Ravageurs : la recherche avance moins vite que la disparition de molécules

Lise Monteillet

Ravageurs : la recherche avance moins vite que la disparition de molécules
Les Culturales ont lieu les 14 et 15 juin près de Reims.

Face à l’interdiction d’un nombre croissant de produits phytosanitaires et le développement de phénomènes de résistance, de nombreux producteurs craignent de se retrouver dans des impasses techniques. Ce qui conduit Arvalis – Institut du végétal à étudier d’autres voies d’action.

Sommes-nous à l’aube d’un bing bang des ravageurs et des virus ? Arvalis – Institut du végétal relance le débat, lors des Culturales, près de Reims. À l’ombre d’un chapiteau, agriculteurs et chercheurs ont échangé leurs expériences à l’occasion de ce salon réunissant les professionnels des filières végétales. Globalement, l’inquiétude prévaut malgré l’émergence de moyens de lutte alternatifs. La disparition de matières actives, couplée au phénomène de résistance, sont deux problématiques majeures pour les grandes cultures. 

De fortes contraintes réglementaires

La lutte chimique semble chaque jour plus compliquée à mettre en œuvre. « Les néonicotinoïdes sont amenés à disparaître. Nos solutions se resserrent autour des pyréthrinoïdes. Or, si on intensifie l’usage d’une famille de produits, on favorise les mécanismes de résistance. Et on finit dans une impasse technique », résume Jean-Baptiste Thibord, ingénieur chez Arvalis.

De telles impasses techniques sont préjudiciables pour l’agriculture française, largement tournée vers l’export, donc soumise à des cahiers des charges drastiques. « Moins on a de produits autorisés, plus on ouvre la porte aux produits illicites, notamment concernant des cultures de niche », craint Christian Savary, responsable agronomique chez Soufflet. Sans parler du risque de déclassement de certains lots. Son groupe, comme les autres opérateurs français, a dû cesser d’exporter de la féverole destinée à l’alimentation humaine vers l’Egypte. « Les lots de féverole étaient de plus en plus infestés de bruche, suite à la perte de produits homologués », explique-t-il. L’interdiction des néonicotinoïdes pourrait aussi, indirectement, conduire à la recrudescence de taupins dans les pommes de terre de consommation, selon cet expert.

Une combinaison d’outils à l’étude

Face à ces nouvelles contraintes réglementaires, une combinaison d’outils de lutte peut s’avérer payante : auxiliaires de culture, biocontrôle, décalage des dates de semis, piégeage, etc. Des outils qu’Arvalis étudie sans encore bien les maîtriser. « On cherche d’autres solutions, mais on avance moins vite que la disparition de molécules », admet Jean-Baptiste Thibord.

Si les auxiliaires de culture sont bien identifiés, l’institut démarre de nouvelles recherches pour quantifier les services qu’ils apportent. Une autre piste de recherche consiste à améliorer la capacité des plantes à se défendre elles-mêmes contre leurs agresseurs. Certains produits de biocontrôle donnent des résultats intéressants, même s’ils nécessitent beaucoup de passages et que leur coût est plus élevé.

Innovation variétale

L’innovation variétale pourrait venir à la rescousse des producteurs, via le développement de variétés résistantes aux ravageurs. « La définition de la productivité n’est plus la même aujourd’hui. C’est le couple rendement – résistance que je regarde en premier au moment de choisir une variété », témoigne Benoît Collard, agriculteur dans la Marne. Ce dernier a fait également le choix de découper ses parcelles avec des bandes enherbées, pour faciliter le travail des auxiliaires de culture. « Il faut être conscient qu’on manque de formation en écologie, avec un grand E », souligne l’agriculteur. « Au-delà du sujet des ravageurs, nous devons nous préparer à un big bang qui va bouleverser l’ensemble de notre métier », conclut-il. 

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Commentaires 4

seb

ayez le courage de dire que vous souhaitez que les hommes soient moins nombreux sur terre. La vérité c'est l'égoïsme des écolos. l'agriculture dite productive, productive dans ce que permet la nature, vous a habitué à un confort qui est remis en cause par une poignée d'associations (finalement fne c'est 100 personnes) qui ont su mettre le doute par une communication offensive. il y a bien longtemps que l'etat aurait du mettre en prison les faucheurs volontaires ('cf le saccage de la station inra de colmar) si c'était mieux avant ....
l'agriculture n'existe que par la protection des végétaux et cela dans toutes les agricultures du monde; les enfants qui ne vont pas à l'école pour chasser les oiseaux des champs au maïs bt

fred

la critique de la pétrochimie cache un discours anticapitaliste des pastèques (vert à l'extérieur et rouge dedans).
la société oublie la misère des grands parents comme si la nature n'était pas aussi hostile, elle oublie la famine des irlandais avec le mildiou.il va falloir que le prix payé au producteur augmente de façon significative; les solutions innovantes ne dureront pas; il ya beaucoup de com mais la réalité est bien différente

Panurge79

Relisez, donc , votre histoire et le poids des famines malgré une population bien moins nombreuse qu'aujourd'hui...

donc...

donc , avant la pétro chimie , l'humanité ne se nourrissait pas....mieux, en fait , elle a enfin pu exister en meme temps que les grand groupe industriel ....

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