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02/03/12
Actualités générales

« 4 questions à »: Nicolas Dupont Aignan

La première émission politique de la chaîne Terre d'Infos TV, « 4 questions à » reçoit les candidats à l’élection présidentielle qui donnent leur vision de l’agriculture française sous la houlette d’Olivier Alleman. Chaque candidat répond en 12 minutes à 4 questions liées aux préoccupations du monde agricole.Aujourd'hui, Nicolas Dupont Aignan

1.   La PAC va être réformée en 2013. Faut-il continuer à promouvoir une politique agricole commune à l’échelle européenne, avec quelles mesures prioritaires et quel budget ?

La PAC, faut d’abord dire ce que c’était et ce que c’est devenu. La PAC ça a été une idée de génie pour protéger l’Europe et faire en sorte, qu’on ait une alimentation saine, avec l’auto-suffisante alimentaire. Que les agriculteurs puissent vivre dignement de leur travail. Or, tout ça, ce qui a marché pendant 30 ans est aujourd’hui détruit systématiquement par les gouvernements et les autorités de Bruxelles.  La question est très simple. Le futur Président de la république aura a négocié la fameuse réforme de la PAC. C'est-à-dire l’assassinat de la PAC. En 2015 il est prévu la fin des quotas laitiers, c'est-à-dire le déficit de production de lait dans notre pays, la concurrence déloyale d’autres pays, une politique suicidaire pour notre agriculture.

Moi je dis très clairement, il faut absolument que la France mettre le droit de veto sur ce projet de Bruxelles. Il faut que la France propose une autre politique agricole, qui est très simple. Une politique de préférence communautaire, de protection douanière, et une politique de prix garantis pour les agriculteurs. Ça veut dire quoi ? Ca veut dire que les producteurs laitiers, si on veut qu’il en reste dans notre pays doivent avoir un prix garanti et tout le bénéfice ne doit pas revenir aux industriels, au secteur de la grande distribution qui ont empoché la marge et ne la rende pas aux consommateurs et laissent crever nos éleveurs. Ça veut dire une politique de fermeté. Malheureusement, je vois beaucoup d’hommes politiques visiter le salon, Monsieur Sarkozy, Monsieur Hollande, Monsieur Bayrou mais leurs trois partis, UMP, PS, Modem, ont  signés le paquet lait à Bruxelles, qui induit une dérégulation complète. Moi je veux re-réguler l’agriculture.

Je suis prêt à ouvrir une crise salvatrice, c'est-à-dire une crise qui permette de dire à nos partenaires européens : «  si on continu comme ça, il n’y aura plus de contrôle sanitaire, on aura plus d’éleveurs et on sera déficitaires ». Ce n’est pas simplement, et je le dis sincèrement, la vie future des agriculteurs qui est en cause. C’est la qualité alimentaire de nos concitoyens. C’est très simple, si on continue comme ça, on aura une baisse du niveau alimentaire de notre pays considérable. Nos territoires seront en véritable faillite. C’est un enjeu considérable pour les années à venir et je voudrais finir sur la PAC. Vous avez vu le succès du film The Artist à Hollywood, pourquoi l’exception culturelle française qui a été négociée à l’OMC, est valable, pourquoi il y a un protectionnisme pour les acteurs de cinéma, très bon pour eux, pour les metteurs en scène, pour le secteur du cinéma en France, et pourquoi on a abandonné le minimum de protectionnisme pour l’agriculture ? Si on ne remet pas en place ce protectionnisme européen et bien on aura du souci à se faire. C’est un combat majeur pour les années à venir. 

 

2.   La France est reconnue pour la diversité de ses territoires. Comment maintenir un développement territorial équilibré, alors que la majorité de la population habite en ville et que certaines campagnes se désertifient ?

  D’abord il y a plus de 10 millions de français qui vivent à la campagne, il ne faut pas les oublier. D’abord, c’est de maintenir une agriculture. Et quand je vous dis qu’il ne faut pas céder à Bruxelles et à l’OMC sur l’agriculture, c’est parce que le jour où il n’y a plus d’éleveurs en zones de montagne, le jour où on aura des usines à la place des fermes, des usines à lait et qu’on a un territoire abandonné, nos territoires ruraux ne vivront plus, ne seront plus entretenus. Il faut une agriculture qui marche, c’est le premier point. Avec des prix rémunérateurs de dignité pour les agriculteurs. Et puis, il y a autre chose, il y a les services publics. On a tout foutu en l’air. On avait EDF-GDF, qui marchait, et bien non on l’a cassé parce que Bruxelles le voulait. Ce n’est pas une obsession contre Bruxelles, c’est qu’aujourd’hui les décisions sont prises là-bas par des gens non élus. Nos présidents de la république se couchent devant. La seule question qu’il y aura demain, c’est est ce qu’on peut construire une Europe, une belle Europe, qui protège un niveau social ? Où, est ce qu’au contraire on veut casser tous nos services publics ?  A commencer par les hôpitaux, les voies ferrées, l’école, on paye des fortunes en transports scolaires, et on supprime des postes dans les petites écoles, c’est complètement aberrant en terme de cout pour la collectivité. Ce n’est pas une question d’économie, c’est une question d’organisation.

Moi je demande le maintien de services publics, pas les maintenir partout, il faut savoir faire des économies mais pour qu’il y ait un bon maillage territorial. Que dans chaque département on ait un maillage minimum parce que c’est rentable. Moi je suis maire d’une ville urbaine dans la banlieue parisienne, c’est absurde d’entasser toujours plus d’habitants. Le préfet me force à construire davantage alors même que les habitants me disent, si on pouvait vivre en province, si on pouvait rejoindre une terre, il faut qu’il y ait des services publics, de l’industrie, une agriculture, c'est-à-dire une politique au sens noble du terme. C’est tout l’enjeu du débat de 2012. 

