Maïs : les cartes rebattues sur la scène internationale

Maïs : les cartes rebattues sur la scène internationale

L’abondance règne concernant le maïs sur la campagne 2013-14. Résultat, les prix ont chuté, ce qui provoque une remontée de la demande, surtout dans l’alimentation animale. Les stocks devraient remonter un peu, pas assez pour accroître la pression sur les cours. La future récolte s’annonce en retrait, avec des rendements plus habituels et moins de surfaces : les cours se remettent à la hausse au début de l’année, sur fond d’inquiétude politique en Ukraine.Une nouvelle donne s’esquisse sur le marché international. Les États-Unis exportent moins qu’avant. C’est l’Ukraine, après le Brésil l’an dernier, qui émerge en réponse à la demande chinoise. L’actualité du pays sème toutefois le doute. Quant à la France, elle cumule une mauvaise récolte et des prix bas, des conditions très défavorables aux producteurs.

ukraine : interrogations liées à l'instabilité politique

L’impact des troubles en Ukraine n’est pas perceptible sur les exportations de grain. Celles-ci continuent malgré la crainte de défaillances ou de blocages dans les ports, de rétention liée à la dévaluation rapide de la hryvnia, qui commence à faire monter les primes de risque fin février.

Restent des interrogations pour l’avenir. Après une montée spectaculaire de la production en 2013, la future récolte est attendue en baisse, avec un renchérissement des intrants. Aux difficultés du pays s’ajoute la séche- resse dans certaines régions.

L’Ukraine se trouve aussi à la croisée des chemins dans le domaine agri- cole. Trois pistes de collaborations dans le secteur des grains lui sont offertes. Un accord avec l’UE pourrait intervenir, qui porte sur une révi- sion à la hausse du quota de céréales ukrainiennes. Bruxelles s’est en effet déclarée prête, le 5 mars, à envisager une application anticipée et unila- térale concernant l’accès au marché européen pour les produits agricoles, selon l’accord d’association qui avait été refusé par l’Ukraine en novembre.

Autre accord, celui conclu fin 2013 avec la Russie. Il s’agit de constituer un pool céréalier, incluant les deux pays plus le Kazakhstan. Moscou affirme son attachement au projet. Mais, les grandes entreprises ukrai- niennes de l’UGA (association des grains) s’y opposent.

Enfin, l’Ukraine développe ses échanges avec la Chine. C’est devenu le second partenaire commercial du pays, très récent pour le maïs, avec une première cargaison à l’automne dernier. Une coopération est en route depuis plusieurs années, qui implique des groupes privés, des financements publics, et concerne des livraisons accrues en grains, la construction d’infrastructures. Une nouvelle tranche était encore annoncée en novembre. Mais diverses sources ont rapporté, le 27 février, des plaintes chinoises pour récupérer 3 Mds USD octroyés dans le cadre de cette coopération agricole -des informations ensuite démenties, mais qui montrent des influences complexes. 

Le maïs enregistre des récoltes record dans de nombreux pays, faisant plus qu’effacer la chute de l’année précédente, aux États-Unis, en Chine, en Ukraine. Seule l’Amérique du Sud, parmi les grands producteurs, régresse et notamment le Brésil, qui, lui, avait connu un pic historique en 2012. 

Le rendement à l’hectare est en cause ou plus précisément une combinaison de bons rendements, car leur niveau demeure irrégulier. Aux États-Unis, ils fluctuent à des valeurs élevées, comme en Europe ou en Argentine. Une nette progression est néanmoins observée pour le Brésil, qui cultive le maïs en deuxième récolte après le soja, la Chine et surtout l’Ukraine.

La consommation aussi repart à la hausse, après une baisse en 2012-13 pas vue depuis longtemps. C’est le cas des utilisations industrielles (16,5 % du total, dont environ 10 % pour le carburant après déduction des drêches). Aux États- Unis, l’éthanol remonterait à son niveau de 2011, mais les décisions politiques en débat peuvent aboutir à une baisse de cette utilisation du maïs. L’amidonnerie progresse dans le monde avec l’essor de l’alimentation industrielle.

