Oléo-protéagineux : la filière européenne en quête de soutien

CA SA

Oléo-protéagineux : la filière européenne en quête de soutien

L’offre mondiale en oléo-protéagineux continue de progresser sur l’actuelle campagne. En particulier, le colza dépasse largement les prévisions, alors que la récolte française pique du nez. Le prix des graines résiste grâce une forte demande, surtout en tourteaux au contraire des huiles, dépréciées. Mais un retour à la hausse est observé depuis fin 2013, avec des sources de tensions dans l’approvisionnement.Restent des incertitudes sur l’agrogazole. Premier débouché du colza en Europe, il mobilise la filière face à la concurrence étrangère, celle d’autres corps gras, qui s’ajoutent aux critiques sur le produit lui-même.

En Europe, une huile dépendante de l’agrogazole

La production française d’agrogazole est allée jusqu’à mobiliser presque l’équivalent de celle d’huile de colza (2 Mt en 2011), avant de fléchir. C’est dire la dépendance vis-à-vis de ce débouché. Idem pour l’Europe, numéro un mondial de l’agrogazole, dont l’utilisation a dépassé 60 % de l’huile de colza cultivée sur son sol. Problème, le marché dépend entièrement d’un soutien politique, sans lequel les agrocarburants ne sont pas rentables.

Les débats actuels sur le bien-fondé des objectifs d’incorporation pourraient limiter les volumes produits. De plus, l’ester de colza doit faire face à la concurrence, celle des importations, des graisses de récupération et même d’un nouveau procédé, l’hydrogénation, qui permet l’utilisation d’une large gamme de corps gras, dont l’huile de palme qui ne pose plus de problème d’ordre technique, mais pour laquelle restent les objec- tions liées à son rôle dans la déforestation. 

La production d’oléagineux a grimpé en flèche dans toutes les grandes catégories et origines principales

Le soja, produit phare, connaît pour la deuxième année consécutive de très bonnes récoltes, notamment celles en route en Amérique du Sud. A l’augmentation des rendements s’ajoute la hausse des surfaces, en particulier au Brésil. Mais la surprise vient du colza, avec un volume record au Canada, où les conditions de culture très favorables sont à l’origine de rendements inédits. 

Capture d’écran 2014-04-16 à 11.32.24

Des sources de tension apparaissent néanmoins

Le Canada, en proie à des difficultés logistiques liées à l’hiver, a beau- coup de mal à écouler ses récoltes record, en colza et aussi pour le blé. En Argentine, c’est la rétention chez les producteurs, face à une crise monétaire, qui limite l’approvisionnement du marché. Du côté de l’Asie, une sécheresse en Malaisie et Indonésie menace la production d’huile de palme. 

Le Brésil, lui, pensait pouvoir prétendre à la place de n°1 mondial, non seulement à l’export de graines de soja, mais aussi en tant que produc- teur, devant les États-Unis qui se refont une santé après leur sécheresse de 2012. Cette perspective n’est plus d’actualité, au moins pour cette année : c’est maintenant le sud du Brésil qui fait l’objet d’une sécheresse violente, laquelle va concerner une partie des récoltes de soja. D’autres régions souffrent d’un excès d’humidité également préjudiciable. 

Une forte demande, surtout en tourteaux

Le principal moteur de la demande oléagineuse reste l’alimentation animale. En tête, la Chine (27 % de la consom- mation mondiale de tourteaux) montre un appétit augmentant plus vite qu’ailleurs. Le pays importe la quasi-totalité de ses besoins, sous forme de graine et pas de tourteaux : la tritu- ration est effectuée sur place. D’ailleurs, les capacités de broyage chinoises apparaissent très excédentaires, avec un taux d’utilisation très faible (50 % à certains moments). Les échanges mondiaux filent vers un niveau jamais observé pour les graines oléagineuses, en particulier le soja. S’agissant des huiles, la consommation est également dyna- mique, tirée désormais par les pays émergents, Chine et Inde avant tout. Ce n’est plus le cas de l’UE, après la phase de croissance de l’agrogazole. 

Le prix du soja tient bon, soutenu par le tourteau

Le soja affiche une belle résistance côté prix, malgré le gonflement des stocks mondiaux souligné par l’USDA. Il n’a pas plongé l’an dernier, contrairement aux céréales. Un maintien surtout notable en tourteau, dont les cours avoi- sinent désormais ceux de la graine. Les huiles ont quant à elles beaucoup baissé.  Première à décrocher, l’huile de palme s’est ensuite stabi- lisée. Son prix se rapproche à nouveau de l’huile de soja, en lien avec les craintes de sécheresse. La chute a été plus tardive en colza, quand l’excédent de la récolte 2013 est devenu manifeste. 

Capture d’écran 2014-04-16 à 11.37.45

Un raffermissement des prix intervient depuis la fin de l’année dernière, alimenté par des tensions dans l’approvi- sionnement. Les spéculateurs à court terme du marché de Chicago ne sont jamais devenus vendeurs en soja, même lors d’un furtif manque d’enthousiasme mi-2013. Leur position nette acheteuse est remontée à un niveau très élevé début mars 2014, et le niveau général des prix fait de même.

 En France, la filière cherche un soutien

La récolte française de colza plonge de 19 % en 2013. En cause, des surfaces inférieures de 6 % à la moyenne et un rendement plombé par une mauvaise météo.

Cela contraste avec l’Europe, dont la production remonte après un net fléchissement amorcé en 2009-10.

Mais l’Hexagone et l’UE s’interrogent sur l’avenir du colza et plus largement des oléo-protéagineux. Il est lié à l’agro- gazole, son principal débouché en valeur. Une industrie qui plafonne, après un essor rapide jusqu’en 2009, en particulier sa branche estérification d’huile de colza. 

Le secteur déploie de gros efforts face à diverses menaces. D’abord, la concurrence des esters d’huiles et graisses usagées, qui sont favorisées par leur prix bas et un double comptage pour l’atteinte des objectifs d’incorpo- ration au gazole. Une limitation des quantités pouvant être agréées à ce titre a été obtenue. Le gouvernement français a même proposé une légère hausse du taux d’incorporation d’esters dans le gazole pour 2014.

Autre préoccupation, les importations de biodiesel issu du soja argentin et de l’huile de palme indonésienne. Bruxelles a fait barrage avec des droits anti-dumping, appliqués en 2013 et même renforcés en fin d’année. Une mesure attaquée devant l’OMC par l’Argentine, que veut suivre l’Indonésie. Par ailleurs, le taux d’incorporation des agrocarburants reste en débat au sein de l’UE, sous le feu des critiques environnementales et sociales. Le débat ne sera pas tranché avant plusieurs mois. 

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier