En finir avec les tracteurs renversés

Lise Monteillet

En finir avec les tracteurs renversés

Une pente un peu trop raide, une journée chargée et le tracteur bascule. Se renverser, c’est une hantise pour bon nombre d’agriculteurs. Le sujet a été posé sur la table, lors d’un colloque international* consacré à la prévention en agriculture, organisé à la caisse centrale de la MSA, le 13 octobre.

« En Suisse, 852 accidents agricoles mortels ont été comptabilisés entre 1996 et 2015 », selon le spécialiste Etienne Junod, qui intervenait lors du colloque. Plus de la moitié d’entre eux impliquaient l’utilisation d’un véhicule ou d’une machine agricole. Et contrairement aux idées reçues, « la plupart des accidents de renversement se produisent sur du plat », précise l’expert helvétique.

La généralisation des cabines n’a pas suffi à annihiler le risque, car les agriculteurs peuvent toujours se faire éjecter. « Une solution : porter la ceinture », estime-t-il, même si l’idée est est loin d’enchanter les exploitants agricoles. Pour les sensibiliser, un simulateur de renversement a été mis au point en Suisse. Des formations sont aussi proposées. Certaines sont facultatives, comme celle nommée « As du volant » qui consiste à apprendre à déraper, à éviter des obstacles…

Des formations à la conduite

D’autres sont obligatoires, comme le permis G, indispensable pour monter au volant d’un tracteur en Suisse. Il se limite à une journée d’apprentissages théoriques pour conduire à 30 km/h. Il faut par contre passer une formation pratique complémentaire pour aller jusqu’à 40 km/h. Toutes ces formations ne sont cependant pas nécessaires si le conducteur a déjà un permis voiture.

« Cela surprend beaucoup dans les autres pays, chez nous, l’âge minimum pour conduire un tracteur est fixé à 14 ans. Nous avons constaté que la conduite d’un jeune de 14 ans est moins dangereuse que celle d’un homme de 65 ans », souligne Etienne Junod.

Le spécialiste suisse estime que la politique de prévention porte ses fruits dans son pays. Alors qu’environ 58 accidents mortels survenaient chaque année à la fin des années 1990, ce nombre a chuté aux alentours de 36 accidents mortels par an ces dernières années. 

Vers des engins impossibles à renverser ?

En France, l’Irstea** a réalisé une prouesse technologique pour faire baisser, encore plus, le nombre d’accidents par renversement. Comme l’a présenté Roland Lenain, chercheur au sein de cet institut, il est désormais possible d’identifier à l’avance les situations de retournement, grâce à une mesure directe de la propension de la machine à basculer. Ce dispositif de sécurité actif a été testé et approuvé sur des quads. Il est maintenant en cours de développement sur des tracteurs ou des machines à vendanger.

Le principe : équiper les engins agricoles à risque de capteurs à bas coût. Puis, identifier la vitesse et l’angle de braquage à ne pas dépasser pour rester dans la zone de stabilité. Une « prédiction à une seconde » est possible, annonce le chercheur. C'est très court mais suffisant pour anticiper l’accident. Dans ce laps de temps, plusieurs mesures préventives peuvent être enclenchées : un raidissement de la gâchette d’accélérateur, voire même une action directe sur la direction ou le système de freinage.

*Association internationale de la sécurité sociale

**Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture

Sur le même colloque : Phytos, à quand des cabines de catégorie 4 sur les tracteurs ? 

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