[Video] Avis d'expert : une récolte record en blé mais des niveaux de prix au plus bas

[Video] Avis d'expert : une récolte record en blé mais des niveaux de prix au plus bas

La récolte 2015 de blé est dite "record" pour sa production mais également pour son niveau de prix, le plus bas observé depuis 5 ans. Quels sont les faits marquants de la campagne 2015/2016 ? Quelles sont les conséquences de cette récolte "record" ? Quelles sont les perspectives d'amélioration ? Eléments de réponse avec Xavier Cassedanne, expert Grandes Cultures au Crédit Agricole.

 

Quels sont les faits marquants de la campagne blé 2015/2016 ? 

Xavier Cassedanne : "La récolte de blé 2015 a été marquée par un niveau de production record  en France avec plus de 40 millions de tonnes du fait d’une augmentation des surfaces mais surtout de niveaux de rendements exceptionnels dans certaines régions.  Cette campagne se caractérise aussi par un retour de la qualité notamment au niveau du poids spécifique et de  l’indice du temps de chute de Hagberg. On note par contre encore une déception sur le taux de protéines, avec un taux moyen autour de 11%.

Si la récolte de blé est exceptionnelle en France ce n’est pas le cas de production européenne qui est globalement en baisse par rapport à 2014 : la plupart des pays producteurs européens, en dehors de la France, ont en effet moins bien supporté la vague de chaleur de juin et juillet dernier. Le déficit hydrique et les températures élevés ont pénalisé le potentiel de rendement. 

Mais au niveau mondial, la production est, comme pour la France, à un niveau  record. Il n’y a pas eu d’incidents majeurs climatiques sur les principaux bassins de production, mis à part le coup chaleur et le déficit hydrique à l’échelle européenne."

Quelles sont les conséquences d'une récolte de blé "record" ?

X.C. : " Le niveau de la production française couvre largement les besoins de la France (meunerie, fabrication de l’Aliment pour Bétail…) Le disponible exportable est donc très important : il va falloir relever un véritable défi à l’exportation cette année pour éviter que les stocks « fin de campagne » ne soient trop lourds! 

Les 3 dernières années ont été propices au développement de nos exportations notamment en volumes, mais ce début de campagne a été marqué par une forte concurrence avec les pays de la mer Noire et quelques états baltes très agressifs en termes de prix, mais aussi en termes de qualité. Le taux de protéines de leur blé est meilleur car les systèmes de production sont plus extensifs. 

Les origines françaises sont donc pénalisées et il y a peu d’écoulement. Conséquence : les capacités de stockage arrivent à saturation au niveau des silos portuaires et l’activité logistique est  au ralenti. Ce problème peut s’amplifier avec l’arrivée des premiers maïs dont la récolte a déjà démarré dans certaines régions. Il risque d’y avoir quelques bousculades dans l’organisation du stockage des grains !"

Comment les prix risquent-ils d’évoluer ? 

X.C. : " La tendance des prix à court terme est plutôt baissière et le niveau des prix est le plus bas observé depuis 5 ans. En ces temps de crise dans le secteur de l’élevage, c’est plutôt une bonne nouvelle pour les éleveurs. Mais si les prix sont jugés trop bas, il y a un risque de rétention des ventes de certains producteurs et de metteurs en marché. Cela va également dépendre du niveau de trésorerie des exploitations."

Quelles sont les perspectives d'amélioration ? 

X.C. : " La 2ème partie de la campagne devrait être plus profitable à nos exportations et à nos origines, les pays concurrents ayant déjà bien avancé dans leur commercialisation afin d’obtenir de la trésorerie. Ils risquent également d’être limités dans leurs exportations du fait de leurs faibles moyens logistiques. Des incertitudes persistent aussi sur les taxes à l’exportation de ces pays. 

La concurrence sera toujours vive avec les autres pays de l’UE (Allemagne, Roumanie) qui possèdent des blés avec de meilleurs taux de protéine. Les perspectives en termes de prix dépendront également de la récolte de blé en Australie, de la récolte de maïs, des conditions de semis des cultures d’hiver. Il y a encore beaucoup d’incertitudes ! "

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