3.   En France, le repas repose sur des produits alimentaires diversifiés, sains et de qualité. Comment, selon vous, pérenniser cette alimentation équilibrée liée aux terroirs et assurer qu’elle reste accessible à tous ?

Il faut un État, l’Etat c’est l’intérêt général. Je vais vous donner un exemple, j’ai visité les producteurs de salade dans le Vaucluse, vous savez où on vend nos salades aujourd’hui ? On les vend en Suisse et en Norvège. Pourquoi ? Parce que ce sont les deux seuls pays qui ne sont pas dans l’Union Européenne et qui ont le droit de faire des contrôles sanitaires aux frontières. Cela veut dire qu’ils vérifient aux frontières, la teneur en produits cancérigène, en produits ceci etc. nous on a plus le droit de le faire. On passe notre vie à parler de santé, d’environnement, on impose des contraintes délirantes à nos agriculteurs, avec des cahiers des charges, la traçabilité…très bien, il faut le faire. Mais au même moment on est en concurrence avec des gens qui mettent des produits cancérigènes sur leurs salades. Et ça rentre par wagons entier dans notre pays. Il n’y a jamais un contrôle. Je demande pas un protectionnisme énorme, je ne demande même pas des normes nationales, j’accepte les normes européennes, je demande que les autorités publiques les fassent contrôler.  C'est-à-dire qu’à nos frontières, dans nos supermarchés, on fasse des contrôles. A ce moment là, qu’on dise stop à tous les produits que nos enfants consomment et qui sont bourrés de pesticides dangereux. Et au moment, qu’on dise la concurrence c’est bien. Il faut de la concurrence mais cette concurrence elle doit être loyale. Si vous jouez aux cartes et que vous trichez avec toutes les règles et bien vous allez gagner.

Moi je ne veux pas que nos agriculteurs, nos producteurs de fruits et de légumes - qui ferment tous les uns après les autres, parce qu’on leur demande des contraintes nécessaires, qu’il faut leur demander, mais on ne les impose pas aux importateurs – on ira vers une disparition progressive de notre qualité, de notre diversité. Alors heureusement il y a des efforts, il y a les AOC, il y a tous les labels, toutes les filières, on a un talent incroyable dans notre pays, on sait tout faire. Seulement il faut que nos gouvernants, à un moment donné disent on veut bien jouer à toutes les règles du jeu mais il faut qu’elles soient respectées de chaque côté de la frontière.  A cela moment là, vous verrez que nos atouts on pourra les transformer positivement. Il n’y a aucune fatalité à voir nos producteurs disparaitre les uns après les autres. 

 

4.   Préserver les ressources naturelles est une nécessité pour tous. Selon vous, comment concilier cet impératif  avec  celui  de  rentabilité  économique  et  par  quels  moyens  pouvons nous  les  préserver durablement ?

  On est à la ferme, est ce que vous avez déjà vu des poules survivre quand le renard peut rentrer dans le poulailler ? Non. Je n’ai pas inventé la poudre, si je puis dire, mais c’est très simple. Les règles environnementales elles sont nécessaires. Il y a des efforts à faire. Pour autant il y a une hypocrisie incroyable. On passe notre temps à nous parle de grenelle de ceci, de grenelle de cela, j’ai vu des gendarmes dans un village où j’ai été le mois dernier ou y a deux mois, perquisitionner dans une mairie pour vérifier le désherbant pour les espaces verts de la commune. Et au même moment, je vous l’ai dit on importe des produits dont on n’a pas le droit de les contrôler. Je voyais tout à l’heure un producteur de charolais qui me disait : « on importe de la viande bourrée d’hormones et on nous oblige à le faire. Et à chaque fois qu’on proteste, comme moi, on nous traite de ringard, de réactionnaire. Mais c’est nous qui sommes pour le progrès  ». Le problème de fond, c’est que les décisions ne sont plus prises démocratiquement. Elles sont prises à Bruxelles par des gens corrompus, je pèse mes mots. Oui, corrompus, non élus. Y a plus de lobbyistes à Bruxelles que de représentants du peuple. Il ne faut pas s’étonner que les intérêts l’emportent sur l’intérêt général. La conception que j’ai de la politique, c’est que l’intérêt général doit être défendu par des élus du peuple. Si on veut que l’intérêt général soit défendu il faut aussi une traçabilité. Parce que on a une traçabilité du bœuf, mais jamais des décisions politiques.

Alors retrouvons un peu de traçabilité des décisions politiques, ça s’appel la démocratie. A partir de ce moment là, vous verrez que les électeurs pourront savoir, ceux qui les ont défendus. Qualité alimentaire, égalité des normes, sociale, environnementale là vous verrez que la mondialisation peut être positive si c’est l’élévation du niveau de vie. Pas si c’est le nivellement pas le bas. Aujourd’hui en cascade, on nous fait un nivellement par le bas. Voila pourquoi, ce qui va se passer dans les mois à venir, est fondamental pour la survie de notre modèle de civilisation. Je voyais des gens parler de civilisations. La qualité alimentaire, la diversité de nos terroirs, si on est la première destination touristique du monde ce n’est pas par hasard. C’est parce qu’on a protégé tout ça et il faut continuer. Faire attention à cette loi du fric maximum qui est entrain de tout emporter. 

Terre d'Infos TV

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