Mal en point, la meunerie française tente de sortir du pétrin

Mal en point, la meunerie française tente de sortir du pétrin

Derrière l'emblématique baguette, la meuneriefrançaise est à la peine: soumis à l'érosion des ventes de pain et à laconcurrence d'autres producteurs de farine, ce secteur discret tente des'adapter.

La France a beau être le deuxième producteur européen de farine, derrière l'Allemagne, le chiffre d'affaires de la meunerie est en baisse depuis 2013 (-15% en deux ans), tout comme le volume de farine produit (environ 4 millions de tonnes), selon l'Association nationale de la meunerie française (ANMF).  En cause avant tout, l'érosion de la consommation de pain dans l'Hexagone, passée de 129 grammes par personne et par jour il y a cinq ans, à 120 grammes aujourd'hui.

La boulangerie artisanale a subi en 2015 sa plus forte baisse de parts de marché depuis dix ans. Une tendance lourde qu'est venue aggraver ces derniers temps une baisse des exportations et une hausse des importations. Alors que la France est traditionnellement le premier exportateur européen de farine vers les pays hors Union européenne, "il y a une baisse des clients traditionnels des farines françaises", a expliqué Bernard Valluis, président délégué de l'ANMF, lors d'une conférence de presse. Ces clients se trouvent quasi-exclusivement en Afrique sub-saharienne, notamment en Angola, au Congo et au Tchad. "La baisse des exportations de farine vers l'Afrique est essentiellement le résultat de la construction de moulins" dans ces pays, expliquait récemment une analyse de l'établissement public FranceAgriMer.

'Concurrence déloyale'

Les représentants des meuniers dénoncent aussi la "concurrence déloyale" de la Turquie, devenue premier exportateur mondial de farine grâce à la politique de subventions de l'Etat, selon l'ANMF. "Leurs prix sont très compétitifs, personne ne peut concourir avec eux. Des clients aux Philippines et en Indonésie se sont retrouvés avec de la farine proposée au prix du blé", a souligné M. Valluis. En parallèle, les importations de farine ont pratiquement doublé en France depuis 2011, un comble pour le premier producteur européen de blé. La faute, selon l'ANMF, à une "taxe farine" contournée par les industriels de la biscuiterie, qui se fournissent en partie à l'étranger sans déclarer leurs importations, afin de ne pas avoir à payer cette taxe imposée normalement à toute la farine commercialisée en France. 70% de la farine importée vient d'Allemagne.

L'association professionnelle demande la suppression de cette taxe, qui pèse lourdement selon elle sur les profits des meuniers, en introduisant une distorsion de concurrence. Face à ces défis, le secteur "revoit sa stratégie", assure Lionel Deloingce, président de l'ANMF et patron de moulins indépendants en Ile-de-France et en Normandie. Les meuniers se sont mis à travailler sur de nouvelles recettes de farine, pour répondre aux conseils nutritionnels du ministère de la Santé qui recommandent de manger plus de fibres, ou aux adeptes du bio, et même du sans-gluten. Chaque moulin peut aujourd'hui produire plusieurs dizaines de références de farines.  

Le secteur tente aussi d'investir pour faire entrer le numérique dans les moulins, désormais de grandes installations industrielles qui n'ont plus grand-chose à voir avec le moulin à vent ou à eau ancré dans l'imaginaire collectif. L'idée est de faire entrer dans les usines des capteurs connectés qui permettront d'analyser la matière première, le produit fini, de gérer commande et commercialisation, ainsi que la livraison et la logistique. 6.000 personnes travaillent dans la meunerie en France, au sein de 360 entreprises. Mais le secteur est assez concentré: plus de la moitié de l'activité est réalisée par quatre groupes, dont deux sont des filiales de grandes coopératives céréalières. L'Hexagone compte 427 moulins.

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