nergie renouvelable en Loir-et-Cher : Trente-huit logements chauffés à la paille

Emmanuel Baratte

La première chaufferie à granulés de paille en France fonctionne depuis cet hiver à Droué dans le Loir-et-Cher. La paille est fournie par Agralys : cent tonnes par an.

Depuis cet hiver, les 38 logements sociaux de Droué, une commune du Loir-et-Cher, sont
chauffés avec la paille produite par des adhérents de la coopérative Agralys. Cette nouvelle
chaufferie permet d'économiser 90 tonnes d'émission de CO2 par an et de réduire de 30 %
la facture de chauffage du bâtiment. Ce projet est expérimental par sa dimension
relativement modeste mais retient l'attention par sa particularité. « L'utilisation de biomasse
sous forme de granulés de paille pour chauffer des logements sociaux est une première en
France », soulignait Maurice Leroy, président du Conseil général en l'inaugurant. « Nous
devions remplacer la dernière chaufferie au fuel du parc de logements de l'Opac(1) du Loir-
et-Cher », explique son directeur Pascal Renoux. « Et, bien qu'il s'agisse d'une chaudière
de petite dimension, nous voulions recourir à une technologie respectueuse de
l'environnement, sans énergie fossile, utilisant un combustible au pouvoir calorifique
performant et produit localement », énumère-t-il.

La chaudière de 160 kW, de fabrication danoise, a été inaugurée par Maurice Leroy, président du conseil général du Loir-et-Cher. (E. Baratte)

La chaudière de 160 kW, de fabrication danoise, a été inaugurée par Maurice Leroy, président du conseil général du Loir-et-Cher. (E. Baratte)

Un combustible concentré et fluide

Une équation dont la résolution est tombée sous le sens dans cette localité de la Beauce.
La raison du choix de la forme granulés est technique. L'alimentation avec de la paille brute
n'est possible qu'avec des chaudières de grande capacité, supérieure à 800 kWh. Ces
dernières peuvent avaler directement des balles de 400 kilos acheminées automatiquement
par des tapis, mais ce type d'installation requiert un minimum d'espace. Fabriqué de la
même manière qu'en alimentation animale, le granulé de paille est un combustible concentré
qui permet de s'adapter à des situations plus urbaines. À Droué, le silo de stockage de 40
m3 a pu être aménagé dans les sous-sols à proximité immédiate de la chaufferie et la
fluidité du combustible autorise l'approvisionnement automatique de la chaudière par une vis
peu encombrante.

Les logements chauffés à la paille. (E. Baratte)

Les logements chauffés à la paille. (E. Baratte)

 

Un approvisionnement sécurisé

Sur un an, la chaufferie de Droué représente une consommation de 100 tonnes de paille
fournie par Agralys, après transformation en granulés par un sous-traitant. « Ce partenariat
nous a permis de concrétiser notre démarche dans les énergies renouvelables », explique
Cristian Clarysse, directeur du développement et de la diversification. Agralys a d'autres
projets en cours et cherche des clients en s'appuyant sur cette première expérience
aboutie. Qu'il s'agisse de collectivités publiques ou d'entreprises privées souhaitant
approvisionner des unités de cogénération, la coopérative « dispose des savoir-faire pour
organiser un approvisionnement sécurisé : la contractualisation et l'expertise agronomique
avec les agriculteurs, la logistique et le stockage », poursuit-il. À terme, l'objectif est de
développer une filière locale, avec si besoin la construction d'une unité de transformation
pour la fabrication des granulés.

À Droué, les granulés de paille sont livrés à 140 euros la tonne soit un coût du kWh de
0,033 euro, à comparer aux 0,073 euro du kWh que coûte le fuel(2). Outre
l'approvisionnement, la filière agricole, à travers Agralys et le fonds financier Unigrains, a
participé à
l'investissement dans l'installation, d'un coût global de 158 000 euros(3).
« Par rapport à une chaufferie classique une chaudière à biomasse nécessite un soutien
financier car l'investissement de départ est plus important, reconnaît Pascal Renoux,
directeur de l'Opac. Il est d'autant plus facile à amortir que l'installation est importante. Le
seuil d'une bonne rentabilité ce situe à 300 logements chauffés par unité ». Mais à Droué, il
s'agit d'une première destinée à faire école.


(1) Office public d'aménagement et de construction.
(2) Le coût de maintenace de la chaudière à paille est plus élevé. Le kWh, maintenance
incluse, revient à 0,055 euro pour la paille contre 0,093 euro pour le fuel.
(3) L'État a financé 64 000 euros dans le cadre du pôle d'excellence rurale, l'Opac du Loir-et-
Cher 39 500 euros, le conseil général 25 000 euros, Unigrains 20 000 euros et Agralys 10 000
euros.

Source Réussir Céréales Grandes Cultures Mai 2008

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