Sucre : l’après quota est déjà arrivé…

Thierry LEMAITRE

Sucre : l’après quota est déjà arrivé…

La filière sucre se préparait déjà depuis quelques mois à la fin des quotas en cherchant à mettre en œuvre, d’ici 2017, tous les leviers permettant d’abaisser les coûts de production. Si on s’attendait à une baisse des cours du sucre à l’approche de cette échéance, on prévoyait beaucoup moins que les cours s’effondrent aussi brutalement depuis juin.

Quelles peuvent être les raisons expliquant cette baisse ?

Depuis 2011, les cours mondiaux du sucre (graphique 1) ont glissé progressivement sous la pression d’un bilan mondial excédentaire durant 4 années consécutives (graphique 2). Malgré cette tendance déjà lourde les fonds financiers demeuraient jusqu’à fin juin sur des positions longues, anticipant dans les prochaines années une remontée des cours au vu d’une demande mondiale toujours soutenue. Comme la récolte 2 014 en Europe s’annonçait très abondante et que la filière sucre européenne se préparait à produire plus d’ici 2017, il est possible que ces deux facteurs aient contribué à inverser totalement l’attitude des fonds d’investissement en modifiant leurs perspectives d’évolution des cours et les incitant alors à procéder à des ventes massives, accentuant ainsi la chute des cours.

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Une évolution de la production différenciée selon les acteurs

La production mondiale 2014-2015 devrait être de 183,8 MT alors que la consommation, en hausse régulière de 2,2 % par an, serait de 182,5 MT dégageant ainsi un léger excédent de 1,3 MT. Malgré ces prévisions d’équilibre sur le bilan 2014-2015 à l’échelon mondial, les cours devraient continuer à être sous pression. L’évolution de la production chez les principaux exportateurs et les principaux importateurs ne devrait pas influencer les choses (tableau 1), mais si on considère l’ensemble des pays du monde, selon l’ISO, l’augmentation de la production des exportateurs pourrait atteindre 0,6 MT et les importateurs pourraient également produire 0,4 MT en plus.

En Europe la production devrait atteindre des niveaux records : entre 19 et 20 MT, soit une hausse de 0,9 MT à 1,3 MT par rapport à 2013. Augmentation des surfaces et conditions climatiques en sont les raisons. En France, ce sont plus de 5,5 MT (+ 0,8 MT par rapport à 2013) qui devraient être produits, grâce essentiellement aux conditions climatiques particulièrement favorables.

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Une gestion de la production encore sous le régime des quotas

L’Europe et la France en particulier, vont devoir gérer ce surplus de production. Le report de sucre et par voie de conséquence de betteraves sur la campagne suivante, est une faculté ouverte dans l’actuel règlement européen. Les groupes sucriers l’utiliseront plus ou moins en fonction de leur positionnement commercial et de leur propre stratégie. Ils chercheront de toute façon à exploiter d’éventuelles opportunités de débouchés intérieurs supplémentaires en cours de campagne de commercialisation, que ce soit en sucre alimentaire ou industriel ; Il faut rappeler en effet que le plafond des exportations européennes, négocié dans le cadre d’accords OMC et toujours en vigueur dans le règlement sucre actuel, est fixé à 1,350 MT. Une baisse des surfaces betteravières en 2015 semble donc inévitable, mais certainement différenciée selon les groupes sucriers.

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Gérer l’abondance

Il va falloir gérer l’abondance du sucre en France et en Europe, puisque les contraintes à l’exportation pèsent lourd cette année et que la filière non alimentaire ne peut atténuer la tendance. Jusqu’en 2013, la relative faiblesse des disponibilités de sucre en Europe de ces trois dernières années, ainsi que le montant des droits de douane (qui seront maintenus après la disparition des quotas) ont permis de garder les cours européens à des niveaux élevés.

Les industriels sucriers et les planteurs de betteraves (à travers les « suppléments de prix ») en ont bénéficié. Mais cette nouvelle donne va accentuer la concurrence entre les groupes sucriers ; la mise en œuvre des stratégies d’adaptation à l’après quotas va s’accélérer.

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Source : CERFRANCE : Lettre Veille Économique Agricole - décembre 2014 - N°40

 

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