Faut-il travailler le sol ? Eléments de réponse

Raphaël Lecocq

Le semis sous couvert, une technique impressionnante mais rentable, durable et gérable
Sulky

Le colloque « Faut-il travailler le sol » organisé par Arvalis Institut du végétal a réuni plus de 350 professionnels. Plusieurs experts ont dressé un état des connaissances.

Arvalis Institut du végétal avait convié une dizaine de spécialistes du sol pour évaluer les impacts du travail,  ou du non travail du sol. Le colloque organisé début avril à Paris associait l’Inra, le Gis Grandes cultures à hautes performances économiques et environnementales, AgroParisTech.et l’Ademe. Dans les faits, le travail du sol reste ultra dominant en France même s’il recouvre une très grande pluralité de pratiques, du point de vue de la nature des interventions, des horizons travaillés et de la fréquence des interventions. Se l'Observatoire des pratiques agricoles, en 2006, 34 % des surfaces étaient dispensés de labour mais seuls 11 % n’avaient jamais été retournés au cours des cinq dernières années. Le semis direct concernait 0,2 % des surfaces de maïs et de tournesol, 0,4 % du colza, 0,8 % du blé tendre et 3 % du blé dur . En 2011, la part du semis direct est encore faible : moins de 0,5 % pour le maïs, 0,5 % pour le colza, 1 % pour l’orge et le tournesol  et 4 % pour le blé tendre et le blé dur.

Diversité biologique

Jean Roger-Estrade (AgroParisTech) a souligné à quel point le travail du sol était un levier essentiel pour atteindre la double performance - économique et environnementale - en agriculture. Jérôme Labreuche (Arvalis Institut du végétal) confirmait un avantage économique à simplifier le travail du sol.  Hubert Boizard (Inra) pointait les risques trop souvent sous-estimés de tassement des sols en profondeur, du fait de passages d’engins toujours plus lourds dans les parcelles. En non-labour, la restructuration du sol est plus longue et souvent partielle. Jean-Pierre Cohan (Arvalis Institut du végétal) précisait la faible influence du type de travail du sol sur les cycles de l’azote si aucun couvert végétal, notamment de légumineuses, n’est associé à la technique. Bruno Mary (Inra Laon) a démontré, contrairement à une idée répandue, que la réduction du travail du sol ne permettait pas un stockage significatif du carbone dans le sol et que l’on assiste même à des fluctuations de ce stockage au gré de la variation climatique, les années sèches étant plus favorables à un stockage plus élevé. Enfin c’est la quantité de carbone restituée au sol par les résidus de culture ou les apports organiques qui joue de façon majeure sur le stockage à long terme. Alain Bouthier (Arvalis Institut du végétal) dressait un inventaire de la diversité biologique du sol, souvent dynamisée par le non-labour.

Réduction des transferts

Nathalie Colbach (Inra) rappelait les vertus du travail profond dans la gestion des adventices, en particulier pour faire face à des contraintes réglementaires grandissantes. Pierre Benoit (Inra) soulignait les liens entre le non-travail du sol et le risque de diffusion des molécules pesticides et de leurs résidus. Le non-labour réduit notablement les transferts de pesticides par ruissellement mais induit une utilisation accrue d’herbicides systémiques, détectés fortement dans les eaux de surface. Au cœur de la notion d’intensification écologique, l’avenir est à un raisonnement du travail du sol au sein d’un système de culture. Le colloque s’est conclu sur la mise en avant du strip-till et du semis sous couvert végétal, deux techniques jugées rentables, durables et gérables par les agriculteurs les mettant en oeuvre.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires