Marchés : Un indicateur de prix pour sortir de la purée de pois

Gabriel Omnès

Pour pallier l'absence de cotations fiables en pois et permettre aux opérateurs de disposer de références objectives, l'interprofession a élaboré un indicateur de prix.

Redonner une visibilité au pois au travers d'un prix accessible à tous et qui fasse référence, à l'instar de la cotation du blé sur Euronext : tel était l'objectif de l'interprofession en lançant un nouvel indicateur sur le marché. La chute des surfaces observée ces dernières années s'était en effet traduite par la fonte des utilisations sur le marché intérieur, et, par ricochet, par la disparition de cotations fiables. Difficile dans ces conditions pour un utilisateur potentiel de connaître le réel intérêt économique du pois vis-à-vis du blé ou du soja. « En parallèle du plan de relance, il nous fallait suppléer à cette absence liée à la taille du marché en publiant un indicateur de prix objectif, explique Benoît Carrouée, de l'Union nationale interprofessionnelle des protéagineux. Le but était de faciliter la discussion entre les opérateurs. »
Pendant quatre mois, ce nouvel outil a été testé en circuit restreint. « Nous nous sommes rendus compte que des opérations commerciales, portant notamment sur du pois jaune à destination de l'alimentation humaine, étaient conclues à des niveaux de prix bien inférieurs à celui estimé par l'indicateur », raconte Benoît Carrouée. Du pois partait ainsi à l'exportation à 20 euros en dessous de ce qu'étaient prêts à payer des transformateurs bretons. « Les vendeurs ne s'étaient pas souciés de vérifier combien ils auraient pu négocier sur le marché français », s'étonne-t-on à l'Unip.

Les premiers mois de tests de l'indicateur ont démontré que du pois était vendu à l'export 20 euros en dessous de ce qu'étaient prêts à payer des transformateurs bretons. (G. Omnès)

Les premiers mois de tests de l'indicateur ont démontré que du pois était vendu à l'export 20 euros en dessous de ce qu'étaient prêts à payer des transformateurs bretons. (G. Omnès)

La fin de l'opacité des prix

Simple coïncidence ? Depuis l'entrée en fonction de l'indicateur à grande échelle dans l'Hexagone, l'écart entre celui-ci et les prix traités sur le marché s'est considérablement rétréci. « Dès qu'il y aura assez d'échanges pour donner lieu à une cotation fiable sur le rapproché, nous emploierons cette dernière pour l'élaboration de l'indicateur », précise Benoît Carrouée. En revanche, le calcul d'un prix du pois « virtuel » sera utilisé pour publier des indicateurs sur des échéances plus longues, non cotées par le marché.
Pour l'Unip, fournir des cotations éloignées permet non seulement d'aider les utilisateurs à anticiper leurs stratégies d'achats, mais vise aussi à reconquérir les agriculteurs. Ces derniers pourront en effet disposer d'une base objective pour décider de la place à faire au pois dans leur assolement.
Victime collatérale de ce regain de transparence : la croyance que le pois jaune vendu vers l'Inde, en alimentation humaine, ou vers la Norvège, pour les élevages de saumons, est plus rémunérateur que le débouché de l'alimentation animale en France. « Il y a en réalité peu d'écart, ou alors de façon très conjoncturelle », souligne Benoît Carrouée. Le pois vert a de quoi voir rouge.

Source Réussir Grandes Cultures Juillet-Août 2010

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