Le Gnr à peine plus problématique que le fioul

Raphaël Lecocq

Les tracteurs seraient avant tout conçus pour prévenir la surchauffe, mécaniquement plus risquée que le grand froid

Le Gazole non routier a connu des ratés avec le grand froid. Chance : de nombreux tracteurs carburent toujours au fioul cet hiver. Le Bcma a pu ainsi comparer les deux carburants.

En préambule, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que le remplacement du fioul ordinaire domestique (Fod) par le Gazole non routier (Gnr) répondant à la norme EN 590, depuis le 1er novembre 2011, n’est pas dicté par les sociétés pétrolières. Il obéit à des règlements européens et nationaux, visant à réduire les émissions de gaz et particules polluants. Les incidences sont visibles au niveau de l’architecture des moteurs, avec l’adoption de dispositifs post-traitement des gaz d’échappement. Le carburant est aussi concerné. Le gazole non routier, strictement identique au gazole des véhicules routiers, à la couleur près, renferme 100 fois moins de soufre que le fioul tandis que son indice de cétane est légèrement relevé. Fioul ou gazole : la résistance au froid relève de l’incorporation d’additifs. Mais une différence : le Gnr est légèrement plus cher que le fioul, ce que les pétroliers justifient par un raffinage plus poussé, des additifs différents et une logistique spécifique. Plus cher et plus exigeant en soin de stockage, le Gnr était attendu au tournant. La vague de froid récente a fait l’affaire.

Age du moteur et préchauffage

Le Bureau de coordination du machinisme agricole (Bcma) a dépêché une dizaine de conseillers en agroéquipement dans les départements les plus exposés à la vague de froid, constituant un échantillon de 151 automoteurs. Le Gnr s’est avéré problématique dans un cas sur quatre, contre un cas pour cinq pour le fioul. Un autre critère s’avère beaucoup plus discriminant : l’âge du tracteur. Les tracteurs mis en service avant 2003 ont significativement moins de problèmes que ceux mis en service après 2003. Sur les 11 tracteurs neufs (2011 et 2012) de l’échantillon, 90 % ne fonctionnaient plus avec du Gnr grand froid au bout de dix minutes. Dans ces conditions, c’est moins le Gnr que le circuit du gazole dans le tracteur qui peut être incriminé.  « Les moteurs sont plutôt conçus pour fonctionner à des températures supérieures à 30 °C en été et souvent dans la poussière, avec un souci permanent d’efficacité de refroidissement des moteurs, souligne Philippe van Kempen, chef de service au Bcma. Certains concepteurs ont peut-être oublié les difficultés rencontrées en période de grand froid, en négligeant par exemple l’installation de systèmes de préchauffage des réservoirs et des filtres ». Le Bcma poursuit son enquête dans quatre départements en particulier. En attendant, une première synthèse peut être consultée sur son site internet (bcma.fr).

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