Les conseils de l’IFV pour traiter la cicadelle au pyrèthre naturel

Raphaël Lecocq

La qualité d’application est un des facteurs de réussite de la lutte, en bio, comme en conventionnel
Caffini

Avec 400 000 ha, la moitié du vignoble français est située en périmètre de lutte obligatoire contre la flavescence dorée et son insecte vecteur. L’Institut français de la vigne et du vin (IFV) livre ses recommandations en conduite bio.

Six réponses de l’IFV à propos de la flavescence dorée

 - existe-t-il des produits alternatifs efficaces contre la cicadelle ? Parmi les produits testés, aucun ne présente d’efficacité significative lorsqu’il est utilisé dans des conditions économiquement acceptables.

 - le pyrèthre naturel est-il toxique pour la faune auxiliaire ? L’effet du pyrèthre est très variable selon l’insecte considéré. Il est classé « neutre à faiblement toxique » sur les phytoseidae, eux-mêmes très actifs dans la maîtrise des acariens phytophages. Son effet est plus significatif sur les abeilles. Le produit étant rapidement dégradé, son impact sur la faune auxiliaire est peu durable.

- quel est le niveau d’efficacité du pyrèthre ? Le pyrèthre a une action choc sur les cicadelles. Appliqué conformément aux recommandations d’usage, ce produit entraîne une forte diminution des populations de cicadelles. Selon le niveau de population initiale, plusieurs applications peuvent être nécessaires pour éradiquer les populations de cicadelles.

- à quoi servent les traitements insecticides dans les secteurs dans lesquels il n’y a pas de flavescence dorée ? Un cep contaminé par le phytoplasme n’exprime pas toujours les symptômes l’année de sa contamination. Cependant, étant porteur de la maladie, il peut être un réservoir et donc contaminer des cicadelles qui viendraient s’y nourrir. Si le niveau de population de cicadelles est très élevé, la propagation de la maladie est très rapide. Un traitement insecticide permet de réduire le niveau de populations de cicadelle et donc le risque de propagation de la maladie. Ce traitement « préventif » se justifie uniquement sur des zones où la présence de la flavescence dorée, même non détectée, est probable. Ce risque sanitaire est estimé les services régionaux chargés de la protection des végétaux. Dans les zones où la présence de la maladie est peu probable, la présence de la cicadelle n’est pas dommageable. La lutte insecticide est alors inutile.

- quel est l’impact de la faune auxiliaire sur la cicadelle ? Les insectes prédateurs ou parasites ont une influence négligeable sur les populations de cicadelles. Ceci s’explique probablement par le fait que la cicadelle a été introduite accidentellement depuis les Etats-Unis, sans le cortège d’auxiliaires de sa zone d’origine.

- la recherche sur la flavescence dorée se poursuit-elle en France ? Deux équipes de le l’INRA de Bordeaux (UMR Biologie du fruit et pathologie, UMR Santé et agroécologie du vignoble) étudient les relations et les interactions entre le phytoplasme, la vigne et la cicadelle.

La flavescence dorée est une maladie de quarantaine faisant l’objet d’arrêtés préfectoraux décrétant la lutte obligatoire et collective. Cette maladie est incurable sur vigne en place. La lutte contre son développement au vignoble repose sur l’implantation de matériel végétal indemne de phytoplasme et sur la limitation du risque de transmission de la maladie de souche à souche et de parcelle à parcelle. L’arrachage systématique des ceps contaminés et la maîtrise des populations de la cicadelle vectrice, notamment par le recours aux traitements insecticides, permettent de limiter ce risque. Son non respect a valu en avril dernier une amende de 500 euros à un vigneron bio de Côte-d’Or. En viticulture biologique, le pyrèthre naturel est la seule substance active autorisée au cahier des charges européen de l’agriculture biologique (RCE n°889/2008) et bénéficiant d’une Autorisation de mise sur le marché pour cet usage. En France, le Pyrévert est l’unique spécialité commercialisée. Selon l’Agence Bio, avec 64 801 ha, la conduite en bio représentait 8,2 % du vignoble français en 2012.

Comment optimiser les traitements au pyrèthre naturel

Afin d’optimiser la lutte insecticide en bio, l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) et ses partenaires (SudVinBio, Itab, Chambres d’agriculture et plusieurs services du ministère de l’Agriculture) livrent les recommandations suivantes :

- l’heure de traitement n’influence pas l’efficacité du produit. Eviter de traiter en période de vol des abeilles et lors des heures les plus chaudes de la journée (=code de bonnes pratiques de pulvérisation),

– la qualité de pulvérisation doit être irréprochable. L’ensemble des paramètres de réglage du pulvérisateur doit être optimisé. Le volume de bouillie utilisé doit correspondre au volume de fonctionnement optimal du matériel utilisé.

- aucun élément n’indique que le pH de la bouillie influence significativement l’efficacité du produit.

- pour  une efficacité optimale, le produit doit être appliqué seul. L’association avec du cuivre ou du soufre entraîne une légère perte d’efficacité. Si les contraintes d’organisation du travail nécessitent un passage combiné pyrèthre naturel + fongicides, il est recommandé de mettre le pyrèthre naturel en dernier dans la cuve.

- le comportement du pyrèthre naturel ne justifie pas d’anticiper les applications par rapport aux dates définies pour les viticulteurs biologiques dans les arrêtés préfectoraux. Pour une efficacité optimale du programme de lutte insecticide, il est important de respecter les dates de traitement définies dans les arrêtés préfectoraux.

- épamprer avant les traitements pour que toutes les populations de cicadelles soient présentes dans la zone traitée afin d’en toucher un maximum.

- le pyrèthre naturel est efficace sur les cicadelles adultes, mais uniquement sur celles présentes au moment du traitement. Du fait du peu de rémanence du produit, les parcelles traitées peuvent être rapidement recolonisées par des cicadelles présentes sur des parcelles voisines. Ce résultat rappelle l’importance d’envisager la lutte contre la cicadelle à une échelle collective.

- conformément à son autorisation de mise sur le marché, le Pyrévert peut être appliqué au maximum 3 fois dans le cadre de la lutte contre la cicadelle de la flavescence dorée.

- en périmètre de lutte obligatoire, le nombre de traitements insecticides est fixé par arrêté préfectoral, généralement 3 applications. La réduction du nombre de traitements ne peut être réalisée que dans le cadre collectif et réglementaire de « l’aménagement de la lutte insecticide », dont les modalités sont précisées dans l’arrêté préfectoral. Elle ne peut être envisagée qu’en situation de très faibles populations de cicadelles et sur un territoire indemne de flavescence dorée, suite à une prospection collective.

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