Oléoprotéagineux : la montée des protéines

Crédit-Agricole-Sa – Service Agriculture et Agroalimentaire

Oléoprotéagineux : la montée des protéines

Comme pour les céréales, le prix des oléoprotéagineux est en glissement progressif depuis 2013, effet simplement atténué en euros. La demande évolue de façon un peu plus soutenue que pour les céréales, mais les récoltes de soja en croissance rapide depuis plusieurs années pèsent nécessairement sur les cours, d’autant que la production serait au moins maintenue en 2015/16. Le colza en revanche connaîtrait un repli après une poussée en 2013/14. Au sein du complexe oléoprotéagineux, on observe depuis quelques années un rééquilibrage de lavaleur au profit des protéines, probablement lié à la moindre pression de la demande en agrocarburants.

BAISSE CONTINUE DES PRIX

Le prix des huiles végétales est en repli presque continu depuis 2013. Les prix se retrouvent proches de leur niveau de 2009, sans cependant tomber à l’étiage de 2006. En 2014, l’huile de soja a rattrapé l’huile de palme, qui avait dévissé plus vite.
Exprimé en euros, le glissement est limité depuis la fin de 2014 par la baisse de l’euro contre dollar. Cela explique largement la meilleure tenue récente du colza, qui apparaît dans le second graphique. 

oleoprot

La production de soja apparaît en effet pléthorique. Les trois principaux pays producteurs, États-Unis, Brésil, Argentine, ont connu une récolte 2014/15 record, et qui fait suite à une progression continue depuis le creux de 2011/12. L’estimation faite pour le stock de fin de campagne (en totalisant graine, tourteau et huile) est en hausse, ce qui correspond à une consommation qui reste en retrait.

Pour 2015, une stabilité de la production est prise comme hypothèse par l’USDA, ce qui conduirait à une nouvelle augmentation du stock.
L’huile de palme au contraire voit ralentir un peu sa production et baisser son stock, d’où le rattrapage de prix. La perspective d’un épisode El Niño, même modéré, soutient son prix car l’Asie du Sud-est, d’où part plus de 80 % de l’huile de palme mondiale, serait la première touchée par ses effets.

graine de soja

Pour le colza, une certaine baisse de la production est attendue. Elle fait suite à deux années exceptionnelles, au Canada en 2013/14, en Europe en 2014/15. Une diminution des surfaces interviendrait en Europe.

Les moratoires sur les insecticides néonicotinoïdes sont mis en cause : au Royaume Uni les producteurs affirment que la culture du colza est impossible sans ces produits. Mais leur nocivité envers les abeilles tend à se confirmer.

colza

DEMANDE SE PORTE PROGRESSIVEMENT VERS LES PROTÉINES

Dans son ensemble, la demande mondiale fléchit quelque peu, même si la Chine continue d’importer massivement.
Le soja et les huiles en général continuent à voir croître leur consommation plus rapidement que les céréales, surtout pour les tourteaux (+4 à 6 % environ), avec ici la Chine qui ne faiblit pas. Le colza est dans l’ensemble moins porteur.
Depuis quelques années, la valeur des graines oléoprotéagineuses se porte davantage vers les protéines plutôt que vers l’huile : pour le colza, qui contient 40 % d’huile, celle-ci représentait pendant longtemps 75 % environ de la valeur : c’est plutôt 65 % depuis 2013.

Pour le soja (20 % d’huile) on est passé de 40 % à 30 %.

part de l'huile

Ceci est vraisemblablement lié à un effet du plafonnement de la production d’agrogazole, dont la consommation a atteint environ 12 % des huiles végétales mondiales (10 % pour l’huile de palme, 13 % pour le soja, 23 % pour le colza).

La limitation de ce débouché, qui intervient surtout en Europe et pour le colza, contribue au repli des semis de colza. L’oléagineux privilégié de l’Europe pourrait être globalement moins apprécié, étant surtout riche en huile, avec un tourteau moins qualitatif que celui de soja. Pour l’instant, la demande est suffisante pour éviter cela.

Pendant ce temps, la demande de protéines fourragères se redresse aux États-Unis (remontée de l’effectif de porcs en particulier), mais la grippe aviaire pourrait peser sur la consommation.

En France, la saison 2014/15 a été

bilan français

particulièrement faste pour le colza, en termes de surfaces et de rendements, après le trou de 2013/14. Pour la récolte 2015, la surface resterait stable : si le rendement reste moyen, une baisse limitée de production peut intervenir.

Source : Prisme -  note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire – n° 09 – Juin 2015

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