Un marché des céréales dans l’attente

Conseil National CERFRANCE POSTEC

Un marché des céréales dans l’attente

Cette année encore, les fluctuations de marché ont marqué ce début de campagne. Même si lecontexte de la récolte en France est très différent de 2014, au niveau de la qualité comme de laquantité, les cours ont connu une dépression tout au long de l’été alors que l’optimisme était de mise début juillet. Le pilotage des exploitations en est donc directement impacté.

Le contexte : un marché saturé

La France a connu une récolte 2 015 très éloignée de celle de 2014. Malgré quelques frayeurs en raison du manque d’eau, les récoltes d’été ont connu des niveaux records en quantité et qualité. Le seul bémol pour le blé concerne les protéines, légèrement en dessous des 11 %. Les blés tendres, blé dur, orges ont des rendements très satisfaisants. Ces hauts niveaux de récolte se confirment également à l’échelle mondiale avec une production record à 732 Mt en BT, 144 Mt en Orge soit 4Mt de plus que 2 014. Les bilans de la campagne s’annoncent donc avec des stocks conséquents. 

Les cours se trouvent donc impactés par ce niveau d’offre. Le bon niveau de récolte des pays de la mer noire entraîne une forte présence sur le marché ; l’Europe n’a donc que peu de place pour exporter et ce lourd bilan mondial ne laisse que très peu de perspectives de hausse à court terme. 

Concernant les cultures maïs et tournesol, les conditions sèches de cet été vont fortement impacter les rendements. Les révisions à la baisse se généralisent dans la plupart des pays producteurs. Malgré tout, faut-il en attendre un impact sur les cours ? Pas forcément, car le marché reste lourd avec les stocks des bonnes récoltes des années précédentes, un volume exportable conséquent, et une demande (notamment de la Chine) prévue en retrait.  

La Chine joue un rôle essentiel dans cette campagne. Sa faible présence sur les importations et son recentrage sur son marché intérieur joue énormément sur les prix. Ce débouché Chinois donne une indication souvent essentielle dans l’orientation des cours. Actuellement, sa faible croissance et le ralentissement de la consommation limitent sa présence sur les marchés… Sauf pour le soja…  

Du côté des Oléagineux la récolte française est correcte. Le Colza profite d’une production de soja décevante et des importations chinoises. Cela apporte un soutien au niveau des cours qui se situe actuellement environ 380 €T soit 50 €T plus élevés que l’année dernière à la même date (fin octobre).  

Des agriculteurs portés à l’optimisme

Face à un marché orienté à la baisse tout cet été, les agriculteurs ont plutôt une approche optimiste de la situation. Les bons rendements et la qualité apportent une vision positive sur la campagne. Il est vrai que c’est sur ce point l’inverse de l’année dernière. 

Du côté des prix, si le cours du blé tendre et des orges est proche de celui de l’année dernière, il est nettement plus favorable sur les autres grandes cultures (Colza, Blé dur, Tournesol). À noter également que certaines productions complémentaires comme les pommes de terre profitent d’une conjoncture plus intéressante. 

Pour les céréales, à ce jour, le moment le plus favorable pour vendre a été juste avant les récoltes. Les cours étaient proches des coûts de production. Et pourtant, les engagements ont été faibles. La peur de la quantité ? spéculation ? trop tôt ? difficile à analyser. Le rebond de ces dernières semaines a permis de relancer un peu de commercialisation. Beaucoup de céréales restent encore à vendre. La gestion de la 2e partie de campagne va être essentielle. 

L’espoir que l’évolution des cours de la campagne 2014/2015 se reproduise avec une reprise des cours en début d’hiver est présent dans les exploitations. Malheureusement, il n’est pas sûr que ce schéma se reproduise… les années ne se ressemblent pas, et le contexte de marché reste bien différent.

Et en termes de perspective ?

Quelles perspectives dégager ? Dans la situation actuelle, sans événement sur le marché, il n’y a pas de rebond important à attendre. Cependant, l’histoire montre que les choses peuvent vite évoluer… ou pas. La remontée des prix en septembre octobre sur les principales céréales est la bienvenue mais le marché reste globalement lourd.

Y a-t-il des raisons d’espérer ? Oui heureusement ! En Colza, le marché est plus tendu : la situation du soja et la demande de la Chine apportent plus d’optimisme. Sur les céréales à paille, les pays de la zone « mer noire » commencent à freiner leurs exportations en blé tendre après une grosse campagne. L’Europe va petit à petit commencer à revenir sur le marché. 

En Maïs, par contre, malgré une faible récolte en Europe de l’Ouest, les disponibilités à l’export des pays de la mer Noire ne laissent pas augurer  d’une amélioration des prix dans un proche avenir. Enfin, il ne faut pas oublier le Weathermarket. Entre « el nino » et des conditions météorologiques incertaines, les événements peuvent vite venir changer la donne. Sans oublier les événements géopolitiques. Un rebond est donc toujours envisageable. Il faudra les surveiller… et que les trésoreries puissent attendre ces rebonds. 

Le pilotage des exploitations

Encore une fois, le pilotage au quotidien des exploitations est garni d’incertitudes. Même si la situation paraît plus favorable qu’il y a un an, elle reste à surveiller. Les trésoreries ont été impactées sur les 2 précédentes campagnes, et cette année peut permettre de retrouver au moins un équilibre. Chaque année est différente, les vérités d’hier ne sont pas forcément celles d’aujourd’hui. Le rebond de 2014 n’est pas certain. Des rebonds arriveront certainement au cours de la campagne mais à quels niveaux et à quelles périodes ? Une surveillance régulière est indispensable afin de pourvoir en bénéficier. La flexibilité des exploitations est donc de mise. Plusieurs outils peuvent être utilisés, le marché à terme, les prix moyens avec les OS, étaler les ventes… L’enjeu est de limiter son risque. Pour les trésoreries les plus tendues et qui croient à un rebond tardif, le financement des stocks par des prêts CT peut également permettre d’attendre de se donner du temps pour appréhender le marché car les taux d’intérêt sont bas. 

La campagne 2 015 nécessitera de la réactivité dans le pilotage des exploitations, une stratégie définie, et une surveillance des marchés. Il faudra profiter de chaque rebond du marché. Les trésoreries des exploitations ont été malmenées en 2013 et 2014, l’année 2015 présente une situation de départ plus propice, il faut donc le confirmer.

Source : CERFRANCE - Fabien Balzezu - veille économique agricole - lettre n° 43 - décembre 2015

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