Mais l’alimentation animale reste le principal débouché, incluant la Chine, le numéro deux qui se rapproche des États-Unis. Le prix du maïs, maintenant bien inférieur à celui du blé, joue dans ce sens. 

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Des stocks en légère hausse et prix déprimés qui remontent au début de l'année

L’abondante récolte laisse envisager une petite remontée du stock mondial de maïs, à 17 % de la consommation, et chez les grands exportateurs, à 5 %. Cela reste peu, moins qu’aux alentours de 2009. Résultat, les prix ont chuté, mais sans tomber aussi bas que lors de cette fameuse crise.

Il est encore tôt dans la saison pour dresser des perspectives.

Mais l’hypothèse de rendements moins favorables, selon une approche normative comme celle du CIC, conduit à une légère baisse de production, autour de -1 % cette année. Cela conduirait à un déficit. On peut aussi facilement imaginer un recul des surfaces en maïs, vu les prix et leur comparaison défavorable par rapport au soja. 

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Phénomène rare à Chicago, les spéculateurs étaient devenus franchement vendeurs courant 2013. Mais leur position montre un basculement en fin d’année, suivi d’une remontée à la verticale depuis le mois de février. Les prix à Chicago  font de même mais le prix français pour sa part tarde à suivre ce mouvement. 

Vers une nouvelle répartition des rôles internationaux ? 

Les États-unis dominent les exportations mondiales de maïs. mais leur suprématie écrasante est remise en cause : un fléchissement s’opère depuis 2008-09. La production américaine joue en effet sur un autre tableau, celui de l’éthanol, dont l’industrie explose jusqu’en 2010-11. Résultat, les volumes exportés tombent en 2012-13 à un niveau très faible, après une sécheresse historique. Ils restent cette année loin des sommets antérieurs, malgré une récolte record.

La Chine, en passe d’augmenter des importations jusqu’ici très faibles, marque le souhait de compléter sa gamme d’approvisionnement au-delà du maïs américain. Virage important, le pays vient d’entériner un assouplisse- ment de son objectif d’autonomie en céréales, l’abaissant de 95 à 90 %. L’Empire du Milieu cherche à soutenir ses producteurs, approuve de nouvelles origines de maïs importés et refuse un nombre croissant de cargaisons améri- caines soupçonnées de contenir des OGM qu’il n’a pas approuvés.

Cette volonté de diversification va de pair avec la percée d’autres acteurs, Brésil et Argentine en 2012-13, puis encore le Brésil et surtout l’Ukraine lors de la présente campagne. La dépréciation monétaire accroît leur force de frappe.

Avantage de la multiplication des acteurs, le risque est moins concentré sur les États-Unis, dont la vulnérabilité climatique est apparue en 2012. Mais cela n’élimine pas les aléas d’approvisionnement. Exemple, l’Argentine a beau détenir de grandes quantités de maïs, les producteurs font de la rétention, différant les ventes face à la chute de la monnaie nationale. En Ukraine, la situation politique inquiète (lire l’encadré).

❙ Année noire pour les maïsiculteurs français

En Europe, la récolte s’avère plutôt bonne. La consommation est révisée en hausse, vu la compétitivité du maïs. Les importations ne baisseront que faiblement, avec un creusement du déficit.

Le tableau est plus sombre en France, où la récolte est faible, pénalisée par les rendements. Il s’agit d’une très mauvaise année pour les maïsi- culteurs, à la fois en termes de volumes et de prix. Comme il devient fréquent en France, ce dernier est inférieur au cours du blé, stimulant les utilisations intérieures. L’export est annoncé en baisse, la demande euro- péenne s’orientant beaucoup vers l’est. Les producteurs ont connu une forte dégradation de leur rentabilité en 2013 ; certains EBE atteignent 400 à 600 €/ha en Alsace ou Aquitaine contre 1 800 €/ha un an auparavant. 

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