Selon Fabrice Clerc, « 50 % des machines agricoles ne servent à rien » (Atelier paysan)

Lise Monteillet

Selon Fabrice Clerc, « 50 % des machines agricoles ne servent à rien » (Atelier paysan)

Rencontre avec Fabrice Clerc, qui est le co-gérant de l’Atelier paysan. Ce collectif développe une démarche originale d’autoconstruction dans le domaine des agroéquipements adaptés à l’agriculture biologique.

Vous avez affirmé que 50 % des machines agricoles ne servent à rien, lors d’un séminaire organisé à AgroParisTech, le 5 avril, consacré à la « souveraineté technologique des paysans ». Pouvez-vous étayer votre propos ?  

F.C : C’est une formulation grossière pour illustrer un propos. L’investissement ne ne va tout le temps être déclenché par un choix agronomique éclairé, mais il est plutôt le résultat d’un rapport de force entre un paysan et un appareil de technico-commerciaux, qui a des choses à vendre. Dans l’enseignement de la machine agricole en France, et plus largement, dans l’accompagnement des réseaux de développement agricole, quels qu’ils soient, la question de la machine agricole est totalement délaissée et sous traitée au secteur privé lucratif. Entre les machines qui sont inefficaces car elles ne sont pas bien réglées, les machines qui sont contreproductives d’un point de vue agronomique et les choix qui répondent uniquement à une recherche d’optimisation fiscale, je pense qu’au moins 50 % des machines agricoles ne servent à rien en France. C’est un ressenti. 

La politique fiscale, et notamment la dotation pour investissement (DPI), a-t-elle joué un rôle moteur dans le suréquipement des fermes françaises ?

F.C : Jusqu’en 2012, il était possible de mettre de côté, chaque année, des sommes qui étaient retranchées des revenus de la ferme, donc de l’assiette fiscale et sociale. Au bout de cinq ans, on était obligé d’investir ces sommes, sous peine de les réintroduire dans la comptabilité. Cela a déclenché des achats extrêmement compulsifs, qui ne répondaient qu’au désir de fuir l’impôt.

En quoi ce raisonnement est-il dangereux pour l’agriculteur ?

F.C : Si on met de côté pour investir dans des machines inutiles, forcément, cette somme n’est plus disponible derrière… Les moyens qui peuvent être dégagés par l’outil de production ne sont pas investis dans le travail mais dans les machines.  

Que pensez-vous de la mesure, plus récente, de suramortissement?

F.C : Le suramortissement est à l’œuvre depuis la loi Macron et permet d’amortir les biens à 140 % de leur valeur. On retranche donc de l’assiette des cotisations sociales et fiscales des valeurs qui sont totalement artificielles.

Le machinisme agricole tient aussi une place à part dans l’imaginaire des agriculteurs…   

F.C : Par le biais de l’Atelier paysan, nous organisons des dizaines de formations par an. Nous apprenons ou nous réapprenons au monde paysan à savoir construire, réparer et modifier ses machines agricoles. Dans le cadre de ces activités, nous louons très régulièrement des ateliers de travail des métaux, bien souvent situés dans des centres de formation agricole. Nous constatons que dans les salles de cours, des posters de constructeurs agricoles sont accrochés au mur. L’imaginaire est colonisé, dès le début. Si l’horizon désirable pour un cerveau en formation, ce sont ces posters, sans se questionner sur l’utilité technique et agronomique du matériel, inévitablement, nous allons aller vers des pulsions d’achat, encouragées par l’optimisation fiscale.

Quels autres services proposez-vous à l’Atelier paysan ?

F.C : Nous réalisons beaucoup de tournées de recensement des innovations paysannes dans les fermes. Nous accompagnons aussi des groupes de paysans à la conception participative de machines innovantes. Les plans sont ensuite librement accessibles sur le site internet. L’Atelier paysan intervient partout en France et même au-delà. 

Quelles sortes de machines fabriquez-vous ?

F.C : Les machines sont conçues par des collectifs de paysans pour le travail du sol simplifié, la gestion de l’enherbement, la gestion des couverts végétaux… Elles n’intègrent pas de hautes technologies, le logiciel n’est pas dans la machine mais dans la tête du paysan. Ces machines sont extrêmement fines au niveau des réglages, elles mettent en œuvre un très haut niveau de savoir-faire. Il s’agit plutôt de matériel tracté et nous nous intéressons de plus en plus à la traction animale, parce que c’est quelque chose qui a du sens.

La « souveraineté technologique », un concept qui est cher à votre réseau, est-elle en danger ?

F.C : Nous parlons bien de souveraineté technologique des usagers, et non de souveraineté nationale. L’objectif est de savoir fixer les horizons désirables et indésirables des techniques et technologies qui vont être développées. Cette vision vient complètement à rebours de ce qui se passe actuellement avec le plan « Agriculture - innovation 2025 », qui a été décidé en haut, en concertation avec des groupes d’intérêt.

La question de la machine agricole est un impensé total d’un point de vue politique et scientifique. Elle a été totalement sous-traitée au secteur privé. La technologie est ainsi l’arme de guerre du système agro industriel.

Commentaires 14

marin 347

ses un peu comme les couillons ses a celui qui a la plus grosse voiture mais bon quand tout le monde a besoin en même temps d une machine comment ont fait surtout avec le temps des fois les fenêtres pour le boulot sont courtes

fred10

la publicité, les marges sur le ccommerce et la recherche coûtent cher!?

hetre humain

il n a pas tord souvent certain achète du matériel pour enfumer son voisin

gigi45

Je ne partage pas votre enthousiasme. Je suis même assez agacé par cette arrogance des gens qui prétendent avoir tout compris . Eux savent travailler. Nous ont est rien que des imbéciles qui achetons cher du matériel qui ne sert à rien.

L_Atelier_Paysan

Nous sommes ravis que les quelques thématiques abordées dans cet entretien fassent réagir. Il y a en effet beaucoup à approfondir : représentations de la machine agricole, fiscalité, équilibres mécanisation/capital-travail, efficacité énergétique, agronomique, alimentaire...
Venez donc échanger lors de nos Rencontres à la fin du mois d'avril, avec au programme : conférences/chantiers participatifs/concerts/visites de fermes sur 3 jours : http://www.latelierpaysan.org/IMG/pdf/depliant_17.pdf
Cela se passe à la Ferme des Volonteux (Beaumont-Les-Valence, 26), une des rares SCOP agricoles de France où plus d'une dizaine de personnes vivent de leur travail sur une surface modeste.
Pensez à amener vos bougies pour les concerts de druides ;-)

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