Semis direct : pas de révolution sans collectif

Lise Monteillet

Semis direct : pas de révolution sans collectif
© Clé de sol

Se débarrasser de la charrue ? De plus en plus d’agriculteurs y songent, pour gagner du temps ou des litres de gasoil. Pour préserver les sols aussi. Abandonner le labour est pourtant loin d’être simple. Ici et là, germent des collectifs pour trouver des solutions agronomiques adaptées à chaque sol, chaque culture.

En Aveyron, le sujet est en train de gagner du terrain. L’association Clé de sol y est certainement pour quelque chose. Ce collectif, fondé en 2012, a été imaginé par des pionniers du semis direct, désireux de partager leur expérience. En ces terres d’élevage, où les performances zootechniques passent souvent au premier plan, ce n’était pas gagné d’avance…

L’association arrive pourtant à réunir plusieurs centaines d’agriculteurs quand elle lance une invitation. Comme ce soir d’avril 2016, où 300 personnes se massent dans une salle des fêtes du département. Ils sont venus écouter Lucien Séguy, expert du semis direct sous couvert végétal, reconnu sur le plan international. Au micro, une voix féminine ouvre la conférence. Il s’agit de celle de Sarah Singla, présidente de Clé de sol. Le semis direct, c’est pour elle une affaire de famille.

Elle partage les mêmes convictions que son père, qui avait abandonné la charrue dans les années 1980. « Il avait vu cette technique en Angleterre et a souhaité la mettre en place sur l'exploitation. Mais à l’époque, personne n'y croyait », raconte-t-elle. Colza, blé, triticale, luzerne, pois d’hiver… Tout est semé sans labour sur l’exploitation.

« Ce n’est pas une fin en soi, mais un moyen pour une agriculture plus performante », précise-t-elle. La technique permet de lutter contre l’érosion des sols et de réduire les coûts de production. Sarah Singla n’utilise, en tout et pour tout, que 2,5 l de gasoil par hectare pour assurer ses semis. Avec cette technique, elle obtient des rendements équivalents voire supérieurs à ceux réalisés avec les techniques traditionnelles. « Le semis direct doit aussi être vu d’un point de vue social. Au sein de la nouvelle génération, les agriculteurs se retrouvent souvent seuls sur leur ferme. Ils n’ont plus le temps de labourer », ajoute-t-elle. 

Un engouement encore limité

Comment expliquer que seulement 1 à 2 % des agriculteurs soient passés au semis direct ? C’est avant tout un problème de partage de l’information, selon la présidente. « Le premier conseil est de ne pas partir tout seul en achetant son semoir », insiste-t-elle. Voilà tout l’esprit de l’association : montrer des exemples de réussite, plutôt que les échecs, en partageant les expériences. Et d’ajouter : « la deuxième étape consiste à prendre sa bêche et regarder son sol. On passe moins de temps sur le tracteur mais beaucoup plus de temps à observer et à se former. Cette technique ne fonctionne que dans un système où l'agronomie redevient le pilier. On remplace le métal par le végétal et le semis direct ne fonctionne que si le sol est travaillé en permanence par des plantes vivantes ».

Dans le bureau de l’association, se trouve aussi Guillaume Rudelle, éleveur de brebis laitières. Lui aussi pratique le semis direct, après avoir définitivement abandonné « le gratouillage superficiel » des sols en 2004. Il s’est formé tout seul, principalement avec Internet, et reconnaît que s’il avait « fait face à deux gros échecs consécutifs », il aurait probablement jeté l’éponge. L’association est donc arrivée à point nommé. « L’échec, quand on le comprend, on arrive à le corriger », explique-t-il.

Le semis direct reste dépendant de l’application de glyphosate, pour gérer l’enherbement des parcelles. Avec de bons couverts végétaux, les doses appliquées restent néanmoins modestes. « Quand on entend parler d’interdiction du Round up, cela peut en refroidir certains. En semis direct, tout est à inventer. Dans le futur, on sera certainement capables de se passer totalement du glyphosate. Mais aujourd’hui, on en a encore besoin dans certains cas», déclare Guillaume Rudelle. 

Des repères techniques

« Je manquais de repères techniques », raconte Philippe Cambon, éleveur de brebis laitières dans le Sud Aveyron. Il a essayé le semis direct en 2001, pour la première fois. « Le problème, c’est qu’on appliquait au semis direct les mêmes pratiques qu’avec un labour », poursuit-il. « Sur les sujets innovants, on dépasse parfois les connaissances du corps technique », regrette-t-il.

Grâce à l’association Clé de sol, il maîtrise mieux le choix des couverts, pas faciles à implanter dans son secteur, et les rotations à privilégier. « Ça ne se fait pas du jour au lendemain », concède-t-il. Plusieurs signaux positifs lui donnent aujourd’hui de la satisfaction : la diminution des doses de glyphosate pour arriver à 1 ou 1,5 litres par hectare, des rendements à nouveau à la hausse…

Pour gagner en visibilité, l’association Clé de sol, qui compte une cinquantaine de membres à l'heure actuelle, a rejoint le réseau national de l’Apad (Association pour la promotion d'une agriculture durable).

Cet article fait partie du dossier : les jeunes pousses de l'agriculture

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Commentaires 1

Samuel BLIN

Simplement deux précisions sur la conclusion de l'article : l'auteur fait allusion à l'Apad, effectivement Association pour la Promotion de l'Agriculture Durable; cette association compte des antennes régionales presque partout en France, avec certainement plusieurs centaines de membres aujourd'hui - http://www.apad.asso.fr/

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