Limagrain parie sur l'amélioration du blé outre-Atlantique

Agra Presse

Le groupe coopératif auvergnat Limagrain veut relancer la recherche sur la culture du blé pour la rendre à nouveau attractive dans le monde.

“Les surfaces en blé aux États-Unis étaient de 30 millions d'hectares (Mha) il y a 15 ans et s'établissent aujourd'hui entre 22 et 23 Mha”, a indiqué Daniel Chéron, directeur général de Limagrain, lors de la visite d'une station de sélection variétale du groupe, le 15 juin au Royaume-Uni. Selon lui, une stagnation des hausses de rendements, 1 % par an en blé, ainsi qu'un marché américain faisant la part belle aux productions de maïs, ont participé au repli des surfaces de la céréale la plus cultivée au monde, avec 226 Mha en 2009. Mais Limagrain compte s'engouffrer dans ce marché “de niche” en relançant la recherche. L'objectif : faire croître les gains moyens de rendements annuels afin de ramener les agriculteurs vers cette culture aux États-Unis, mais aussi sur les autres marchés où Limagrain est présent.

Hausses de rendements plus fortes en maïs et soja qu'en blé

“Les progressions annuelles de rendements en maïs et en soja ont atteint les 2 à 3 % par an en moyenne ces dernières années”, a souligné Daniel Chéron. Pour lui, outre des prix rémunérateurs sur les marchés, la compétitivité de ces cultures, en termes d'augmentation de rendements, a relayé au second plan celle du blé aux États-Unis. Cependant, avec un budget de 141 millions d'euros par an consacré à la recherche et 21 centres d'expérimentation et de sélection dédiés au blé à travers le monde, Limagrain compte, d'ici une dizaine d'années, dynamiser le marché des semences de blé. Si les meilleurs rendements en blé sont actuellement réalisés en France, avec entre cinq et six tonnes par hectare (t/ha) en moyenne sur la période 2005/2008, d'importantes marges de progression sont encore réalisables. En effet, selon Daniel Chéron, “si aujourd'hui la moyenne mondiale des rendements en blé est un peu inférieure à 3 t/ha, le progrès génétique pourrait permettre d'amener ce rendement moyen à 5 t/ha d'ici dix ans, avec des zones qui pourraient aller jusqu'à 10 t/ha”. Pour lui, ce progrès passera par l'obtention de blés hybrides ou OGM, ce qui nécessitera d'importants moyens en recherche et développement.

Une recherche américaine en blé à relancer

“Face aux performances des autres grandes cultures, maïs et soja, la recherche publique américaine s'est désengagée de l'amélioration variétale en blé”, a expliqué Daniel Chéron. De plus, selon lui, l'utilisation à 80 % de semences de ferme en blé aux États-Unis, contre environ 50 % en France, n'a pas incité les sélectionneurs privés à engager d'importants budgets dans la recherche en raison d'un faible retour sur investissement attendu. D'ailleurs, si les sélectionneurs touchent 90 à 100 Me/an de royalties sur 26 Mha de blé cultivés en France, aux États- Unis ce chiffre stagne à 14 Me sur une vingtaine de millions d'hectares. Ceci toujours en raison de l'utilisation massive de semences de ferme aux États-Unis, non soumises à un système de rétribution des sélectionneurs sous forme de royalties, contrairement à la France ou au Royaume Uni. Cependant, l'obtention de blé hybrides ou OGM, ayant des intérêts en termes de rendements ou de qualités, pourrait changer la donne. D'ailleurs, la création d'AgReliant, organisme de sélection variétale nord-américain, fruit d'une association entre le semencier allemand KWS et Limagrain, sera le principal vecteur de création de ces nouvelles variétés de blé.

 

Entre des blés OGM ou hybrides, la recherche avance

Dans le cas des hybrides, la stérilité des récoltes empêcherait l'utilisation de semences de ferme ce qui permettrait aux sélectionneurs d'être mieux rétribués. D'ailleurs, pour Daniel Chéron, “les propriétés des blés hybrides, en termes de rendements ou de résistance à la sécheresse, pourraient inciter les agriculteurs à racheter de la semence chaque année au vu des marges réalisées”. Autre voie de développement possible, les blés OGM, “qui permettraient de rentabiliser les marchés des semences de blé”. Selon lui, si Monsanto s'y intéresse déjà, Limagrain compte bien occuper le terrain outre-Atlantique, quitte à réaliser des partenariats avec d'autres semenciers ou agro-chimistes. Ainsi, les gains moyens en rendement annuels sur blé pourraient passer à 2 % au lieu de 1 % ces dernières années. Mais le directeur général de Limagrain insiste sur le fait que si ces recherches sont engagées, le développement commercial de ces semences au niveau mondial ne verra pas le jour avant une dizaine d'années : “Il n'y a donc pas de pression sur les résultats pour le moment.”
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Source L'Union du Cantal

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