Sucre : Assainissement du marché mondial à la veille de la disparition des quotas

PARIS Le réseau CERFRANCE

Sucre : Assainissement du marché mondial à la veille de la disparition des quotas
Sucre : Assainissement du marché mondial à la veille de la disparition des quotas

Le marché mondial du sucre reprend des couleurs…

Il y a un an, le cours du sucre blanc à Londres atteignait un plancher de 300€/T. Depuis, il a progressé de 58% en un an et même de 35% sur les 6 derniers mois. Courant octobre il était aux alentours de 600€/T. (cf. graphique)

Après un déficit de 5,7 MT pour 2015-2016, la campagne actuelle présente les trois caractéristiques d’un marché déficitaire:

• la consommation mondiale estimée à 175 MT (en augmentation de 2% sur un an) est nettement plus élevée que la production d’environ 7MT. (cf. graphique),

• la demande d’importation dépasse les disponibilités exportables. Bien que la Chine, 5e producteur de sucre au monde, envisage une augmentation de sa production de 1MT, elle devrait rester le 1er importateur de sucre,

• la diminution des stocks de fin de campagne, consécutive à deux années déficitaires conduirait à un ratio stocks/consommation de 43%, soit un niveau comparable à celui des années 2011-2012. L’ISO (International Sugar Organization) positionne le seuil critique de déclenchement d’une flambée des prix aux environs de 45%. C’est ce qui avait été constaté en 2009-2010 puis en 2011-2012.

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Néanmoins, la demande globale à l’importation devrait diminuer chez les principaux acheteurs, ce qui pourrait modérer les velléités d’emballement du marché, du moins à court terme. Sur le marché intérieur communautaire, l’impact de la hausse du marché mondial reste encore très mesuré (cf. graphique), mais il pourrait se traduire, si la tendance se confirme, par quelques petits euros de supplément de prix sur la campagne 2016 pour les betteraviers… 

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Optimisme prudent chez les industriels sucriers français

La récolte 2016 laisse entrevoir un rendement moyen national de l’ordre de 13,5 t de sucre par ha, proche de la moyenne des cinq dernières années, avec une nouvelle fois des disparités régionales et locales importantes. L’impact de la météorologie, excès d’eau puis sécheresse, avec l’apparition ou la manifestation de maladies plus ou moins bien contrôlées, aura causé des dégâts dans beaucoup de parcelles, pénalisant ainsi le rendement moyen. Dans une logique de diversification de l’assolement pour une stratégie de couverture du risque, la betterave sera souvent considérée comme un élément amortisseur de la chute des résultats économiques due à une récolte céréalière plus que décevante. 

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Des changements dans la cartographie des zones d’approvisionnement des usines

La perspective de la fin des quotas a conduit tous les fabricants de sucre à rechercher, pour 2017, une meilleure compétitivité en augmentant les surfaces betteravières pour diminuer les coûts de production unitaires. La libéralisation des relations commerciales entre planteurs et fabricants aura donné l’occasion à certains fabricants de s’affronter localement dans la conquête de nouvelles surfaces. C’est ainsi que:

• les producteurs actuels, pour la plupart, vont accroître leur surface betteravière en 2017,

 • selon la couverture locale des sucreries, certains en profiteront pour changer d’industriels,

• d’anciens producteurs de zones traditionnelles, ayant abandonné la production lors du plan d’abandon de 2006, réintroduiront la culture dans leur assolement,

• de nouveaux producteurs apparaîtront. 

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Un nouvel accord interprofessionnel signé pour 3 campagnes

L’accord interprofessionnel, signé il y a quelques semaines pour stabiliser les relations entre producteurs et fabricants rentrera en vigueur dans un paysage betteravier quelque peu modifié et un environnement désormais soumis au droit de la concurrence qui s’impose à tous les acteurs. Le règlement délégué de l’Union Européenne du 17 mai 2016, autorise toutefois l’ensemble des planteurs fournissant une entreprise sucrière à négocier collectivement les conditions d’achats des betteraves, les conditions de réception restant du ressort de la réglementation nationale contrôlée par la DIRECCTE (ex DGCCRF, Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). Il est à noter que cet accord interprofessionnel mentionne le caractère incessible du contrat de livraison de betteraves, sauf à ce qu’il soit transmis à titre gratuit et avec l’accord de l’industriel. 

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Le marché de l’éthanol reste en berne

En dépit d’une augmentation constante de la consommation mondiale de bioéthanol, le marché US de l’éthanol oscille depuis un an dans une fourchette comprise entre 1,3 et 1,70 $/ gallon, assez loin des niveaux connus en 2014. La politique européenne n’est plus incitative au développement des biocarburants de première génération; ils ne bénéficieront plus d’aides publiques en 2020. Mais dans la perspective de la suppression des quotas sucre, la part de la betterave dans le bioéthanol, qui est actuellement de 25%, pourrait s’accroître. Notons qu’en France la consommation de SP95-E10 est en constante progression; en 2015, elle atteint même 32% de la consommation totale des essences.

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Une page d’histoire se tourne…

La sortie des quotas marque incontestablement le début d’une ère nouvelle pour la culture de la betterave et ses débouchés. Elle renvoie désormais sur un marché devenu très concurrentiel en Europe et tourné encore plus vers la mondialisation avec la libéralisation des exportations. Le rôle des principaux acteurs mondiaux des marchés du sucre, de l’éthanol, en particulier le Brésil avec sa faculté d’arbitrer quasi instantanément entre sucre ou éthanol et la parité du réal, mais aussi des autres grands pays producteurs de canne à sucre sera prépondérant dans la rentabilité de la filière; sans oublier les choix politiques en matière d’agrocarburants…

La volatilité des cours sera désormais aussi la règle pour le sucre et la betterave; cependant l’inertie de l’industrie sucrière liée à la lourdeur du process industriel allongera probablement la période des cycles. Autant de facteurs à rajouter au coût de production pour mesurer dans l’assolement l’intérêt de la betterave, qui ne pourra plus être considérée comme une production à la rentabilité assurée mais comme une culture participant à l’équilibre économique global de l’exploitation au travers d’une diversification de l’assolement et d’une sécurisation du résultat.

 

Source : veille économique agricole – décembre 2016 - Thierry LEMAÎTRE

Pour plus d’informations : dossier Veille économique agricole – n° 46 déc. 2016

 

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Commentaires 1

ESCHENMANN PHILIPPE OU MME "CLOCHE215"

vous rêvez tous,ça va être la chute de prix pour le producteur comme pour le lait. encore une fois, c'est la mafia planétaire qui se fera encore plus de beurre....

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