L’agroéquipement made in France pris en étau

Raphaël Lecocq

L’agroéquipement made in Germany est porté par un nombre important d’entreprises de taille intermédiaire, parées pour l’export
Krone

Dans un marché en baisse de 3 % en 2015, la production française d’agroéquipement s’est contractée de 7,2 %. Les industriels français subissent la concurrence étrangère et peinent à exporter.

France-Allemagne : profil des entreprises de l’agroéquipement

Les adhérents d’AXEMA sont majoritairement (55%) des entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 15 millions d’euros. Les cinquante entreprises qui ont un chiffre d’affaires supérieur à 30 millions d’euros, sont pour moitié des fabricants, pour moitié des entreprises commerciales. Le tissu industriel en France présente une répartition déséquilibrée des entreprises selon leur effectif entre les Petites et moyennes entreprises (PME) et les Entreprises de taille intermédiaire (ETI). Tout d’abord, il y a un nombre prépondérant de PME qui emploient entre 20 et 50 personnes, ce qui représente 18% des entreprises françaises du secteur, alors qu’en Allemagne, ce taux est de 7% seulement. Ensuite et à l’opposé du spectre, les grandes PME allemandes (+50 salariés) et les ETI (+250 salariés) représentent 18% des fabricants allemands (respectivement 14% et 4%), contre 13% en France (respectivement 12% et 1%). Ces chiffres montrent la difficulté des entreprises françaises à grandir au-dessus du seuil des 50 salariés pour dépasser la taille critique. Également, ces chiffres révèlent l’incapacité industrielle de la France de faire émerger de grandes ETI.

Dans l’étau : c’est la position de l’agroéquipement made in France. Une des mâchoires est constituée du marché intérieur qui, bien que se contractant, constitue une cible de choix pour tous les constructeurs étrangers. Avec 5,6 milliards € en 2014, le marché français représente à lui seul 17,6 % du marché de l’UE. Problème : le marché français se rétracte : - 15 % en 2014, - 3 % en 2016 et -1,6 % en 2016, selon une prévision d’Axema. En 2015, l’Allemagne a raflé à la France sa 1ère place au sein de l’UE, avec un marché de 6,7 milliards €, contre 5,6 milliards € pour la France.  Les agriculteurs français n’investissent-ils pas assez dans l’agroéquipement ? Pas sûr. Selon Axema, le taux d’endettement des exploitations françaises ne cesse de croître pour atteindre 40 %, se situant à la 2ème en UE derrière le Danemark à 58 % et devant la République Tchèque à 23 %. Or les agriculteurs français consacrent 42 % de leurs investissement à l’agroéquipement. A titre indicatif, le taux d’endettement des exploitations des Etats-Unis se situe à 8 % et les farmers américains réservent seulement 24 % de leurs investissements aux machines et outils, ce qui correspond du reste à la moyenne mondiale. Des ratios qui au passage, rendent plus aisée la résistance à la volatilité des cours. Il n’est donc pas sûr que le salut des industriels à moyen et long terme passe par la France, même si Axema estime que des investissements sont indispensables pour améliorer la productivité et la durabilité des systèmes d’exploitation, grâce à la robotisation et au big data, synonymes d’une agriculture toujours plus précise et durable.

Moins de marge, plus d’emplois

Objet de convoitises, le marché français contraint les industriels français à rogner leurs marges. Elles sont les plus faibles d’Europe, de 6 % inférieures à la moyenne UE. Les marges de l’agroéquipement made in France sont également nettement inférieures à celles de l’industrie française. Axema pointe la fiscalité : la France étant le 2ème pays le plus imposé en Europe derrière l’Italie. La faiblesse des marges ne favorise pas l’investissement, en baisse structurelle depuis 10 ans au sein des grandes entreprises. Point positif, l’agroéquipement embauche, toujours avec difficulté, mais embauche  : + 5 ,3 % entre 2010 et 2014 contre – 4,1 % dans l’industrie française.

Faiblesse à l’export

En 2014, la France a conservé sa 3ème place européenne au plan de la production d’agroéquipements, pour une valeur de 4,6 milliards d’euros, loin derrière l’Allemagne (11,8 milliards €) et l’Italie (7,8 milliards €). Mais sa production a davantage baissé (-7,4 %) que celle de l’ensemble de l’Europe (-3,2 %), lui faisant perdre au passage 0,5 % de part production. La faiblesse à l’export constitue l’autre mâchoire de l’étau. La balance commerciale française fait apparaître un déficit de 917 millions € en 2015, certes moins important qu’en 2014 (1,6 milliard €) mais qui place notre pays au dernier rang de l’UE. Selon Axema, la structure du secteur explique en partie ce phénomène.  Les entreprises de moins de 50 salariés demeurent majoritaires et peu exportatrices. Le manque d’Entreprises de taille intermédiaire (ETI) se fait cruellement sentir, notamment par rapport à l’Allemagne, alors que l’essentiel des débouchés se trouve à l’exportation. Mais là aussi, la bataille est serrée. Axema relève que la production d’agroéquipements se développe en Asie et en Amérique du Sud, deux continents qui risquent de concurrencer plus sévèrement les exportateurs européens et de réduire leurs importations en provenance d’Europe. L’Europe demeure le 1er producteur mondial d’agroéquipements (36 %), devant l’Asie (33 %) et les Amériques (27 %). Mais pour combien de temps ? Le centre de gravité de l’agriculture, en ce qui concerne la production d’agroéquipements comme de matières agricoles, se déplace vers l’Asie.  

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