Les phosphites, fertilisants ou fongicides ?

Christian Gloria - Réussir Grandes Cultures Novembre 2011

Traitement anti-mildiou sur pomme de terre. © V. Marmuse/CAIA
En application foliaire, les phosphites disponibles dans le commerce visent à lutter contre certaines maladies. Leur action fertilisante n’a pas été prouvée.

L’application de phosphites sur des plantes pour contrer certaines maladies se développe. Mais peu avec des produits autorisés en France pour cet usage. Les autorités veulent sévir.

Les phosphites, connus pour leur action sur certaines maladies de végétaux, sont utilisés comme alternative aux fongicides classiques, notamment quand les solutions de traitement manquent comme sur certaines cultures légumières. Provenant d’importations, ils ne sont pas chers… Mais la grande majorité de ces produits ne sont pas autorisés à l’usage en France.
Les instances officielles se sont fendues d’une note cet été. « Les produits à base de phosphites destinés à une application sur des végétaux pour leurs propriétés fongicides sont à considérer comme des préparations phytopharmaceutiques. Ils sont soumis à l’obligation d’autorisation de mise sur le marché (AMM) préalable pour être commercialisés et utilisés sur le territoire national. La détention des phosphites ne disposant pas d’AMM en vue de leur vente pour un usage phytopharmaceutique constitue une infraction… », soulignait le ministère de l’Agriculture le 30 juin dernier.

Vendus sous couvert

Ces phosphites non homologués sont vendus comme fertilisants. « La norme engrais NFU 42 001 ne liste pas le phosphite comme un élément fertilisant. Les phosphites ne peuvent être commercialisés sous cette norme en France », juge Florence Catrycke, responsable du pôle réglementation à l’Unifa. « Les phosphites ne sont pas explicitement inscrits à l’annexe I du règlement CE 2003/2003 sur les engrais, au contraire des phosphates, ajoute la note du ministère de l’Agriculture tout en mentionnant que les interprétations divergent entre les États membres ». Dans certains pays, ces produits sont utilisés librement. « Mais l’Espagne a déposé une procédure d’instruction pour l’inscription des phosphites de potassium comme engrais CE. Cela montre bien que l’action fertilisante de ces produits n’a pas été prouvée ni officialisée, jusqu’à présent, par les instances européennes, interprète François Hervieu, de la DGAL. Clairement, nous ne considérons pas que les phosphites sont des matières fertilisantes. Mais nous ne ferons pas obstruction à inscrire ces produits comme engrais si la preuve de leur action fertilisante est apportée. »
Datant du 28 janvier 2011, un avis de l’Anses fait référence en la matière, à propos du produit Proval PK2 à base de phosphite de potassium. Sa revendication d’usage était la fertilisation phosphopotassique pour une utilisation en pulvérisation foliaire. Sur la base d’études, l’Anses a émis un avis défavorable à sa mise sur le marché comme engrais. concluant : « Le niveau d’efficacité du produit Proval PK2 est insuffisamment établi pour cet usage. »

Quelques formules autorisées

Quelques produits classés parmi les phosphites ont obtenu une AMM comme spécialité phytosanitaire. Ils sont à base de fosétyl-al (surtout) et de phosphite de potassium. « Nous avons déposé un dossier d’homologation de notre phosphite de potassium car il y a une demande forte du marché pour ce type de produit. L’AMM a été obtenue en 2011 sur vigne et il est en phase de lancement commercial », précise François Rollin, De Sangosse.
Les quelques sociétés phytosanitaires qui disposent de phosphites ayant une AMM crient à la distorsion de concurrence face à des spécialités qui n’ont pas été évaluées sur leur impact écologique et toxicologique. Un dossier d’homologation et les études l’accompagnant se chiffrent entre 600 000 et 800 000 euros. « Ces produits autorisés ne sont pas attrayants pour l’agriculteur car plus chers que ceux vendus illégalement comme fertilisants, remarque Guillaume Beauvallet, spécialiste maladies de la pomme de terre chez Arvalis. En outre, comme ce sont des spécialités phytosanitaires à part entière, ils ne permettent pas une réduction de l’indice de fréquence de traitement (IFT) quand on les utilise. »
Guillaume Beauvallet imaginerait bien une catégorie particulière dévolue à ce type de produit pouvant éventuellement entrer dans les schémas de biocontrôle. Suite au rapport du député Antoine Herth sur cette question, une réflexion est en cours entre les instances et les professionnels en vue de mettre sur pied une évaluation allégée pour les produits de biocontrôle. Mais il reste à définir ce qui entrera dans cette catégorie. Et il n’est pas sûr que les phosphites en feront partie.

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