Ukraine : l'inquiétude des agriculteurs des "terres noires"

Ukraine : l'inquiétude des agriculteurs des "terres noires"

L’inquiétude grandit en Ukraine où les agriculteurs, à court de trésorerie, pourraient être contraints à réduire leurs achats d’intrants et de semences et les récoltes pourraient en pâtir.

Hausse du prix de l'essence, du matériel, des semences... la vie quotidienne est devenue un vrai casse-tête pour les agriculteurs ukrainiens, dont l'activité est pourtant essentielle pour l'économie du pays et pour les marchés mondiaux. L'Ukraine, avec ses "terres noires" parmi les plus fertiles au monde, est en effet le 3e producteur mondial de maïs et le 6e de blé d'après les chiffres du Conseil international des céréales (IGC).

"Mon problème, c'est que je n'ai pas d'argent sur mon compte. Je n'ai rien de côté", s'inquiète Leonid Guensitski, agriculteur à Olexandrivka. Sa crainte ? Ne pas pouvoir faire face en cas de mauvais temps dans les semaines qui viennent et donc d'apparition de maladies.

"Avant je n'avais pas de problème pour acheter de l'essence, mais ce n'est plus le cas. Maintenant la vie est difficile, je dois tout calculer de façon minutieuse. Pour l'instant, j'ai encore assez, mais je ne sais pas combien de temps ça va durer", ajoute cet agriculteur, propriétaire de plus de 300 hectares.

Comme d'autres, pour faire face, il a donc choisi de réorienter une partie de ses cultures : il a planté moins de maïs, une plante gourmande en intrants. Mais il est pour l'instant impossible de mesurer l'étendue de ce report à l'échelle nationale.

Des taux d’intérêt prohibitifs

"Beaucoup d'agriculteurs sont pris à la gorge financièrement. Ils sont nombreux à avoir besoin de crédits mais maintenant les taux d'intérêts atteignent souvent 25%", explique Grigori Boukhantchov, céréalier et responsable de l'association des agriculteurs d'Olexandrivka. Ces intérêts sont prohibitifs pour une partie d'entre eux. En quelques mois, la crise politique a en effet engendré une crise bancaire et financière dans ce pays déjà en récession.

"L'incertitude actuelle ne pousse pas non plus les gens à investir", estime M. Boukhantchov. "Nous savons qu'une partie des agriculteurs ont, pour économiser, acheter des semences, et surtout des engrais locaux plutôt que des produits importés et au final cela pourrait avoir pour résultat des rendements moins élevés", explique Edward de Saint-Denis de Plantureux et associés, société française de courtage en matières premières agricoles.

Des prévisions de récolte en baisse

Lors de sa dernière prévision, le cabinet Agritel a nettement abaissé ses prévisions de production de maïs et de blé du pays, respectivement à 23,3 millions et 18,3 millions de tonnes. Cela correspondrait à des reculs de 18% et 16% par rapport à la dernière récolte.

"L'Ukraine est une variable d'ajustement fondamentale pour le marché mondial du blé et du maïs et même si les exportations ne sont pas perturbées pour l'instant, la crainte d'une guerre civile freine les achats sur les marchés pour la nouvelle campagne", explique Edward de Saint-Denis.

 

 

Source AFP

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