Pas de coup de mou pour le blé dur français

Gabriel Omnès- Réussir Grandes Cultures Novembre 2012

Du grain à Casablanca. (M.-A. Carré)
La France bénéficie cette année d’une qualité « Maroc compatible » et d’un prix nettement inférieur à celui affiché par la Commission canadienne des blés. © Marie-Annick Carré

Fermement soutenus par une demande mondiale qui peine à trouver une offre à la hauteur, les prix du blé dur français restent élevés, ce qui n’empêche pas un excellent démarrage vers les pays tiers. Le blé dur français ne sera pas orphelin de débouchés dans les mois à venir.

Début octobre, près de 150 euros la tonne séparaient le prix du blé dur de celui du blé tendre pour la cotation Fob à La Pallice. Cette prime exceptionnellement élevée traduit des fondamentaux de marché fort différents entre le blé destiné aux meuniers et celui à vocation semoulière. Côté blé tendre, le retour massif des origines mer Noire a apporté une relative détente des cours depuis l’été. Rien de tel en blé dur, pour lequel l’offre mondiale peinera cette année à satisfaire la demande (voir encadré).
Ce contexte s’annonce extrêmement favorable pour la France, d’autant que la récolte de 2 millions de tonnes (Mt), soit 500 000 tonnes de moins que le millésime 2 010, affiche une qualité susceptible de lui ouvrir les portes des acheteurs les plus exigeants. « Avec un taux de moucheture excellent, nous disposons cette année d’une qualité pour pays tiers, alors que, certaines années, la qualité du blé dur français le destine plutôt au marché italien », explique Xavier Rousselin, chez FranceAgriMer.

Xavier Rousselin, FranceAgrimer. (© G. Omnès)

« Nous disposons cette année d’une qualité pour pays tiers, alors que, certaines années, la qualité du blé dur français le destine plutôt au marché italien. »

Retard canadien

Les industriels italiens sont en effet passés maîtres dans l’art de l’assemblage des blés de qualités différentes pour élaborer leurs pâtes, une tolérance qui n’est pas de mise au Maghreb, où le blé dur est majoritairement transformé en semoule. Il existe donc une grande corrélation entre les critères qualitatifs et l’intensité des achats italiens… au détriment du prix.
 « Les exports français sur pays tiers ont démarré sur les chapeaux de roue », confirme Alexandre Marie, analyste chez Offre et Demande agricole. Un tel envol est totalement inédit, les contrats sur pays tiers ne décollant d’ordinaire qu’une fois la concurrence canadienne mise en sourdine par le gel hivernal des Grands lacs. Cette année, les carnets de commande des opérateurs français comprendraient déjà environ 300 000 tonnes à destination de l’Algérie, et pas loin de 200 000 tonnes pour le Maroc. Pour la deuxième année consécutive, les semouliers marocains se tournent donc vers l’origine française, abandonnant la quasi-exclusivité qu’ils réservent habituellement au blé dur canadien. L’an dernier, cette infidélité s’expliquait par la piteuse qualité proposée par le Canadian Wheat Board. L’attrait marocain pour la marchandise française est cette année motivé par l’arrivée tardive sur le marché du blé des Prairies : ayant largement puisé dans les stocks au cours de la saison 2010-2011, les Canadiens ont dû attendre que la récolte 2 011 arrive dans les circuits de commercialisation pour se manifester. La France bénéficie en outre d’une qualité « Maroc compatible » et d’un prix nettement inférieur à celui affiché par la Commission canadienne des blés.
 
 

Le Maroc et l’Algérie aux achats

 Quant à l’Algérie, « les achats sont très géopolitiques, explique un expert. L’an dernier, le calendrier était dicté par la tactique de l’office d’achat public, l’OAIC, qui a voulu forcer les semouliers à acheter du blé dur algérien. » Une stratégie qui s’est avérée dangereuse pour le pouvoir, en raison de la qualité insuffisante de la collecte locale. En décembre 2010, l’OAIC a changé son fusil d’épaule en procédant à des achats massifs sur le marché mondial, dont a largement profité la France. « Cette année, le gouvernement algérien joue la prudence, puisqu’il procède déjà à des achats », poursuit le spécialiste.
 « Nous avons bien sûr de la place pour d’autres affaires sur le Maghreb si les producteurs acceptent de profiter de ces prix », assure quant à lui Jean-Philippe Everling, directeur Marchés et Négoce international chez Axéréal. Selon les analystes, entre 800 000 tonnes et
 1 Mt de blé dur français partiraient en 2011-2012 vers les pays tiers, contre environ 600 000 tonnes vers nos voisins de l’UE. Une distinction assez arbitraire, puisqu’il n’existe aucune protection communautaire pour le blé dur. « Nos amis du nord communauté ont participé depuis le début de la campagne au marché français, dans les périodes de hausse comme de baisse, constate Jean-Philippe Everling. En revanche, les livraisons à destination de l’Italie s’annoncent excessivement basses sur le premier semestre 2011-2012. Si le marché français a des opportunités à saisir sur les pays tiers avant que nos amis transalpins se réveillent, notre devoir sera de les saisir… »
 

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Stocks à sec

 Le blé dur français ne sera donc pas orphelin de débouchés dans les mois à venir. Signe de cette tension, la première mouture du bilan prévisionnel publié par FranceAgriMer en septembre créditait le stock de report français de 65 000 tonnes ! Un niveau d’étiage que l’office a revu à la hausse dans sa version d’octobre, à 106 000 tonnes. La France, et plus largement l’UE, ne seront pas les seules à finir la saison avec des réserves à sec. Le Canada et les États-Unis devraient eux aussi terminer avec des silos vides. La nouvelle récolte sera attendue avec impatience…

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