Naïo Technologies prend date avec le Fira

Raphaël Lecocq

Le staff de Naïo, organisateur du 1er Forum international de robotique agricole (FIRA) en novembre dernier à Toulouse
Naïo Technologies

La start-up toulousaine est à l’origine du premier Forum international de robotique agricole (Fira), qui a réuni durant deux jours à Toulouse quelques-uns des acteurs mondiaux de la spécialité. Une 2ème édition est d’ores et déjà actée pour 2017.

Tout Naïo en quatre robots (commerciaux)

Créée en 2011 par Aymeric Barthes et Gaëtan Séverac, ingénieurs en robotique, la star-up basée à Ramonville (31) développe et commercialise des robots électriques autonomes assurant l’entretien mécanique des sols. Sorti en 2013, Oz est un robot inter-rangs adapté aux exploitations maraîchères de 10 ha et moins (1,5 km/h, autonomie de 3 à 8 h, 10 h pour désherber 1 ha). Diffusé à 70 exemplaires à ce jour en France et en Europe, son prix moyen est de 21 000 €. Au-delà de 10 ha de maraîchage, Dino prendra le relais (en 2017), moyennant 75 000 euros. Dino est un robot enjambeur (1,30 m de hauteur pour 1,50 m de large) et porteur de différents outils tels que socs, herses étrilles, doigts Kress (4 km/h, autonomie de 6 à 8 h, 10 h pour désherber 5 ha). En vigne, Naïo propose avec Ted un châssis enjambeur de 2 m de haut assurant l’entretien du sol et potentiellement des opérations en vert telles que tonte, effeuillage, rognage, moyennant 80 000 euros (4 km/h, autonomie de 6 à 8 h, 10 h pour désherber 5 ha). Toujours en vigne et monté sur chenilles, Bob assurera en 2017 le désherbage et l’entretien mécanique des sols des vignes étroites (1 m à 1,50 m) et pépinières, moyennant 35 000 euros (3 km/h, autonomie de 4 à 6 h, 10 h pour désherber 3 ha).

Le LettuceThink Robot, un prototype de robot combinant désherbage et collecte de données, par Sony CSL

Si le Fira, le Forum international de robotique agricole affiche une dénomination française, matinée d’accent toulousain pour cause de localisation au sein de l’école d’ingénieurs de Purpan, on n’échappe pas longtemps aux anglicismes qui ont cours en matière de high-tech (ça commence) et de start-up (ça continue). Au Fira, il était question de keynote (discours d’ouverture de conférence), de barcamp (non-conférence ou atelier participatif) ou encore de speaker (conférencier). Il faut dire que le plateau réuni par Naïo Technologies mêlait des entreprises allemandes (Bosch Deepfield Robotocs, Fendt), néerlandaises (Precision Makers) ou encore japonaises (Sony CSL). Cette dernière par exemple a fait état de ses travaux appliqués à la salade avec le LettuceThink Robot, un prototype de robot combinant désherbage et collecte de données, ciblant les petites fermes bio-intensives (permaculture, agriculture urbaine…), un projet développé en open source autrement dit ouvert à des contributions externes. Deepfield Robotics, filiale de Bosch, a présenté de son côté les potentialités de plusieurs plates-formes robotiques (BoniRob, Fieldmobile, Weedmobile), douées pour désherber, réaliser du phénotypage, évaluer l’état de compaction des sols... La start-up a également présenté ses solutions Deepfield Connect assurant le monitoring de cultures telles que l’asperge ou la fraise en vue d’en optimiser la production et la récolte.

Le BoniRob, une des trois plateformes robotiques développées par Deepfield Robotics, filiale de Bosch

Automatiser des véhicules ou créer des véhicules autonomes ?

Les robots agricoles peuvent être classés en trois catégories selon qu’ils soient doués de fonctions actives (désherbage, pulvérisation…), passives (collecte de données) ou combinées. Autre élément de segmentation : le greffage d’automatismes sur des véhicules existants à défaut d’une création ex-nihilo de véhicules totalement inédits. Naïo Technologies et sa gamme de quatre robots (voir encadré) verse clairement dans la seconde catégorie. Précision Farming, une start-up néerlandaise dont les origines remontent à 2007, filiale de Dutch Power Company, ne s’interdit rien. Elle a développé avec Greenbot un robot autonome à moteur thermique avec relevage avant et arrière capable de travailler le sol, de semer, de fertiliser ou encore de tondre tout en proposant avec son offre X-pert des packages d’automatisation de véhicules existants. C’est du reste une voie empruntée avec le groupe CNH et ses tracteurs autonomes avec ou sans cabine, dérivés respectivement d’un Magnum et d’un T8, que le groupe présentera au Sima 2017, auréolés d’une médaille d’Argent.

Le projet Mars, porté par Fendt, développe le concept de troupeau de robots

Fonctionnement en essaim

Le Groupe Agco travaille quant à lui dans une autre direction avec le développement de petits robots travaillant en essaim chez Fendt (projet Mars) et en systèmes maître-esclave chez Massey Ferguson. Le principe du troupeau de robots, arrêté il y a plus de 30 ans par le Cemagref (Irstea aujourd’hui) est schématiquement le suivant : 10 automoteurs de 100 ch produits en masse et commandés par un agriculteur superviseur sont plus efficients qu’un seul tracteur de 1000 ch et accessoirement plus respectueux des sols, des chemins et des haies…. Soutenu par l’Union européenne, le projet Mars (Mobile agriculture robot swarms) de Fendt repose sur des mini-robots dédiés individuellement au semis d’un rang de maïs, des robots semeurs géolocalisés, autoguidés, connectés et autonomes énergétiquement. Leur commandement, comme leur ravitaillement en semences et en énergie, et leur transfert d’un site à l’autre, est assuré par une unité logistique mobile en bord de champ, elle-même connectée au cloud, le tout sous la gouverne d’un opérateur muni d’une tablette. Tout de même.

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