement contribué à la dégradation du déficit import- export des céréales elles-mêmes, passé de 1,368 à 2,253 milliards d’euros (+885 M€). Mais dans le même temps, la filière des produits élaborés à base de céréales (panifiés, pâtes, etc) a vu son excédent commercial passer de 2,148 milliards d’euros en 2006 à 3,081 milliards en 2012, soit +933 M€. Cette évolution compense exac- tement la dégradation de la balance commerciale des matières premières céréalières.
  • Les produits laitiers présentent une évolution symétrique : importations de lait destinées à compenser le déficit de

livraison domestique en laits de consommation ; exporta- tions de fromages, majoritairement d’appellation. Le déficit global de la filière lait reste stable, entre 1 et 1,5 milliards d’euros selon les années, mais avec une évolution 2006- 2012 caractérisée par des exportations de fromage en hausse de 63 % (de 1,211 à 1,976 milliards d’euros) et des importations de lait en hausse de 24 % (de 700 à 860 M€).

■ Plus encore que le lait, la filière légumes met en évidence cette tendance à l’accroissement de la valeur ajoutée grâce aux produits élaborés. L’Italie exporte beaucoup de légumes frais (plus d’1,1 Md € en 2012) mais en importe aussi beaucoup, et le solde commercial positif a peu évolué en 6 ans (de 140 à 270 M€). En revanche, les préparations culinaires à base de légumes ont cru de 65 %, permettant une progression de plus du double de l’excédent commercial, de 536 M€ à près d’1,2 Md €. 

La 6e place parmi les exportateurs mondiaux des produits alimentaires transformés 

L’Italie poursuit donc une stratégie de spécialisation dans la production de biens élaborés, dont elle est déjà expor- tatrice nette, quitte à aggraver son déficit de produits pas ou peu élaborés. Par voie de conséquence, elle consolide un positionnement compétitif sur les produits alimentaires transformés. C’est ainsi que l’International Trade Centre des

Nations Unies classe le secteur de l’alimentaire transformé italien à la 6e place, en termes de performance à l’expor- tation, parmi 180 pays exportateurs, alors que l’alimentaire frais est à la traîne à la 37e place, loin derrière ses princi- paux concurrents européens. 

Avec une population proche de celle de la France, mais une surface agricole exploitable inférieure de moitié, l’Italie ne peut espérer atteindre l’autosuffisance alimentaire, hormis sur certaines productions spécifiques. En revanche, la très forte notoriété de nombreux produits alimentaires de qualité issus de savoir-faire reconnus, qui sont autant de marqueurs de l’identité italienne, offre encore de belles opportunités de développement des industries d’aval de la filière agroalimen- taire en direction des consommateurs étrangers.

Ce sera sans doute hors d’Europe que ces débouchés offriront le plus de potentiel, en particulier dans les pays émergents d’Extrême-Orient et d’Amérique. Au-delà des qualités gusta- tives des produits, c’est la diffusion d’une certaine culture, véhiculée par des entreprises qui valorisent un terroir, un savoir-faire et un patrimoine alimentaire réputé - dans la foulée du slow-food (aux origines piémontaises) - qui pourrait en être un vecteur majeur. 

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