[Vidéo] Blé dur : le nouvel or noir des céréaliers ?

Propos recueillis par Anne Sophie LESAGE

[Vidéo] Blé dur : le nouvel or noir des céréaliers ?

Le blé dur a vu son prix s’enflammer significativement sur le marché ces dernières semaines. Comment expliquer ce phénomène ? Eléments de réponse avec Caroline Bitton, Consultante chez Agritel.

 

Les industriels des pâtes tirent la sonnette d’alarme face au risque de pénurie de blé dur. Va-t-on bientôt manquer de pâtes ou de semoule ? Les prix vont-ils flamber ?

Caroline Bitton : « Le marché du blé dur a bien augmenté depuis le début de la campagne 2014, face à une baisse de la production significative. Toutefois, la filière de l’industrie des pâtes et de la semoule étant bien organisée, même si les contractualisations ont été réalisées avec un peu de rapidité sur les quelques semaines précédentes, nous n’avons pas, aujourd’hui, de grosses inquiétudes quant à une pénurie de semoule ou de pâtes sur les prochains mois. » 

Pourquoi la production a-t-elle baissé de la sorte ?

CB : « Il y a plusieurs facteurs qui expliquent la baisse de la production sur la campagne 2014. Déjà depuis quelques années, on enregistre une baisse des surfaces. En France, nous avons enregistré une baisse de surface de blé dur de 40%.

Qu’est-ce qui explique cette baisse de surface ?

Tout d’abord, une démotivation face à des prix qui n’étaient pas assez rémunérateurs pour la culture de blé dur et, en plus de cela, de nombreux producteurs enregistrent des problèmes qualitatifs depuis plusieurs années, qui démotivent à cultiver le blé dur. En France, c’est ce qui a expliqué cette baisse de surface et cette situation s’est généralisée au niveau européen. »

Mais que fait la filière ? Pourquoi cette baisse n’a pas été anticipée ?

CB : «  Beaucoup d’importateurs étaient dans l’attente de l’arrivée de la récolte nord-américaine, notamment canadienne. Il faut savoir qu’aujourd’hui, le Canada représente 60% du commerce mondial du blé dur et que sa récolte arrive 2 à 3 mois après la récolte européenne, donc beaucoup attendaient l’arrivée de ses volumes. Mais quelques jours avant la récolte canadienne, au même titre que ce qui s’est passé en France au mois de juillet, de lourdes pluies ont dégradé la qualité des blés durs canadiens. Ce qui a ramené davantage de tensions, sur le marché du blé dur cette année. »

Le blé dur se négocie à plus de 450€ la tonne. Le blé dur est-il devenu l’or noir des céréaliers français ?

CB : « C’est vrai que cette année, dans une situation où beaucoup de matières premières agricoles ont diminué depuis le début de la campagne, face à des bilans détendus par rapport à la campagne 2013 et des volumes en hausse, le marché du blé dur semble plus rémunérateur.

Le bilan du blé dur est en effet tendu, les stocks de fin seront en forte baisse par rapport à la campagne précédente et c’est vrai que cela apporte un peu d’optimisme aux céréaliers qui ont vu cette année, d’autres marchés se dévaluer fortement. »

Les agriculteurs doivent-ils semer du blé dur ?

CB : « Avec le prix du blé dur affiché cette année, on pourrait imaginer qu’il y ait une forte augmentation de la sole de blé dur sur 2015. Toutefois, on arrive en dernière ligne droite et beaucoup ont déjà pris leur décision depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois. De plus, face aux problèmes qualitatifs observés les années précédentes concernant le blé dur, beaucoup restent démotivés à semer cette culture qui est très sensible. »

 

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