Production de semences : une France agricole en miniature

Marc VARCHAVSKY

Production de semences : une France agricole en miniature

En 2014, les conditions climatiques n’ont pas été favorables aux productions de semences mais la technicité des producteurs et la technologie des usines ont permis le plus souvent d’éviter les catastrophes

Production de semences : une France agricole en miniature

L’activité de multiplication de semences est aussi variée que l’agriculture française mais sur les surfaces plus réduites : les nombreuses zones de productions, les marchés et la génétique donnent une mosaïque aux multiples facettes. Il n’y a donc pas de tendance unique mais un effet année très marqué pour la récolte qui vient d’être faite et dont les analyses de qualité sont encore en cours.

Pour les grandes cultures non hybrides (blé, orge et certaines variétés d’oléagineux) la valeur ajoutée de la production de semences n’est pas très élevée par rapport à la consommation. Cela induit que l’agriculteur n’a pas d’itinéraire très différent de la consommation et est rémunéré par une prime de multiplication en sus du prix de la consommation.

Les variétés hybrides en grandes cultures (Maïs, la plupart des oléagineux et les betteraves) imposent un schéma de production complexe qui permet une valeur ajoutée plus élevée pour le producteur. Les surfaces se sont développées fortement en maïs semences ces dernières années pour atteindre un sommet jamais vu en France de 93 000 ha (à comparer avec les 39 000 ha de 2006) grâce aux nombreux atouts de la multiplication française : présence d’obtenteurs, mais aussi d’entreprises spécialisées en multiplication, compétences des agriculteurs qui savent produire des variétés au potentiel inconnu (variétés sous numéro) et s’adapter aux besoins de produire sur de petites surfaces comme sur de grandes surfaces, climat très diversifié mais rarement extrême, relation de filière interprofessionnelle très efficace…

En semences fourragères, l’itinéraire technique est très différent de la production de fourrages ce qui induit le plus souvent une spécialisation des producteurs et des zones.

Quant aux semences potagères fines (donc hors légumes secs qui se rapprochent des grandes cultures non hybrides) elles peuvent être hybrides ou non, mais elles sont toujours des cultures très techniques, à fort risque climatique et pour lesquelles la variabilité des chiffres d’affaires est extrême (de 0 € à plus de 10 000 euros/ha en plein champ, le cas des productions sous serres étant encore différent). 

 

Production de semences : une France agricole en miniature

2014, année de tous les dangers

Les conditions 2014 (juin plutôt sec, juillet et août frais et pluvieux) ont été défavorables à de nombreuses espèces, non seulement pour la pollinisation mais aussi pour la qualité sanitaire et donc la faculté germinative.

En grandes cultures, le triage usine et les échanges entre organismes de différentes régions ont permis cet automne aux entreprises semencières de fournir le marché en quantité et diversité suffisante, au prix d’une complexité accrue.

En betteraves, les variétés vendues en France sont des hybrides. La surface en multiplication était cette année de 4 300 ha, les rendements diffèrent fortement d’une région à l’autre (de 22 quintaux à 40 quintaux) mais l’inquiétude principale porte sur la germination et cette information n’est connue que tardivement.

Là encore entreprises sont habituées à usiner au mieux les lots et disposent d’installations très sophistiquées pour utiliser au maximum des semences très bien valorisées auprès de clients exigeants : les betteraviers.

Pour les semences fourragères ou à gazon, la production 2014 a porté sur 34 000 ha en France, en légère augmentation. Plus du tiers est des graminées (RayGrass, Fétuques, Dactyles…) : elles n’ont pas subi les affres de l’été car leur récolte est précoce. Par contre, c’est une très mauvaise année en légumineuses à petites graines (Luzernes, Trèfles…) et en Vesces : les rendements sont faibles en France, mais aussi en Italie (autre grand pays de production de semences de légumineuses). Malgré cette situation de quasi-pénurie pour certaines espèces, les prix ne sont pas attendus en hausse car ces marchés sont très complexes et beaucoup moins réactifs au niveau de production en France que pour les grands marchés agricoles.

Enfin, en semences potagères, les surfaces se sont développées les dernières années pour s’approcher de 19 000 ha en 2014 (+11%). Mais les résultats sont très hétérogènes en rendement et en qualité. Pour les carottes notamment, qui sont l’espèce n° 1 en potagères fines, la pollinisation est un stade crucial et le climat maussade a réduit l’activité des insectes pollinisateurs. Cette année 2014 ne sera donc pas un bon cru pour de nombreuses espèces de semences potagères du fait du rendement, phénomène accentué par la présence d’adventices qui nécessite des triages sévères avec pertes de graines mais aussi en raison de la qualité sanitaire des lots qui influe sur le nombre de semences aptes à germer. Pour rappel, une production de semences n’est payée au producteur que si le taux de germination dépasse le seuil de certification.

Ce secteur des potagères est cependant très dynamique au niveau commercial (marché des professionnels, marché des amateurs), notamment grâce aux exportations (avec 370 millions Euros, la France est 2e exportateur mondial) qui laissent un solde positif de 225 millions d’euros sur la dernière campagne.

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2014 restera donc comme une année difficile techniquement pour les producteurs de semences : ce sont ces années qui mettent en évidence la spécialisation nécessaire des producteurs dans ces activités, certes à forte valeur mais aussi très risquées.

Source : CERFRANCE - Lettre Veille Économique Agricole - décembre 2014 - N°40

 

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