Prospective : L'agriculture à l'aube de sa révolution financière

Gabriel Omnès

Comment une coopérative peut-elle sécuriser un prix d'acompte en blé attractif à ses adhérents sans s'exposer à une baisse des cours ? Grâce à « un put sur moyenne à strike fixe », a expliqué Didier Marteau, professeur d'économie, lors du congrès de Coop de France Métiers du grain, le 9 novembre. Une formule « exotique » pour la plupart des acteurs des marchés physiques qui désigne pourtant l'une des formes les plus simples des outils proposés par la finance. Des outils avec lesquels les coopératives devront se familiariser. « L'agriculture est à l'aube d'une révolution semblable à celle opérée par le secteur de la finance dans les années 70, a prévenu Didier Marteau.
Il va falloir apprendre à vivre dans un environnement volatil, avec de plus en plus de produits structurés et dérivés. »

Ne pas « surréguler »

Jean-Paul Betbèze, chef économiste du Crédit Agricole, s'est voulu rassurant : « il ne faut pas avoir peur de cette évolution car votre monde agricole est bien plus complexe que celui de la finance. Il serait dommage de s'arrêter à quelques mètres de la ligne d'essai. » Avant de multiplier les mises en garde contre les velléités régulationnistes. « Aller vers toujours plus de protections ne sera pas la solution, il y aura toujours un endroit dans le monde où les règles sont moins strictes. »
Un refrain repris par Xavier Le Blan, directeur général délégué de la société Prim'Finance : « si le marché européen est surrégulé, on n'interviendra que sur le marché américain. Les opérations se feront là où il y a le moins de transparence. Tout en concédant, qu'un cadre minimal paraît toutefois fondamental. »

Les coopératives devront apprendre à vivre dans un environnement volatil, en jonglant avec de plus en plus de produits structurés et dérivés. (S. Leitenberger)

Les coopératives devront apprendre à vivre dans un environnement volatil, en jonglant avec de plus en plus de produits structurés et dérivés. (S. Leitenberger)

 

Déstabilisation

L'agriculture n'aurait donc rien à craindre de la financiarisation à tout crin ?
Seul bémol, celui de Didier Marteau, qui a expliqué que « mécaniquement, le développement des marchés d'options déstabilise les marchés comptants au travers de phénomènes qui s'auto-entretiennent, le tout amplifié par des comportements spéculatifs ». Et d'appeler à la création d'une haute autorité chargée de valider la mise sur le marché de produits financiers dérivés, sous réserve que ceux-ci ne mettent pas en péril le système.

Source Réussir Grandes Cultures Décembre 2009

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