Dimitri a embauché le magicien du désherbage

JA Mag

Dimitri a embauché le magicien du désherbage

Maraîcher bio sur 5 ha, Dimitri VENANT n'arrache plus les adventices. C'est Oz, un robot de désherbage autonome made in France, qui s'en charge.

Témoignage

Cette après-midi de juillet, à Prin-Deyrançon, entre Niort et La Rochelle, il fait chaud. Très chaud. Pas un temps à mettre un maraîcher dehors pour arracher les mauvaises herbes. Heureusement, à l’EARL de la Pièce franche, cette tâche pénible est effectuée par... un robot ! Oz - c’est son petit nom - progresse entre les poireaux avec ses quatre roues motrices. Arrivé au bout du rang, il fait demi-tour, abaisse ses socs de binage et repart pour un tour. À aucun moment, Dimitri Venant, le jeune maraîcher, n’est intervenu. Il a seulement indiqué la largeur et le nombre des rangs et réglé la profondeur de travail. Le reste se fait tout seul.

D’après son fabricant Naïo Technologies, Oz – en clin d’oeil au Magicien d’Oz - est « le seul robot autonome de désherbage au monde ». Et il est made in France. Il est surtout d’une grande aide pour l’activité de maraîchage bio de Dimitri Venant. En 2011, il a rejoint sa mère et son beau-père sur l’exploitation familiale. Dans ce pays d’Aunis, aux portes du Marais poitevin, il est « difficile de trouver des légumes bio locaux sans passer par une Amap ».

Aux 80 ha de céréales, Dimitri a donc ajouté quelque 5 ha de légumes, qu’il a progressivement convertis en bio. Sur un terrain de l’exploitation, en bordure d’une route passante, les associés ont aménagé un point de vente. C’est là que la majorité des légumes de l’EARL sont vendus. Autant dire que le temps manque souvent, entre la production et la vente (deux matinées par semaine). « En été, entre la plantation, le désherbage et la récolte, on est à fond ! », résume le jeune maraîcher. D’où l’idée de se faire aider par un robot.

Dimitri a embauché le magicien du désherbage

« Au début, je le surveillais un peu... » Pourtant, la première fois que Dimitri Venant a rencontré Oz, lors d’une démonstration à La Rochelle en novembre 2014, il n’était « pas trop convaincu ». Ce qui explique son scepticisme ? Un prix conséquent (20 000 €) pour un matériel « qui se destine plutôt aux petites exploitations ». Une catégorie dans laquelle se place le jeune maraîcher, avec 4 serres de 450 m² et 4 ha de légumes en plein champ. En janvier 2015, lors du Sival, deuxième contact avec les fabricants du robot magicien. Ces jeunes Toulousains - Oz est fabriqué en France - lui proposent une location-vente. D’avril à septembre, Dimitri dispose du robot pour 650 € HT par mois, à lui ensuite de voir s’il veut l’acheter. « Je voulais l’essayer pendant une saison complète », précise-t-il. 

Car déléguer un tâche à un robot ne se fait pas naturellement. « Au début, ma crainte, c’était de le laisser tout seul, avoue Dimitri. Je le surveillais un peu... » Le robot ne peut travailler que sur des terrains plats (10 % de pente maximum). Il faut aussi aménager les bouts de rang pour qu’il puisse faire demi-tour. Quand il rencontre un obstacle ou n’a plus que 25 % d’autonomie, Oz envoie un SMS à son propriétaire. 

Passée l’indispensable période d’observation, le maraîcher s’est familiarisé avec son nouvel outil. « Je l’utilise pour toutes mes cultures pour du désherbage d’entretien, une fois par semaine, détaille- t-il. Il faut passer régulièrement, car si l’herbe est trop haute, il est moins efficace. Je le lance en début de matinée et en début d’après-midi. Pendant qu’il désherbe je peux faire autre chose. » Oz fonctionne avec deux batteries électriques : « 5 h de charge pour 2 à 3 h de travail ». Bref, pour Dimitri, « c’est un bon outil ». Avec ses 150 kilos (outil compris), il tasse moins le sol qu’un tracteur et sa bineuse.

Récolte, plantations ou épandage. Dimitri n’a pas encore testé toutes les possibilités de son robot. En plus des différents outils de désherbage (socs de binage, bineuse à ressort, herse étrille, etc.), le robot magicien peut recevoir de nombreux accessoires. Il peut ainsi épandre (granulés ou pulvérisateur) ou transporter une personne sur un siège. Avec une remorque et en mode suivi, il reste à distance de l’utilisateur et peut servir d’aide à la récolte.

Oz est guidé par deux lasers qui détectent les cultures. C’est le principal défaut du robot, selon Dimitri : « Les plantes doivent être hautes d’au moins 20 cm, ce qui oblige à réaliser un premier désherbage manuel. » Le jeune maraîcher attend « beaucoup » des caméras qu’il a demandées pour remplacer les lasers. Comme toute innovation Oz fait l’objet de nombreuses mises à jour. D’ici la fin 2015, une trentaine de robots seront en service, d’après Naïo Technologies.

Les robots remplaceront-ils un jour les maraîchers ? Dimitri ne l’espère pas : « Ce serait dommage que les maraîchers se retrouvent seuls dans 20 ans... » Avant Oz, il embauchait un saisonnier deux jours par semaine de mai à août. En 2015, il ne l’a appelé qu’en juillet. « Le but n’est pas de remplacer la main-d’oeuvre, mais de gagner du temps », précise Dimitri. En 2015, il a ainsi gagné deux à trois semaines avant de devoir désherber à la main. Le robot permet aussi de ne pas utiliser de bâches, contraignantes à mettre en place. « J’utilise le temps gagné pour produire plus », résume Dimitri. Et pour lancer de nouveaux projets : le maraîcher se diversifie en essayant la culture de pommiers et l’élevage de poules pondeuses. Tout en suivant son leitmotiv : « Être le plus libre possible ». ◆

Dimitri a embauché le magicien du désherbage

Déseherbage robotisé en version XL

Oz, le magicien du désherbage, a un grand frère : Anatis. Développé en partenariat avec Carré (fabricant d’outils de travail du sol et de semoirs), ce robot se destine aux exploitations maraîchères de plus de 10 ha. Il a fait sensation au Sima où il a reçu le prix spécial Machine de l’année 2015. Comme son petit frère, Anatis fonctionne à l’électricité, avec trois batteries. Doté de quatre roues motrices, il peut biner trois rangs à la fois grâce à ses quatre éléments bineurs (escamotables et déconnectables). Il peut aussi désherber sur le rang. Anatis analyse également le sol et la culture en place, fournissant de précieuses données à son utilisateur : présence d’adventices, densité et stade de la culture, température du sol et de l’air, hygrométrie, etc.

Source : JAMAG - Yannick GROULT - n° 719 - octobre 2015

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Commentaires 1

stagiaire

etant producteur de legumes je trouve ce projet novateur interessanti,il a ces limites mais il sera surement perfectible bravo a ses créateurs.

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