Trois questions à Guy Riba* : Nous sommes condamnés au succès de la chimie verte de niche »

Propos recueillis par Nicole Ouvrard

Trois questions à Guy Riba* : Nous sommes condamnés au succès de la chimie verte de niche »

Avec le développement de la bioraffinerie, n'y a-t-il pas à terme un risque de surexploitation de la biomasse ?

Des molécules minoritaires en volumes peuvent assurer d'excellentes valorisations, en utilisant peu de surface agricole. C'est tout l'enjeu de la bioraffinerie. Pour autant, les bilans écologique et économique peuvent vite se dégrader si on ne prend pas un minimum de précautions, notamment sur l'organisation spatiale de la ressource. Nous sommes condamnés au succès de la chimie verte de niche. Si demain, on est capable de remplacer le PVC, molécule majeure de la chimie du plastique, il faudra prendre garde à l'équilibre entre alimentaire et non-alimentaire.

Y a-t-il des verrous technologiques à lever ?

Toute la chimie issue du pétrole est en phase organique alors que les plantes sont en phase aqueuse. Remplacer l'une par l'autre présuppose de retrouver la même solidité, perméabilité aux gaz, à l'eau et aux huiles, la même souplesse et praticité que les plastiques actuels. C'est un défi considérable pour les chercheurs.

Biocore est basé sur un partenariat fort public-privé. Est-ce nouveau à l'Inra ?

Pendant longtemps, nous avons voulu tout faire nous-mêmes, au risque de nous disperser et d'être parfois à la limite de nos compétences. Nous faisons désormais appel à des partenaires privés plus tôt, ce qui nous permet de nous engager sur des projets scientifiques plus ambitieux. Il nous a fallu modifier toute notre organisation interne, avec un seul coordinateur de projet qui centralise tous les contrats extérieurs. Nous nous sommes mis en ordre de bataille pour constituer un institut Carnot(1) en chimie verte. Aujourd'hui, 420 chercheurs de l'Inra, dont 80 enseignants, travaillent dans ce domaine. Ils sont 200 sur les énergies, 100 sur les matériaux, 50 en bioraffinerie et 50 sur les biomolécules.

(1) L'institut Carnot est un label attribué par l'Agence nationale de la recherche (ANR).

Source Réussir Grandes Cultures Avril 2010

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