06/03/12
Actualités générales
La première émission politique de la chaîne, « 4 questions à » reçoit les candidats à l’élection présidentielle qui donnent leur vision de l’agriculture française sous la houlette d’Olivier Alleman.Chaque candidat répond en 12 minutes à 4 questions liées aux préoccupations du monde agricole.Terre d’Infos a reçu vendredi Marine Le Pen :
1. La PAC va être réformée en 2013. Faut-il continuer à promouvoir une politique agricole commune à l’échelle européenne, avec quelles mesures prioritaires et quel budget ?
Non, je suis désolée, je suis la seule d’ailleurs à être contre la PAC, parce que lorsqu’elle va être renégociée, elle va constituer en réalité une subvention qui va être donnée à nos concurrents. Nous allons être les grands perdants, les grandes victimes de cette renégociation de la PAC. Je suis donc pour la nationalisation de la PAC pour faire de la PAC, une politique agricole française, qui puisse aider directement, d’ailleurs avec un budget qui du coup sera légèrement supérieur, l’agriculture française. Mais je pense qu’au-delà de ça, il faut avoir une vraie vision de l’agriculture.
Moi ce qui me frappe, c’est que la PAC c’est aussi un modèle de dérégulation, porté par l’Union Européenne et l’OMC, c’est un modèle de libéralisation, c’est un modèle de concurrence déloyale et c’est un modèle de concentration des exploitations. Or, je pense que ce processus de concentration des exploitations et notamment de disparition progressive des exploitations familiales est un suicide économique pour notre agriculture. Il faut à tout prix que nous renégocions les obligations européennes qui nous poussent à ce suicide et qui nous euthanasient en quelque sorte. Je voudrais que les gens comprennent bien que l’exploitation familiale, dans l’esprit des gens souvent, c’est du terroir, c’est de la petite fabrication artisanale…non, l’exploitation familiale c’est ce qui produit 75% de ce qui part dans l’industrie.
Et 25% seulement de vente de produits non transformés. Mais c’est surtout la liberté. Moi je crois que les agriculteurs doivent rester des hommes et des femmes libres ! Libres et dignes. Digne, ça passe par un revenu digne, et libre, ça passe justement par la liberté de ne pas se conformer aux injonctions de l’OMC, de ne pas se soumettre à la pression des gros qui aujourd’hui sont en train de prendre de plus en plus de pouvoir, avec il faut bien le dire, la complicité du gouvernement français.
2. La France est reconnue pour la diversité de ses territoires. Comment maintenir un développement territorial équilibré, alors que la majorité de la population habite en ville et que certaines campagnes se désertifient ?
Oui, à cause de l’Etat d’ailleurs ! Il y a tout un aménagement du territoire à revoir. On voit bien que l’Etat s’est complètement désengagé et que notamment la désertification liée à la disparition des services publics dans la ruralité est évidemment un problème majeur. C’est un élément qui fait que les campagnes ne sont souvent plus attractives, pour les jeunes, mais surtout plus attractives pour les entreprises. Parce que une entreprise qui est dans un territoire où il n’y a plus de services publics, ou plus de Poste, plus rien, et bien, évidemment, va avoir tendance elle aussi à subir le fait de la concentration urbaine et se rapprocher de la ville. C’est donc une erreur là encore, politique, qui a été commise en termes d’aménagement du territoire.
Il faut réinvestir massivement dans les services publics, notamment dans la ruralité. Mais il faut aussi préserver nos labels. Parce qu’aujourd’hui il y a un peu tromperie sur la marchandise. Or, chaque région a ses spécificités, chaque région a ses produits de qualité, chaque région et chaque éleveur, a des animaux qui sont bien spécifiques. Or, il faut dire que la encore la manipulation des labels, cette espèce de tromperie sur la marchandise, et bien on laisse faire, le gouvernement laisse faire. Il ne devrait pas, il devrait intervenir très précisément pour défendre les labels, défendre les AOC, pour que les consommateurs aussi sachent ce qu’ils mangent et puissent du coup soutenir l’agriculture telle qu’ils l’envisagent. Vous savez j’ai dit tout à l’heure que la grande mode, c’est le « green-washing ». On repeint tout en vert parce que ça fait bien et là on fait du « terroir-washing ». C'est-à-dire que toutes les grandes industries agro-alimentaires nous font du terroir. La réalité c’est que le terroir, c’est le terroir, et bien souvent l’industrie agro-alimentaire c’est bien évidemment pas du terroir.
3. En France, le repas repose sur des produits alimentaires diversifiés, sains et de qualité. Comment, selon vous, pérenniser cette alimentation équilibrée liée aux terroirs et assurer qu’elle reste accessible à tous ?
Moi je crois quand même qu’il faut faire confiance à nos agriculteurs. On les a souvent traités de pollueurs de manière, je trouve, complètement inconsidérée. D’abord, il faut savoir que les pesticides et les produits qu’on leur vend, bien souvent eux-mêmes n’ont pas de transparence sur le produit et là il faudra aller chercher la responsabilité d’industries comme Monsanto. J’ai été très contente de voir qu’ils ont été condamnés dans le procès que leur avait intenté un agriculteur, ça leur coute cher aux agriculteurs et s’ils pouvaient s’en passer, ils s’en passeraient. Le problème, c’est qu’on ne peut pas avoir en même temps énormément d’exigences en matière de sécurité, et ils font les produits les plus surs du monde les agriculteurs français mais en même temps les mettre en concurrence avec des produits qui eux ne respectent aucune norme, parce qu’on ne leur en impose aucune. On ne peut pas nous expliquer, à nous français, que l’OGM c’est dangereux et donc interdire la culture de l’OGM en France et même temps ne pas leur dire que de plus en plus de bêtes sont nourries avec du soja OGM Brésilien ou Argentin.
Encore une fois, on a l’impression qu’on nous raconte tout et n’importe quoi. Moi je crois qu’il faut faire confiance aux agriculteurs, qu’il faut redonner la parole aux organisations de producteurs, qu’il faut qu’ils puissent avoir la capacité de dire ce qu’ils ont à dire, je suis venu ici ouvrir le cahier de doléances. Je crois que j’ai raison de le faire. Leur permettre aussi de défendre un vrai revenu parce qu’il ne faut quand même pas qu’on se raconte des histoires. On aura pas de qualité, on n’aura pas de sécurité si nos agriculteurs n’ont pas un revenu digne. Pour ça il va falloir serrer la visse de la grande distribution. Il faut le dire et il faut le faire. Ça fait trente ans que les subventions augmentent dans l’agriculture, le prix de la matière première n’a eu de cesse de baisser, la marge de la grande distribution n’a eu de cesse de monter. Il n’est pas envisageable, souvenez-vous de l’affaire des salades au marché de gros de Châteaurenard, que le prix de revient d’une salade soit entre 0.30 cts et 0.35 cts euros, le prix d’achat par la grande distribution ou part les centrales d’achats, soit de 0.12 cts à 0.15 cts euros et qu’on retrouve que le consommateur lui paye 1 euro ou 1.50 euros. C’est une véritable escroquerie. Donc consommateurs, agriculteurs, même combat main dans la main pour lutter, en même temps pour la qualité, la sécurité et un revenu correcte pour nos agriculteurs.
4. Préserver les ressources naturelles est une nécessité pour tous. Selon vous, comment concilier cet impératif avec celui de rentabilité économique et par quels moyens pouvons‐nous les préserver durablement ?
Et bien il faut se protéger, c’est aussi simple que ça. Il faut que nous nous réarmions face à cette concurrence déloyale. Ça veut dire que si nous, on nous impose un certain nombre de normes de sécurité, qui sont des investissements très lourd pour des filières qui sont toutes en grande difficulté, il n’y en a pas une quand même qui se porte bien. Il y a eu pire mais il y aura peut être pire demain. Il faut mettre en place des quotas d’importation et des droits de douanes à nos frontières. Pour pouvoir dire : « vous ne respectez pas les mêmes normes environnementales, on ne peut pas subir votre dumping social, votre dumping environnemental et par conséquent si vous entrez sur notre territoire on vous taxera en partie pour contrebalancer cette concurrence déloyale ». Il faut sortir de l’OMC et sortir de la concurrence déloyale, organisée par l’Union Européenne. La commission vient de voter l’augmentation considérable des importations en provenance du Maroc. Comment voulez-vous qu’on puisse être compétitif alors que nous payons les ouvriers agricoles 12 euros de l’heure et qu’au Maroc ils sont payés 5 euros de l’heure. Ce n’est juste pas possible.
On est en train d’effectuer une sorte de plan social sauvage massif dans l’agriculture, qui ne dit pas son nom, mais qui évidemment va avoir des conséquences catastrophiques. Se défendre, se réarmer, redevenir la première puissance agricole européenne alors qu’en 2010 nous sommes devenus la troisième, bravo en l’occurrence à ceux qui se félicitent des résultats de l’agriculture, ils feraient mieux d’être un peu plus modeste et moi j’ai une grande espérance dans l’agriculture de demain. Parce que l’agriculture ce sont des hommes et des femmes et il n’y a de richesse, que d’hommes et de femmes.
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